"Radical" : le roman d'un jeune homme qui veut déranger

A 24 ans, Tom Connan, un jeune Parisien, raconte l’histoire d’un étudiant en quête de sens, au singulier et au pluriel.

Article rédigé par
Carine Azzopardi - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Tom Connan (Photo S. Kirszenbaum)

Mèche blonde, regard juvénile : on croirait Tom Connan tout droit sorti d’un lycée de bonne facture des beaux quartiers, et c’est sans doute le cas. Le jeune homme a visiblement une tête bien faite, une plume acérée, et le sens du marketing qu’il dénonce pourtant.

L’histoire : Issu d’un milieu modeste, Nicolas a été admis à la prestigieuse école de Sciences Po, au cœur du Paris bourgeois et intellectuel. Une rencontre amoureuse avec un activiste d’extrême-droite va progressivement faire basculer sa vie. Radical, de Tom Connan, est paru le 19 août 2020 aux éditions Albin Michel. 

L'uniformité de la bien-pensance

D’un ton résolument cru et provocateur, le récit prend sa source dans les interrogations d’une jeunesse qu’on nomme la génération Y. Des jeunes plutôt aisés, pour qui la vie est aux trois quarts virtuelle, entre les écrans des téléphones portables, ceux des séries télé sur Netflix, et ceux des ordinateurs qui seront leurs outils de travail dans des entreprises de conseil du CAC 40 ou la haute administration.

Dans ce monde, il est de bon ton d’être plutôt "de gauche", de vouloir ouvrir grand les frontières, de se gargariser de vivre ensemble, d’adorer pratiquer autant l’écriture inclusive que la fellation. Sauf qu’à force d’être formatée par le politiquement correct ("surtout, pas d’amalgame"), cette jeunesse militante n’échappe pas à l’uniformité de la bien-pensance.

Dénoncer la violence d'une époque

Tom Connan, né à Londres en 1995, ancien de Sciences Po, d'HEC, et musicien à ses heures perdues, a voulu, sans doute, dénoncer à chaque page le monde dans lequel il baigne : "Ce n'était pas une société dominée par les riches, c'était pire : des pauvres qui escroquaient d'autres pauvres, dans une valse infâme orchestrée par des gouvernements qui se succédaient comme des présentatrices météo sur Canal +. Les plus aisés, eux, n'étaient plus domiciliés en France depuis longtemps : animateurs télé cyniques, comédiens bourrés d'argent public, tennismen expatriés en Suisse, même s'ils continuaient à porter les couleurs à l'occasion de l'inessentielle Coupe Davis." 

Le personnage principal, Nicolas, tombe amoureux de son opposé, un jeune banlieusard qui trouve dans le mouvement des gilets jaunes une échappatoire. Progressivement, il va revoir ses jugements, et adopter le point de vue du jeune homme qui le fascine et l’obsède, jusqu’à se perdre. 

Coup de poing

Le mérite du livre est d’être écrit comme un boulet de canon pour dénoncer les travers et la violence d’une époque. Mais ses leçons politiques nous laissent sur notre faim par rapport à une vision de la société qui pourrait être plus complexe, en ne rangeant pas chaque combat dans une case. Le tout est cependant bien mené, et prometteur. Un roman coup de poing qui se veut le porte-parole d’une jeunesse qui ne sait plus vers quelle cause se tourner, tant toutes sont dévoyées ; et dont on sent que le point de basculement dans la folie n’est jamais loin. En cela, la lucidité de l’écriture, plus que sa provocation, est séductrice, tout comme son rythme et un sens certain du récit.  

Couverture de "Radical" (@Tom Connan)

Extrait : "Sur les réseaux sociaux dont j'étais un adepte obsessionnel, le monde décrit par Houellebecq dans Extension avait étendu son empire : on pouvait prendre et jeter dix à vingt personnes par jour, en rencontrer la moitié, coucher avec une partie tout en se faisant larguer par plusieurs "matchs" en même temps. Comme la plupart des gens de ma génération, j'y allais pour combler ce que je ne trouvais plus dans l'In Real Life. A ceci près que, depuis quelques mois, je ne rencontrais plus personne : je me contentais de parler, à des filles, parfois, quoique surtout à des garçons, mais sans envisager de les rencontrer. J'avais entretenu quelques mois auparavant une "liaison" avec un jeune Belge, mais elle était restée purement virtuelle et aucun de nous deux n'avait envisagé une seconde de proposer à l'autre de se voir "en vrai".
Car dans le monde de la liberté, on n'avait pas le droit d'aimer."

Radical, de Tom Connan, paru le 19 août 2020 aux éditions Albin Michel, 328 pages, 19€90.

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