La romancière Déwé Gorodey, pionnière de la lutte pour l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, est morte à 73 ans

Première romancière kanak, engagée dans la lutte pour l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, Déwé Gorodey luttait depuis des années contre un cancer. Sa disparition a suscité un hommage unanime du monde culturel et politique de l'archipel.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Dewé Gorodey le 18 mars 2011 à Paris, lors du Salon du livre (BALTEL / SIPA)

Elle fut la première romancière kanak et une pionnière de la lutte pour l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Déwé Goroday s'est éteinte dimanche à l'âge de 73 ans, a annoncé le gouvernement. Femme de lettres et politicienne, elle souffrait depuis de nombreuses années d'un cancer. Elle est décédée à l'hôpital de Poindimié, sur la côte Est, a précisé le gouvernement. À l'annonce de sa mort, le monde culturel et politique de l'archipel lui a rendu un hommage unanime.

Le gouvernement collégial calédonien a salué une "femme politique indépendantiste et écrivain kanak de renom international, qui a marqué la vie" de l'exécutif local, dont elle a été membre pendant 20 ans de 1999 à 2019, en charge notamment de la culture, de la condition féminine et de la citoyenneté. Le FLNKS, coalition historique de la lutte kanak, a rendu hommage à "une grande dame de cœur et d'esprit", qui "a lutté de tout temps pour la liberté de son peuple et la pleine souveraineté de son pays", tandis que le député Philippe Dunoyer (Renaissance) a regretté le décès "d'une femme d'esprit, une femme forte à l'engagement infatigable".

Son combat lui vaut plusieurs séjours en prison

Née le 1er juin 1949 à Ponérihouen, dans le nord-est de la Nouvelle-Calédonie, Déwé Gorodey poursuit des études de lettres entre 1969 et 1973 à Montpellier où elle s'ouvre à la fois à l'écriture et à la politique, s'imprégnant des idées contestataires et de libération de Mai 68. Dès son retour son île natale, elle s'engage dans les premiers mouvements indépendantistes kanak et participe à des actions militantes, qui lui vaudront plusieurs séjours en prison.

Elle était membre du Palika (parti de libération kanak), l'une des deux principales composantes du FLNKS. C'est derrière les barreaux qu'elle compose son premier recueil de poésie intitulé Sous les cendres des conques, œuvre militante et hymne à sa culture océanienne. Déwé Gorodey est aussi l'autrice de plusieurs recueils de nouvelles, d'aphorismes et d'une pièce de théâtre.

Elle publie le premier roman kanak en 2005

En 2005, cette militante féministe publie L'Épave, premier roman kanak jamais publié, qui brise le tabou des abus sexuels et des violences faites aux femmes. "Déwé Gorodey nous laisse une remarquable œuvre littéraire. En 2008, Jean-Marie Gustave Le Clézio, recevant le prix Nobel de littérature, l'associait à d'illustres auteurs français, ultramarins ou internationaux qui l'ont accompagné dans son chemin d'écriture", a rappelé Gilbert Bladinières, son éditeur en Nouvelle-Calédonie.

Le monde culturel calédonien a salué l'héritage de son action au sein du gouvernement, citant notamment la création de la Maison du livre, l'Académie des langues kanak, le Salon international du livre océanien (Silo), ou encore le Pôle export de la musique et de la danse (Poemar).

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