Festival de Cannes : on vous explique la bataille autour de "L'Homme qui tua Don Quichotte"

Le cinéaste Terry Gilliam a terminé son film, "L'Homme qui tua Don Quichotte", au terme de vingt-cinq années de revirements. Son parcours du combattant vient de se terminer. Le film, au coeur d'un imbroglio juridique, pourra être projeté en clôture du Festival de Cannes le 19 mai, a annoncé mercredi le délégué général du festival Thierry Frémaux.

Le réalisateur Terry Gilliam lors d\'une conférence de presse au Festival de Cannes, le 18 mai 2016.
Le réalisateur Terry Gilliam lors d'une conférence de presse au Festival de Cannes, le 18 mai 2016. (MAXPPP)

Terry Gilliam va enfin pouvoir présenter son film au public. Après vingt-cinq années de galère, L'Homme qui tua Don Quichotte pourra être diffusé en clôture du Festival de Cannes, le 19 mai. La justice française, saisie en référé par le producteur portugais Paulo Branco qui estimait avoir les droits sur ce film, a autorisé cette projection mercredi 9 mai. Franceinfo revient sur l'histoire mouvementée de ce film.

Pourquoi a-t-il fallu vingt-cinq ans au film pour voir le jour ?

A l'origine du projet se trouvent l'imagination et la volonté du réalisateur Terry Gilliam, né aux Etats-Unis mais ayant renoncé à la nationalité américaine au moment de la guerre en Irak. Membre des Monty Python, le cinéaste avait dû abandonner le tournage du film en 2000, en raison d'une série d'événements malchanceux.

Les ennuis s'accumulent lors du premier tournage aux alentours de Madrid, avec les acteurs Jean Rochefort, Johnny Depp et Vanessa Paradis. Les problèmes de dos de l'acteur français, l'ouragan qui détruit le plateau et les passages intempestifs d'avion de chasse F16 de l'armée de l'air espagnole interrompent le projet. Le "making of" du film devient un documentaire à part entière, retraçant les étapes de ce fiasco : Lost in La Mancha sort en France à l'été 2003.

Le réalisateur n'abandonne pas. Il remet le couvert à plusieurs reprises, entre 2008 et 2016, avec de nouveaux acteurs stars, comme Robert Duvall, Ewan McGregor ou Owen Wilson. Là encore, le projet tombe à l'eau, faute de financements.

La malédiction semble s'éloigner en 2016, lorsque Terry Gilliam parvient à relancer la production du film. Son sauveur est Paulo Branco. Avec sa société, Alfama Films, le producteur portugais achète, en avril 2016, les droits sur le long-métrage. Mais là encore, l'aventure tourne au naufrage. Des désaccords artistiques et financiers font capoter le projet et Terry Gilliam rompt son contrat avec le producteur.

Il se tourne alors vers la société espagnole Tornasol et le géant américain Amazon, qui faisaient initialement partie de la structure de coproduction constituée par Alfama Films. Et c'est avec eux qu'il finit par réaliser son film, entre mars et juin 2017. Y figurent Jonathan Pryce (Brazil) et Adam Driver (Star Wars: le Réveil de la Force).

En mai 2017, la justice française se prononce en première instance en faveur de Paulo Branco, reconnaissant ses droits sur le film. La justice rejette cependant sa demande d'en arrêter le tournage, alors en cours. L'affaire est examinée en appel à Paris début avril 2018. La décision est attendue le 15 juin. En attendant, Paulo Branco attaque le Festival de Cannes en référé pour empêcher sa projection.

Que se reprochaient les deux cinéastes ?

Chaque partie demandait à être considérée comme le producteur du film. D'un côté, Paulo Branco affirmait que le contrat signé en 2016 était toujours valide, et que sa société avait injecté de l'argent dans le film, le sauvant de la faillite. De l'autre, les producteurs et Océan Films, le distributeur du film en France, ont démenti dans un communiqué une quelconque participation financière d'Alfama Films. "Il n'a pas produit le film sélectionné par le Festival de Cannes", assènent-ils. Le coût final du film est de 17 millions d'euros.

"Ce film ne peut avoir aucune forme d'exploitation sans l'accord préalable d'Alfama Films" qui en détient les droits, martelait Juan Branco, le fils et avocat de Paulo Branco. Selon lui, le Festival de Cannes aurait dû recueillir l'accord de tous les producteurs avant de diffuser l'œuvre en clôture."C'est une tentative de passage en force dont Thierry Frémaux [le délégué général du festival] se rend complice", a-t-il dénoncé.

Pourquoi risquait-il de ne pas être projeté au Festival de Cannes ?

Résultat ? L'Homme qui tua Don Quichotte n'a toujours pas de visa d'exploitation, selon les données du Centre national du cinéma (CNC), consultées vendredi par l'AFP. Si l'absence de visa ne l'empêche pas d'être montré dans le cadre d'un festival, le film aurait pu ne pas être diffusé sur la Croisette, si la justice française n'avait pas tranché en faveur du Festival.