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"Il y a, parfois, ce qu'on peut considérer comme un petit mépris de la part des éditeurs généralistes" vis-à-vis de la littérature jeunesse

Xavier d'Almeida, directeur de collection chez Pocket Jeunesse, est revenu, dimanche pour franceinfo, sur la situation de la littérature jeunesse, alors que se tient le Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

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Radio France
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Le Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 29 novembre 2017. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

"À l'époque des premiers livres jeunesse, les auteurs étaient des femmes. On considérait donc que c'était un peu un passe-temps pour elles", a expliqué Xavier d'Almeida, directeur de collection chez Pocket Jeunesse, dimanche 3 décembre sur franceinfo. Alors que la littérature jeunesse affiche une bonne santé, mais que la situation des auteurs reste moins enviable que celle des écrivains pour adultes, se tient le Salon du livre et de la presse jeunesse jusqu'à lundi à Montreuil, en Seine-Saint-Denis.

franceinfo : Le livre jeunesse est souvent présenté comme une locomotive de l'édition française, le confirmez-vous ?

Xavier d'Almeida : Depuis quinze ans, les ventes de livre jeunesse ont été multipliées par deux. Je pense que l'on est passé, environ, de 8 000 exemplaires publiés à 16 000. C'est donc vraiment un gros moteur. Cela fait venir les gens en librairie, car on estime qu'environ un livre sur cinq vendu est un livre jeunesse. C'est d'autant plus un moteur que c'est le seul secteur où il y a une telle variété.

77 millions d'ouvrages ont été vendus entre novembre 2016 et octobre 2017. Est-ce que, en dehors de quelques phénomènes de vente comme Harry Potter ou Violetta, c'est compliqué pour les autres ?

Oui et non. Il y a des cadors, comme en littérature adulte, qui tirent tout le secteur vers le haut. Ils amènent les gens en librairie et créent un dynamisme, mais ce n'est pas aussi fort qu'en littérature adulte. La variété fait que, derrière ces cadors, il y aussi beaucoup de livres qui se vendent bien, notamment dans les albums et les livres pour adolescents. Cela dit, ce n'est pas aussi rose qu'on peut le croire. Comme il y a beaucoup plus de livres publiés, le gâteau est peut-être plus gros, mais il y a aussi beaucoup plus de gens qui veulent le manger. Au final, tout le monde n'en vit pas bien. Derrière la variété et la multiplication des ventes, il y a aussi beaucoup de souffrance comme on a pu le voir au Salon de Montreuil, où les auteurs manifestent parce qu'ils se sentent un peu lésés face au succès du secteur.

Les auteurs et illustrateurs jeunesse sont moins bien rémunérés que leurs confères de la littérature adulte, avec des droits d'auteurs moins important. Pourquoi ?

C'est une question très compliquée, car il y a beaucoup de théories. À l'époque des premiers livres jeunesse, les auteurs étaient des femmes. On considérait donc que c'était un peu un passe-temps pour elles. C'est une explication historique, aujourd'hui on n'en est plus là, évidemment. Mais, il y a, parfois, ce qu'on peut considérer comme un petit mépris de la part des éditeurs généralistes, même si je ne le vois pas du tout où je travaille, chez Pocket Jeunesse. Cela dit, il y a un problème de rentabilité pour les livres et notamment les livres illustrés. Ils coûtent plus cher à produire et il faut aussi partager les droits d'auteur entre l'illustrateur et l'auteur. Cela fait que, forcément, les auteurs sont bien moins rémunérés qu'un auteur de roman, par exemple. Ce sont deux logiques économiques très différentes. Après, sur le roman, pourquoi les droits d'auteur ne sont pas au même niveau, c'est un peu un mystère. Les livres jeunesse se vendent moins chers et le prix partagé est effectivement moins élevé, mais ça reste une vraie question. Il y a beaucoup de débats là-dessus en ce moment et cela avance, mais doucement.

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