Les intermittents du spectacle alertent sur leur situation et demandent un report de leurs droits au chômage dans deux pétitions

Les intermittents du spectacle se mobilisent pour le report de leurs droits au chômage

Avignon pendant le festival (juillet 2019)
Avignon pendant le festival (juillet 2019) (GERARD JULIEN / AFP)

Spectacles interrompus ou annulés, festivals reportés parfois à l'année prochaine, les intermittents du spectacle (comédiens, musiciens, techniciens) qui les animent sont extrêmement inquiets des conséquences de la crise du coronavirus sur leur situation, d'autant que leur activité ne reprendra pas à la fin du confinement annoncée pour le 11 mai. Pour alerter de l'urgence, ils et ont lancé deux pétitions qui ont recueilli à ce jour plus de 200 000 signatures et dans lesquelles ils demandent le report d'un an de leurs droits.

"Culture en danger", annonce la pétition lancée par le metteur en scène de théâtre et d'opéra Jean-Claude Fall sous la forme d'une lettre ouverte au président de la République, qui a recueilli, au 28 avril, près de 40 000 signatures.

Un "tsunami social"

"Notre activité a certaines particularités qu’il faut absolument prendre en compte pour résoudre les problèmes de survie qui vont se poser pour beaucoup, à très court terme", rappelle le texte, publié sur change.org. "Lorsqu’ils sont indemnisés les salarié-e-s intermittent-e-s ont une année de droits ouverts à Pôle Emploi. Durant cette année ils ont l’obligation d’effectuer au moins 507 heures de travail pour voir ces droits rouverts. Chaque intermittent-e voit ses droits réexaminés à une date fixe (dite date anniversaire)", rappelle-t-il.

Les ministères de la Culture et du Travail ont annoncé en mars que la période de confinement ne serait pas prise en compte dans le calcul de la période d'ouverture des droits et celui des indemnisations des intermittents du spectacle. Mais cette mesure ne suffira pas à écarter la menace qui pèse sur eux. Les salles de spectacles ne vont pas être rouvertes à la fin du confinement, les rassemblements de larges publics vont continuer à être interdits. De nombreux festivals sont reportés d'un an.

Le texte parle d'un "tsunami social" pour ceux qui n'auront pas pu faire les 507 heures nécessaires et seront radiés du régime. Les signataires réclament "que les droits de tous les artistes et technicien-ne-s intermittent-e-s soient prolongés d'une année au-delà des mois où toute activité aura été impossible", précisant que "les salarié-e-s intermittent-e-s qui auraient rapidement reconstitué leurs heures ouvrant droit à indemnisation verraient leur date anniversaire (et leur indemnisation) recalculée, de façon que le système retrouve son état normal le plus rapidement possible".

15 000 d'artistes interprètes engagés sur les mois de mars et avril privés de travail

De son côté, le Collectif Année noire regroupant des intermittents a lancé une autre pétition adressée à la ministre du Travail Muriel Pénicaud et au ministre de la Culture Frank Riester, qui avait recueilli, au 28 avril, plus de 166 000 signatures.

"Les deux initiatives se sont construites simultanément et en méconnaissance l'une de l'autre mais ces textes ne s'opposent pas. Au contraire, l'objectif est clair, pour répondre à une crise sociale et sanitaire sans précédent, à l’impossibilité de travailler et donc d'ouvrir ou ré-ouvrir nos droits à l'assurance-chômage nous demandons toutes et tous la prolongation de nos droits de 12 mois augmentés de la période où nous ne pouvons pas travailler", écrit le collectif.

Le Syndicat français des artistes interprètes (SFA) avait estimé le 18 mars à plus de de 15 000 le nombre d'artistes interprètes engagés sur les mois de mars et avril et privés de travail et de revenus "pour quelque 8 590 dates annulées au total (tout secteur confondu : spectacle vivant, tournage, etc.)", selon un communiqué de la SFA. "Sur ces 15 452 artistes, seuls 2 024 ont eu la promesse d'un report de leur engagement."

Le ministre de la Culture Franck Riester a annoncé le 18 mars une aide d'urgence de 22 millions d’euros pour les secteurs culturels. regroupement d’intermittents du spectacle.