Le tombeau de Montaigne va être ouvert cette semaine pour s'assurer que sa dépouille y repose

Le célèbre philosophe repose-t-il bien au musée d'Aquitaine de Bordeaux ? Les archéologues veulent s'en assurer en programmant de nombreuse analyses, allant de la composition du bois du cercueil à la recherches d''ADN..

Michel de Montaigne représenté sur un cénotaphe (une sépulture n\'abritant pas de corps) exposé au musée d\'Aquitaine, à Bordeaux
Michel de Montaigne représenté sur un cénotaphe (une sépulture n'abritant pas de corps) exposé au musée d'Aquitaine, à Bordeaux (UGO AMEZ / SIPA)

Le tombeau de Michel de Montaigne (1533-1592), situé au musée d'Aquitaine à Bordeaux, va être ouvert cette semaine pour s'assurer que le philosphe humaniste, dont la dépouille a beaucoup voyagé, y repose bien, a annoncé lundi la mairie.

"Pour lever les doutes, une opération de fouille archéologique est lancée du 18 au 22 novembre 2019, à l'emplacement du tombeau de Michel de Montaigne, dans les sous-sols du musée d'Aquitaine de Bordeaux", a précisé dans un communiqué la ville, qui devrait révéler dès mercredi les toutes premières découvertes.

Les recherches sont supervisées par un comité scientifique composé d'historiens, d'archéo-anthropologues et d'une paléo-généticienne, les études comprenant notamment l'examen du tombeau, des recherches d'archives et l'analyse génétique des restes osseux.

Depuis un incendie, la sépulture a été déplacée plusieurs fois

En 1593, le cercueil de Montaigne est installé dans la chapelle du couvent des Feuillants, situé à l'emplacement de l'actuel musée d'Aquitaine. En 1802, ce couvent fait place au lycée Royal, dont la chapelle abrite le cercueil jusqu'en 1871, date à laquelle le lycée est détruit par un incendie. Les restes de Montaigne sont alors transportés au dépositoire du cimetière de la Chartreuse, à Bordeaux.

En 1886, nouveau transfert des ossements présumés qui reviennent au site initial, devenu entre-temps la faculté des Lettres et des Sciences, et aujourd'hui le musée d'Aquitaine. Depuis lors, de sérieux doutes subsistent et, pour en avoir le cœur net, deux petits trous ont été percés l'an dernier dans le tombeau présumé du philosophe.

À l'intérieur, une mini caméra a permis de voir que le caveau contenait un cercueil de bois, des ossements humains et une plaque de cuivre doré, où est gravé le nom de Michel de Montaigne. "Ces indices sérieux ont suffi à réactiver la grande curiosité des spécialistes, déterminés à résoudre les interrogations : identification de l'occupant du cercueil, du crâne placé dans la partie inférieure du tombeau et histoire de la sépulture", explique la ville, dont Montaigne fut maire de 1581 à 1585.

De nombreuses analyses nécessaires

"Nous sommes vraisemblablement en présence de Michel de Montaigne", a affirmé lors d'une conférence de presse Laurent Védrine, directeur du musée d'Aquitaine. "Des indices archéologiques et historiques nous amènent à penser que nous sommes sur la bonne voie. Je le pense mais je n'en suis pas sûr. Il faut le vérifier", a-t-il ensuite précisé à l'AFP.

C'est un moment "historique et émouvant", a affirmé Fabien Robert, Premier adjoint de Bordeaux dont Montaigne fut le maire de 1581 à 1585.

Le cercueil renfermait lui-même un "contenant en plomb" dans lequel ont été détectés grâce à une caméra endoscopique, un fémur, un os du bassin et, "en position isolée", un crâne, a détaillé Hélène Réveillas, archéo-anthropologue à la Métropole de Bordeaux qui dirige les recherches.

De nombreuses analyses devront être réalisées dans les mois qui viennent par l'équipe d'une quinzaine de scientifiques en charge du dossier : analyse de la structure de pierre du tombeau, étude du cercueil en bois, d'un cylindre renfermant une bouteille déposée à côté du cercueil, de vestiges de tissus.

Sans compter les "études biologiques", a ajouté la spécialiste, pour déterminer l'âge et le sexe des restes, la recherche d'ADN et les "indices" que l'on connaît par les archives : le philosophe souffrait de calculs rênaux, avait subi des fractures et son coeur a été extrait à la demande de sa veuve.