Dans un livre, un des "papys braqueurs" de Kim Kardashian déballe tout comme dans un film de Georges Lautner

C'est presque un récit à la "Tontons flingueurs" : Yunice Abbas, 67 ans, raconte "sa vérité" sur la détention et le vol qu'a subi à Paris la star américaine de la téléréalité en octobre 2016.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Yunice Abbas, un des cinq "papys braqueurs" de Kim Kardashian en oictobre 2016 à Paris (janvier 2021) (JOEL SAGET / AFP)

Avant son procès pour le braquage à Paris en octobre 2016 de la star américaine de la téléréalité Kim Kardashian, Yunice Abbas, 67 ans, un des cinq "papys braqueurs", raconte "sa vérité" de "truand à mi-temps" dans un livre paru mercredi, J'ai séquestré Kim Kardashian, aux Éditions de L'Archipel.

"A l'ancienne"

Yunice Abbas se considère comme "un demi-sel" au milieu des cinq coéquipiers qui composaient le gang, tous âgés de 60 à 72 ans. Ils fait le portrait de malfrats à l'ancienne, avant qu'ils ne défrayent la chronique mondiale en détroussant la star. "Les jurés devront décider et en théorie ils le font uniquement avec ce qui est présenté devant eux mais dans cette affaire, il y a eu 50 versions déjà racontées, de nombreuses choses dites. J'ai donc souhaité apporter ma vérité, celle que j'ai vécue", raconte-t-il à l'AFP.

Primière de couverture de "J'ai séquestré Kim Kardashian" de Yunice Abbas et Thierry Niemen. (EDITIONS DE L'ARCHIPEL)

Cette nuit du 3 octobre, en pleine "Fashion week", le gang pénètre à 2H30 du matin dans l'appartement loué par la vedette de téléréalité dans le coeur de Paris. Ils y dérobent pour neuf millions d'euros de bijoux, le plus important vol commis sur un particulier depuis vingt ans en France. Une large part du butin n'a d'ailleurs toujours pas été retrouvée. Leur larcin commis, ils prennent la fuite en laissant derrière eux Kim Kardashian ligotée sur son lit. Repérage, préparation, infiltration et passage à l'acte, Yunice Abbas décrit en détail un "coup" parfaitement exécuté.

Il en profite pour tordre le cou à l'image de "pieds nickelés" ou de "total amateurisme" alors donnée à leurs exécutants par la presse. L'opération était celle de professionnels, agissant "à l'ancienne, sans violence ni agressivité", insiste ce sexagénaire, au visage arrondi, cheveux poivre et sel et voix énergique.

"Demi-sel"

Interpellé avec ses complices présumés trois mois plus tard, M. Abbas attend désormais d'être renvoyé devant la justice. "J'étais rangé depuis neuf ans, je n'ai pas couru après (ce braquage), on m'a proposé d'y participer à un moment où j'avais besoin d'argent pour continuer à travailler. L'idée a fait son chemin et j'ai fini par accepter", détaille-t-il. Sa victime ? "Je sais que c'est quelqu'un de célèbre mais sans savoir qui. D'ailleurs, je ne la croise même pas".

Kim Kardashian chez le bijoutier Tiffany & Co, à New York, en octobre 2018. (DIMITRIOS KAMBOURIS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Yunice Abbas décrit ce saucissonnage spectaculaire comme le point final d'une vie de "demi-sel". "Une sorte d'intermittent du Milieu, qui participe à différents coups mais sans faire partie d'une équipe", explique son coauteur, le journaliste Thierry Niemen. Un parcours criminel fait de réussites et de ratés qui lui vaudront de passer la moitié de sa vie d'adulte derrière les barreaux. Parfois à tort, assure-t-il.

De ses années en prison, vingt-et-une au total, Yunice Abbas garde la conviction qu'il aurait pu être "sauvé" s'il avait été aidé à se réinsérer. "Quand je sors de Melun (en 1988), après cinq ans et dix mois, je demande simplement à m'inscrire au chômage. J'avais cotisé toute ma vie jusque-là mais on me l'a refusé", déplore l'ancien taulard, "il faut alors vous débrouiller".

"Des raccourcis qui rallongent"

"J'avais deux enfants en bas âge, les charges qui vous tombent tout de suite dessus, vous devez vous reconstruire... Alors on se tourne vers ce qu'on voit comme un moyen plus rapide de se refaire un peu mais c'est ce que j'appelle des raccourcis qui rallongent", analyse-t-il : du Audiard dans le texte. Pour lui, ni la justice ni la prison ne préparent correctement les détenus à leur retour à la vie normale.

"La prison peut être utile si vous n'y restez pas trop longtemps. Mais quand elle commence à ne plus vous faire peur, c'est terminé", note Yunice Abbas. "L'autre piège est la notoriété que peut apporter la prison à certains, qui s'y font respecter mais ne sont plus personne quand ils en sortent. Il y en a qui ne réussissent pas à rompre avec ça".

Yunice Abbas, un des cinq "papys braqueurs" de Kim Kardashian en oictobre 2016 à Paris (janvier 2021) (JOEL SAGET / AFP)

Après le braquage de Kim Kardashian, M. Abbas a passé vingt-deux mois en détention provisoire à la prison de Fresnes (Val-de-Marne), avant d'être placé sous contrôle judiciaire à cause de ses problèmes de santé. "Mon état de santé s'est beaucoup dégradé, j'ai de nouveaux petits problèmes mais je me fais soigner", glisse celui qui a été opéré du coeur.

"Ma crainte, c'est de retourner en prison, je n'ai plus la santé. Il y a des soins en prison, ce n'est pas le problème, mais si vous faites une crise, le temps que le nécessaire se fasse, il peut se passer des heures parfois catastrophiques", avoue Yunice Abbas.

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