Jean-Claude Carrière, écrivain, dramaturge et scénariste du "Retour de Martin Guerre", "Borsalino" et "Belle de Jour", est mort

L'écrivain, qui ne souffrait d'aucune maladie particulière, est mort "dans son sommeil" à son domicile parisien à l'âge de 89 ans, a annoncé sa fille.

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Jean-Claude Carrière à Barcelone, le 19 janvier 2009 (XAVIER BERTRAL / EPA / MAXPPP)

L'écrivain, metteur en scène et scénariste Jean-Claude Carrière, qui a travaillé notamment aux côtés des cinéastes Luis Bunuel, Jacques Deray ou Milos Forman pour les films Belle de Jour, Borsalino et Valmont, est mort lundi 8 février à l'âge de 89 ans, a annoncé sa fille à l'AFP. L'écrivain, qui ne souffrait d'aucune maladie particulière, est mort "dans son sommeil" à son domicile parisien, a précisé Kiara Carrière. "Un hommage" lui sera rendu prochainement à Paris et il devrait être inhumé dans son village natal, à Colombières-sur-Orb dans l'Hérault, a-t-elle indiqué.

Jean-Claude Carrière : mort d'un auteur passionné et scénariste prolifique
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Né en 1931 dans une famille de viticulteurs, il a 14 ans quand sa famille s'installe en région parisienne. Diplômé d'histoire et normalien, il se lance dans l'écriture et publie son premier roman en 1957, Lézard. Puis il signe plusieurs romans d'épouvante chez Fleuve noir, sous le pseudonyme Benoît Becker.

Le César du meilleur scénario pour "Le Retour de Martin Guerre"

Il se tourne rapidement vers le cinéma et fait la connaissance de Jacques Tati, pour lequel il doit écrire une novélisation des Vacances de Monsieur Hulot, puis de Mon oncle, comme l'indique Le MondeSa collaboration avec le cinéaste Luis Buñuel démarre en 1964 et durera dix-neuf ans. Les deux hommes ont adapté le roman d'Octave Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre, et travaillé sur cinq autres films, dont deux des plus célèbres du réalisateur : Belle de jour, une adaptation d'un roman de Joseph Kessel, et Le Charme discret de la bourgeoisie.

Jean-Claude Carrière participe aussi au scénario de deux des films les plus célèbres de Jacques Deray, La Piscine (1969), qui met en vedette Alain Delon et Romy Schneider, et le film de gangster Borsalino, l'année suivante, immense succès commercial avec de nouveau Alain Delon et Jean-Paul Belmondo.

Jean-Claude Carrière aussi travaillé avec le réalisateur d'origine tchèque Miloš Forman, notamment sur le film Valmont, adaptation du roman Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. En 1983, il reçoit le César du meilleur scénario pour Le Retour de Martin Guerre et est célébré par un Oscar d’honneur en 2015.

L'aventure "Mahâbhârata"

Autre rencontre importante : celle du dramaturge britannique Peter Brook pour qui il adapta à la scène l'inégalé Mahâbhârata, épopée de la mythologie hindoue, présentée pendant neuf heures d'affilée en 1985 à Avignon, puis au théâtre des Bouffes du Nord à Paris, devant un public sous le choc. "Le voir en oubliant que je l'avais écrit fut un des grands bonheurs de ma vie", assurait-il. Avec Peter Brook, il a aussi travaillé sur Shakespeare, adaptant pour lui Timon d'Athènes (1974) et La Tempête (1990).

Se définissant comme un "conteur", Jean-Claude Carrière a signé une soixantaine de scénarios ainsi qu'environ 80 ouvrages (récits, essais, comme ses Dictionnaires amoureux de l'Inde et du Mexique, traductions, fictions, scénarios, entretiens). Il a été aussi acteur, dramaturge et parolier pour Juliette Gréco, Brigitte Bardot ou Jeanne Moreau.

Un livre écrit avec le Dalaï Lama

Jean-Claude Carrière a placé sa vie sous le signe des "rencontres, des amitiés et des maîtres de vie", comme le Dalaï Lama avec lequel il a écrit un livre. Bibliophile, passionné par le dessin, l'astrophysique, et le vin, amateur de taï-chi-chuan (art martial), Jean-Claude Carrière a présidé pendant dix ans la Fémis, l'École nationale supérieure des métiers de l'image et du son. Toujours très actif malgré l'âge, il avait écrit en 2018 un dernier essai, La vallée du néant, et cosigné en 2020 le scénario du film Le sel des larmes de Philippe Garrel.

"Radicalement athée", mais "passionné par la religion et ses déviances", étranger à tout fanatisme, il a écrit sur le bouddhisme et l'hindouisme mais aussi sur le christianisme avec son roman le plus célèbre, La controverse de Valladolid, sur la conquête du Nouveau Monde par les Espagnols, décliné en pièce et adapté pour la télévision. On lui doit également des travaux sur l'islam (par ses traductions de poésie persane, avec son épouse, l'écrivaine iranienne Nahal Tajadod, avec qui il a eu une fille).

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