"Utiliser le pixel comme pigment et l’ordinateur comme pinceau" : le festival d’art numérique Constellations illumine la ville de Metz

Jusqu’au 4 septembre, la ville de Metz vous propulse au milieu des étoiles avec la quatrième édition de son festival d’art numérique Constellations. Un parcours de 2,5 km pour découvrir treize œuvres inventives et étonnantes. 

Article rédigé par
Jérémie Laurent-Kaysen - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
"Reflexion" des artistes tchèques Petr Vacek & Adam Cigler à l'église des Trinitaires de Metz.  (JEREMIE LAURENT-KAYSEN)

3,2,1… décollage ! La ville de Metz vous invite à voyager au cœur de la galaxie avec sa nouvelle édition du festival Constellations. Organisé depuis 2017, l’événement propose au public des déambulations dans les rues de la ville mosellane à la découverte de trois parcours complètement différents : "Pierres numériques", "Street Art" et "Art & jardins".

Constellations permet de (re)découvrir l'architecture messine, sublimée par des œuvres d’art numérique. La programmation 2021 est aussi variée et surprenante que les éditions précédentes : mapping vidéo, scénographie laser ou encore installations audiovisuelles immersives… il y en a pour tous les goûts ! Jusqu’au 4 septembre, le festival ouvre ses portes au public à la nuit tombée et jusqu’à minuit.

"Cloud" des artistes canadiens Caitlind r.c. Brown & Wayne Garrett sur la terrasse extérieure de l'Opéra-Théâtre de Metz. 
 (JEREMIE LAURENT-KAYSEN)

L’art numérique au service de l’architecture

Pour cette nouvelle édition, la ville de Metz a nommé l’Orléanais Jérémie Bellot commissaire artiste du parcours numérique. Le jeune homme de 33 ans connaît bien ce festival puisqu’il a déjà eu l’occasion d’y présenter ses œuvres à deux reprises. "Comme son nom l’indique, Constellations s’intéresse à l’univers cosmique. Cette année, j’ai demandé aux artistes de créer une œuvre autour de la recherche, du fantasme de la vie ailleurs à travers la représentation de l'eau" nous explique-t-il. Jérémie a contacté plusieurs artistes : "Au total j'ai sélectionné 13 projets en fonction de leur originalité et de leur compatibilité avec les monuments de la ville". Parmi elles, Reflexion des artistes tchèques Petr Vacek & Adam Cigler, Cloud des Canadiens Caitlind r.c. Brown & Wayne Garrett ou encore Exographies du Français Desaxismundi.

Metz : le festival Constellations met en lumière la cité lorraine
France 3

Le jeune commissaire nous explique que le but de Constellations est aussi de faire de Metz un haut lieu de création dans l’art numérique. "Nous avons beaucoup travaillé sur les lieux, les espaces. Nous voulions donner un autre regard sur le patrimoine architectural messin". Soutenu par la ville, la région, l'Europe et par des mécénats privés, le festival n'a pas de réels concurrents en France : "Il y aurait éventuellement la fête des Lumières de Lyon", ajoute Jérémie Bellot, "mais ce n’est pas du tout le même format. A Metz nous sommes sur deux mois et demi d’événements, c'est spectaculaire !"

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par @jerem.lk

Metz jouit de sa position frontalière avec le Luxembourg, l'Allemagne et la Belgique. Une situation géographique au service de ce festival qui souhaite avoir une influence mondiale. "Nous avons des artistes tchèques, russes, hongrois. Certains s’étaient déjà fait remarquer au Signal festival de Prague et se sont réjouis de venir créer une nouvelle œuvre à Metz" annonce fièrement Jérémie. "Mais nous visons avant tout la qualité et non le caractère cosmopolite du festival. Une équipe japonaise m’a proposé une œuvre que je n’ai pas sélectionnée par exemple, parce que je ne la trouvais pas suffisamment aboutie".

"Creaturae" des artistes hongrois Bordos.ArtWorks au Musée de la Cour d'Or à Metz.  (JEREMIE LAURENT-KAYSEN)

"L'Ailleurs est une quête d'identité"

Parmi les œuvres sélectionnées, Jérémie Bellot souhaitait aussi mettre en valeur des artistes locaux et créer des collaborations inédites. C’est le cas de l’œuvre K2-18B de l’artiste strasbourgeois Jésus s. Baptista, qu'il a conçu avec le groupe de musique messin NIID. K2-18B est le nom d’une exoplanète située à 124 années-lumière de la Terre. Découverte en 2015, elle contient de la vapeur d'eau qui serait favorable au développement de la vie.

"Jérémie m’a contacté car il avait beaucoup apprécié mes précédentes œuvres, souvent en lien avec l’eau" nous raconte le jeune artiste. L'art de Jésus s.Baptista a été grandement influencé par un voyage au Groenland, sur un voilier bloqué dans la glace en 2019. Cet exil loin de la civilisation a de nouveau été une source d'inspiration pour son projet à Constellations : "Après être allé au Pôle Nord, il ne me restait plus qu'à voyager dans l'espace" nous déclare-t-il, amusé.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par @jerem.lk

Installé dans le petit cloître de l’Hôtel de région, son œuvre de plus de 3m de hauteur, est composée d’un cube sur un socle pyramidale. Une référence au film 2001, l’Odyssée de l’espace, dont il est absolument fan, mais aussi à certains films de Jean-Luc Godard. "Pour moi l’Ailleurs est un besoin, une quête d’identité mais aussi un plaisir égocentrique" nous confie-t-il.

Pour réaliser K2-18B, il a dû prendre en compte l'emplacement imposé par le festival mais aussi un ensemble de contraintes techniques et météorologiques : "Je réfléchis toujours au fond avant de penser à la forme. Ma création doit s’adapter à un lieu et pas l’inverse".

Sorti de son école d’art déco en 2016, Jésus s. Baptista est encore un artiste émergeant dans le milieu de l’art numérique. Il a été honoré que Jérémie Bellot lui propose d’exposer à Constellations. "Cette année, il y a vraiment de vraies superstars ! Notamment le groupe hongrois Bordos.ArtWorks qui est très impressionnant". 

"Reflexion" des artistes tchèques Petr Vacek & Adam Cigler à l'église des Trinitaires de Metz.  (JEREMIE LAURENT-KAYSEN)

Pass sanitaire et jauge limitée

"Ça fait deux ans que nous travaillons sur cette édition" raconte Jérémie Bellot, heureux de pouvoir enfin montrer au public le fruit de ces années de travail. Avec l'annulation du festival en 2020, les artistes ont eu une année supplémentaire pour modifier et améliorer leur œuvre. "Depuis septembre 2019, le projet a pris plusieurs formes" confirme Jésus s.Baptista, "K2-18B a évolué jusqu’à décembre 2020. J’ai beaucoup créé et écrit pendant cette année de pandémie"

L’édition 2021 de Constellations est aussi un peu particulière puisqu’elle doit s’adapter aux règles sanitaires en vigueur partout en France. L’ensemble des œuvres sont accessibles sans pass sanitaire mais sont soumises à des jauges limitées. Le public doit en revanche se munir de son certificat pour assister au mapping vidéo Morphosis 2 projeté sur la cathédrale Saint-Etienne. Pas de dérogation non plus pour le masque, obligatoire sur l'ensemble du parcours, même en extérieur. 

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par @jerem.lk

Ces contraintes n’ont pas freiné pour autant le public messin, venu nombreux assister à la projection sur la cathédrale. "Le festival est assez inégal mais j’ai trouvé intéressants la variété des œuvres et le mariage entre l’architecture et l’art visuel" commente un père de famille. "Je viens chaque année à ce festival et j’adore ! Les œuvres numériques sont belles et c’est agréable que le parcours se passe la nuit" ajoute une jeune fille venue à Metz avec ses cousins allemands. 

Festival Constellations, du jeudi au samedi, jusqu'au 4 septembre 2021, à Metz.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers En régions

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.