Festival Off d’Avignon 2023 : Marie-Christine Barrault est à l’origine de "Voyage à Zurich" où elle interprète une femme "solaire" en fin de vie

Régulièrement à Avignon, Marie-Christine Barrault a réservé un entretien à Franceinfo Culture à sa sortie de scène au théâtre Présence Pasteur
Article rédigé par Jacky Bornet
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 5 min
Marie-Christine Barrault (2023. (ERIC DERVAUX / HANS LUCAS)

Aujourd’hui plus présente au théâtre qu’au cinéma, Marie-Christine Barrault tient le rôle d’une femme qui a fait le choix du suicide assisté. Elle est accompagnée de son fils et son épouse, et de sa meilleure amie dans Voyage à Zurich de Jean-Benoît Patricot, mis en scène par Franck Berthier. La pièce, sur "la confrontation à la mort, et l’accompagnement" s’inspire du choix de la comédienne Maïa Simon en 2007 de mettre fin à ses jours, suite à sa longue maladie incurable comme le permet la loi helvétique.

Franceinfo Culture : Ce n’est pas une première pour vous, vous avez déjà joué au festival d’Avignon, que représente-t-il à vos yeux ?

Marie-Christine Barrault : C’est au moins mon dixième Avignon. C’est un peu un passage obligé. Cela demande un gros effort, un gros investissement en énergie et en désir. On ne sait jamais exactement comment cela va se passer. Il y a tellement de spectacles. En même temps, une fois que l’on y est, on est dans le bain, c’est le théâtre. C’est l’apogée du théâtre ici.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’interpréter "Voyage à Zurich" à Avignon ?

Je suis à l’origine de ce spectacle. J’avais rencontré Franck Berthier (metteur en scène) dans un festival en Irlande autour de la littérature et des femmes. Nous ne nous connaissions pas, et nous avons sympathisé et envisagé de travailler ensemble sur plusieurs spectacles différents. Puis il m’a parlé de ce qu’il avait vécu avec Maïa Simon, comédienne que je connaissais et avec laquelle j’avais travaillé. C’est elle qui a fait ce voyage à Zurich, pour lequel il était un de ses accompagnateurs. Il m’a confié avoir toujours en lui cette expérience extrêmement forte, à la fois douloureuse et puissante. À partir du moment où je prenais le rôle, il accepterait de porter la pièce, parce que je suis quelqu’un de solaire. Il était assuré qu’il ne se dégagerait rien de mortifère de moi, alors que la mort est au cœur du sujet. Il a donc demandé à Jean-Benoît Patricot d'écrire la pièce. Mais si j’en suis à l’origine, à ce stade, je ne savais pas comment serait personnage de Fabienne que j’interprète.

"Voyage à Zurich" s’inspire donc de ce choix qu’a fait Maïa Simon du suicide assisté autorisé en Suisse.

Oui, la pièce en est très inspirée.

Le sujet est très délicat en France (Marie-Christine Barrault m’interrompt)

Vous savez ce n’est pas une pièce uniquement sur le débat sur le suicide assisté. C’est une pièce sur la confrontation à la mort, sur l’accompagnement, Qu’est-ce que quelqu’un sur le point de mourir peut léguer à ceux qui restent ? On ne s’est pas dit en montant la pièce qu’il était pertinent de le faire pour participer à ce débat.

Il n’y a pas de côté de militant ?

Pas du tout, pas une seconde. Il y a des avis contradictoires dans le texte, comme la belle-fille qui est contre le choix du suicide assisté jusqu’au bout, avec des arguments qui pèsent. Le débat entre mon amie et le Suisse montre bien que tout le monde à droit à la parole. Ce n’est vraiment pas militant du tout.

Les rapports que vous avez avec le personnage d’Isabelle (Marie-Christine Letort) dans la pièce pourraient évoquer votre relation avec Maïa Simon qui était comme vous comédienne ? "Voyage à Zurich", c’est aussi une histoire de théâtre ?

Je n’étais pas une proche de Maïa, et je l’avais perdue de vue quand elle a fait ce voyage à Zurich. Ce sont deux actrices en tout cas. Dans une très longue interview que nous avons lue et relue, donnée à RTL la veille de son départ, elle parle du sujet du voyage, disant "mais pour nous, les acteurs, on est souvent en voyage. Mourir de cette façon-là me semble cohérent avec la vie que j’ai menée."

La mise en scène de la pièce est très présente dans la pièce, elle est "engagée" et très cinématographique. C’est une constance que l’on trouve dans nombre d’autres pièces, mais aussi dans des sujets qui tournent autour du cinéma, ou des adaptations de films. Vous qui êtes à la fois au théâtre et au cinéma, comment voyez-vous ce rapprochement ?

Je n’avais pas vu cela comme ça. Oui, il y a l’utilisation de la vidéo, mais pour moi, ce n’est pas du cinéma. Ce sont des images assez abstraites, beaucoup sont non figuratives. Le cinéma qui vient visiter le théâtre, je ne le vois pas comme cela.

Votre filmographie et le nombre de pièces que vous avez interprétées sont presque à égalité.

C’est plus le théâtre aujourd’hui. En deux ans, j’ai fait quatre pièces. Mais c’est vrai, qu’il y a cet équilibre dans ma carrière. Théâtre, cinéma, télé. Parce que je vais là où il y a des choses intéressantes à faire. Je n’ai pas d’a priori. Je n’ai pas de préférence. Mais à mon âge, je pense que cela serait un peu fou de seulement tabler sur le cinéma. Les rôles de femme y sont plus rares, plus on avance en âge. Si je ne cherchais qu’à faire du cinéma, je serais beaucoup au chômage (rire). Et j’adore le théâtre, j’ai une passion pour la scène. Être sur une scène de théâtre est pour moi l’endroit le plus heureux du monde.

Cela se voit, notamment dans cette pièce, où les personnages qui vous entourent sont excessifs dans leurs réactions, alors que vous, vous êtes la plus calme, avec un côté très maternel.

C’est le sujet de la pièce. Cette femme en partant pour mourir sent que son devoir est de leur donner à tous de la force et de la joie pour continuer. Elle ne s’apitoie pas sur elle-même, ni sur eux. Même avec son fils, à qui elle répète, "Allez, ta vie va continuer". Elle dit cela à chacun. Elle a pris cette décision pour elle-même, aussi. Quand elle dit à son fils "je veux que l’on se voie avant, et pas attendre d’être percluse de tuyaux à l’hôpital. On ne sait plus qui on est, on ne voit plus personne." C’est cela qu’elle ne veut pas. Elle veut être dans le partage. Ce qui lui donne un côté un peu maternel, oui, c’est vrai.

C’est un argument fort en faveur du suicide assisté, quand on est en fin de vie, avec des souffrances physiques insupportables et incurables.

Oui, car ce qui se passe beaucoup en fin de vie, c’est que l’on est abruti par la morphine, et tous ces antalgiques. On ne sait même plus qui l’on est, et en plus coupé du monde.

Voyage à Zurich
De Jean-Benoît Patricot

Mise en scène : Franck Berthier
Avec : Marie Christine Barrault, Arben Bajraktaraj, Magali Genoud, Yannick Laurent, Marie Christine Letort
Du 7 au 28 juillet, à 16h20 - Relâches : 12, 19, 26 juillet
Présence Pasteur
13 Rue Pont Trouca, 84000 Avignon
Tél : 04 32 74 18 54

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