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Fête des Loges : "On naît forain, on ne le devient pas"

Ils vous font frissonner, vous couvrent de gros lots ou vous font perdre tout espoir. Mais après la fermeture des manèges, à quoi ressemble le quotidien des forains ? Francetv info a rencontré Xavier Saguet, propriétaire de deux stands à la fête des Loges, à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). 

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Un manège à la fête des Loges, à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le 5 août 2007. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Ils animent près de 35 000 fêtes par an et attirent toutes les générations. Les forains s'installent à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), du 26 juin au 16 août, pour la 363e édition de la fête des Loges. Plus de 3 millions de visiteurs y sont attendus. Au milieu de ce flux, Xavier Saguet, président du comité de la fête des Loges et propriétaire de deux stands, coordonne la communauté de forains. 

"Mes parents étaient forains, mes grands-parents aussi et mes arrière-grands-parents avant eux", raconte Xavier Saguet. Il a pris le relais à l'âge de 20 ans. Depuis vingt-cinq ans maintenant, il vit à un rythme effréné. "On tourne entre les fêtes de début février à fin décembre et on couvre les trois quarts de la France. Quand on est sur les routes, on se déplace avec trois camions, une caravane, un semi-remorque et deux remorques", explique-t-il. Lorsqu'ils s'installent et démontent leurs structures, l'activité s'accélère. "A la fête des Loges par exemple, on commence à 9 heures, on met tout en place, on fait les vérifications, on entretient les manèges et on graisse les mécanismes, énumère Xavier Saguet. A 14 heures, on ouvre, et on ne ferme jamais avant 1h30 du matin. Ensuite, il faut tout préparer pour le lendemain. Bref, on n'est jamais couchés avant 2h30." 

"Je n'aurais jamais pu faire un métier statique"

Poussé par ses parents, Xavier Saguet a fait des études de sciences économiques. Il est pourtant très vite revenu à la passion familiale. "Je n'aurais jamais pu faire un métier statique. Au bout de deux mois à la fête des Loges, j'ai déjà hâte d'aller ailleurs", confie-t-il. De plus, le métier évolue chaque année. De nouveaux manèges sont disponibles et la demande du public change. Dans les années 1980, les forains se sont ainsi aventurés dans les premiers manèges à sensations. "Ce sont des gens en avance, des commerçants intelligents. Ils cherchent constamment la nouveauté et l'amènent sur la fête", décrit Hélène Solignac, professeure d'histoire et auteure de La fête des Loges à Saint-Germain, 1800-1914.

Xaiver Saguet, forain, donne son lot à une petite fille à la Fête des Loges, le 9 juillet 2015. (CAMILLE ADAOUST / FRANCETV INFO)

Pour Xavier Saguet comme pour beaucoup d'autres, l'avantage principal de ce métier reste la vie de famille. Il parcourt la France en compagnie de sa femme, elle aussi foraine, et de ses trois enfants de 20, 16 et 11 ans. "Mon dernier fils est né ici, à la fête des Loges, se rappelle-t-il. Ils sont tous les trois contents de vivre cette vie et ils veulent continuer sur ce chemin. Mon plus grand, Karl, vient d'ailleurs de se lancer. En ce moment, il est seul sur une fête foraine dans le Nord et il a monté son premier manège sans moi. C'est une grande fierté, je passe le flambeau." La famille s'adapte à ce rythme de vie. Son plus jeune fils, par exemple, change d'école au fil des voyages.

En plus de leurs familles, ces nomades font partie d'une plus grande communauté. "Entre forains, on se connaît. Nos enfants jouent ensemble, on célèbre les mariages ensemble, on s'entraide... Récemment, la caravane d'un collègue a brûlé. On s'est tous appelés, on a organisé une collecte et on lui en a payé une nouvelle", relate Xavier Saguet. 

"Certains touchent le RSA et d'autres paient l'ISF"

La vie de forain n'est pourtant pas facile tous les jours. Une fois le rideau baissé et la musique éteinte, les difficultés remontent à la surface. Le prix des manèges, qui contiennent de plus en plus d'électronique, a considérablement augmenté ces dernières années, comme l'explique Xavier Saguet. "Ça peut monter à 1 million d'euros, c'est un vrai investissement." Les revenus varient en outre énormément, l'activité étant tributaire de la météo. "Entre nous, il y a aussi beaucoup de différences. Certains touchent le RSA et d'autres paient l'impôt sur la fortune", constate le forain. Une instabilité qui rend difficile l'obtention de prêts bancaires.

A ceci d'ajoutent des contraintes administratives. "Les mairies françaises ne sont pas obligées d'accueillir une fête foraine chaque année. Il y a une réglementation pour l'accueil des gens du voyage, mais rien pour nous, dénonce Xavier Saguet. Alors qu'on représente un héritage culturel et populaire français, les contraintes sur notre métier s'accumulent." Malgré tout, il ne regrette pas son choix. Petit déjà, il pouvait constater les difficultés du métier. "On naît forain, on ne le devient pas", conclut-il. 

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