"Lancelot du Lac" et "Yvain", deux romans arthuriens de Chrétien de Troyes "enluminés" par les peintres préraphaélites

Ces traductions en français moderne d’"Yvain ou le chevalier au lion" et de "Lancelot du Lac ou le chevalier à la charrette" dialoguent avec les peintres néogothiques du XIXe siècle anglais.
Article rédigé par Jacky Bornet
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
"Yvain ou le chevalier au lion" et "Lancelot du Lac ou le chevalier à la charrette" illustrés par la peinture préraphaélite (2023). (EDITIONS DIANE DE SELLIERS)

Difficiles à lire en ancien français, les récits arthuriens de Chrétien de Troyes marquent la naissance du roman en France au XIIe siècle, après Erec et Enide. Diane de Selliers a la bonne idée d’éditer de nouvelles traductions en français moderne d’Yvain ou le chevalier au lion et de Lancelot du Lac ou le chevalier à la charrette par Philippe Walter (Yvain) et Daniel Poirion (Lancelot).  Livre d’art, le recueil regorge de tableaux de Rossetti, Hunt, Millais, Burne-Jones ou Dyce… qui puisèrent abondamment dans le cycle arthurien la source de leurs toiles oniriques et nostalgiques d’un Moyen Âge idéalisé.

Société courtoise

Le roi Arthur et ses chevaliers de la Table ronde fascinent depuis le cycle de romans qu’écrivit Chrétien de Troyes (1130 - 1180-1190) et qui furent les best-sellers de l’époque. Sommets du roman courtois, leurs titres sont des noms de chevaliers qui ont fait le tour du monde. Arthur, Lancelot, Yvain, Gauvain, Perceval ou Galaad y croisent la reine Guenièvre, Merlin l’enchanteur et La magicienne Morgane ou son fils incestueux Mordred.

La quête du mystérieux Graal qui les réunit semble traduire le passage d’un monde païen au christianisme. Elle prône les codes d’une société "courtoise" qui s’oppose à la barbarie passée. Les traductions de Philippe Walter et de Daniel Poirion donnent plus facile d’accès cette prose médiévale qui retrouve ainsi une diffusion et une accessibilité plus large. Le souffle épique opère et les valeurs chevaleresques qui les animent reflètent un monde à la recherche de mœurs et d'une société plus policées, sur fond d'actes de bravoure et héroïques.

La confrérie préraphaélite

Éditrice de livres d’art exigeante, Diane de Selliers soigne la précision et la fidélité aux originaux des 170 reproductions de toiles préraphaélites qui dialoguent directement avec le texte. Le mouvement pictural né de la réunion en 1848 de William Holman Hunt, John Everett Millais et Dante Gabriel Rossetti, sera rejoint plus tard par Arthur Hughes, Edward Burne-Jones et William Morris notamment, que l'on retrouve de page en page.

La "confrérie", puis l'école préraphaélite, s’épanouit dans la continuité du romantisme, et est souvent considérée comme sa décadence. Si tous les préraphaélites ont puisé dans la prose arthurienne, Edward Burne-Jones est sans doute le plus prolifique. Le mouvement est contemporain à l’intérêt à l’époque pour le Moyen Âge, en réaction contre l’industrialisation, et dont l’architecture néogothique est à l’époque l’expression la plus probante. Les toiles, elles, évoquent un âge d’or perdu, héroïque et courtois, magique et fantastique, peintes de la texture dont les rêves sont faits.

Première de couverture de "'Yvain ou le chevalier au lion' et 'Lancelot du Lac ou le chevalier à la charrette' illustrés par la peinture préraphaélite". (EDITIONS DIANE DE SELLIERS)

"Yvain ou le chevalier au lion" et "Lancelot du Lac ou le chevalier à la charrette" illustrés par la peinture préraphaélite.
De Chrétien de Troyes
Traductions : Philippe Walter (Yvain) et Daniel Poirion (Lancelot)
Éditions Diane de Selliers
Ouvrage relié - 448 pages
52 euros

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