Musée Christian Dior à Granville : des collections enrichies pour partir sur les traces du couturier normand

A Granville, le musée Christian Dior propose de partir sur les traces du célèbre couturier à travers les collections du musée enrichies de pièces inédites.

Christian Dior choisit un tissu
Christian Dior choisit un tissu (Association Willy Maywald / ADAGP, Paris 2020)

"La maison de mon enfance... j'en garde le souvenir le plus tendre et le plus émerveillé. Que dis-je ? Ma vie, mon style, doivent presque tout à sa situation et à son architecture." Ces mots, extraits des mémoires de Christian Dior, justifient à eux seuls une visite de la Villa des Rhumbs, cette maison familiale installée à Granville en Normandie, devenue en 1997 le musée Christian Dior. Un lieu emblématique qui propose jusqu'au 3 janvier 2021 l'exposition Christian Dior, itinéraire d'un couturier.

Villa Les Rhumbs, musée Christian Dior 
Villa Les Rhumbs, musée Christian Dior  (Benoit Croisy, coll. ville de Granville)

Une centaine de modèles et d'accessoires de haute couture complétés par des photographies, des documents d'archives et des objets personnels, retracent le parcours exceptionnel de celui qui fut un enfant rêveur et réservé avant de devenir un couturier visionnaire et un homme d'affaires doué pour le marketing.

Source d'inspiration 

En visitant la villa Les Rhumbs, on comprend à quel point son cadre fut une source d'inspiration pour Christian Dior. Chaque pièce de la maison raconte une époque. Le rez-de-chaussée est celui de l'enfance et des racines familiales : le vestibule évoque les parents de Christian Dior - le père, directeur d'une entreprise de fabrication d'engrais, la mère, "gestionnaire" d'une fratrie de cinq enfants, et qui a transmis sa passion des fleurs à son fils Christian.

"Les marées qui découvrent les rochers, le ciel avec les lumières toujours changeantes ont été très inspirantes pour Christian Dior", commente Brigitte Richart, conservateur en chef du patrimoine.

La famille Dior dans le jardin de la villa Les Rhumbs.
La famille Dior dans le jardin de la villa Les Rhumbs. (© Tous droits réservés)

Dior avant 1947

Le premier étage s'attache au parcours de celui qui fut d'abord galeriste avant que la crise de 1929 ne le pousse à devenir modéliste chez les couturiers Robert Piguet puis Lucien Lelong, de 1941 à 1946, tout en travaillant aussi pour le cinéma.

Mais Christian Dior éprouve l’envie de créer sa propre maison. Il arrive à convaincre l’industriel du textile Marcel Boussac, propriétaire d’une maison de couture, de lui donner les moyens d’ouvrir sa propre maison. C'est chose faite le 15 décembre 1946 : la maison Dior est créée officiellement et s’installe au 30 de l’avenue Montaigne, à Paris.

Parmi les objets personnels exposés, l'un d'eux raconte cette période déterminante, tout en révélant le côté superstitieux de Christian Dior. Il s'agit d'une étoile métallique sur laquelle le jeune couturier marcha à la tombée de la nuit, le 18 avril 1946, rue du Faubourg-Saint-Honoré (il s'agirait en fait d'un élément détaché d’une roue de voiture à cheval).

Pour le couturier, c'est un heureux présage qui le décide à répondre favorablement à Marcel Boussac pour l’ouverture d’une maison de couture à son nom. Dior gardera cette étoile toute sa vie, suspendue à un ruban dans son studio de création. Il la fit même reproduire à la taille d’un pendentif en or pour l’ensemble de ses collaborateurs ayant plus de dix ans d’ancienneté !

Étoile porte-bonheur de Christian Dior.
Étoile porte-bonheur de Christian Dior. (Benoit Croisy, coll. ville de Granville)

Des pièces inédites du New Look

Au premier étage également, la vitrine centrale permet de découvrir les pièces phares de Christian Dior. Les collections, déjà bien fournies, ont été récemment  enrichies avec des modèles dévoilés pour la première fois au public. C'est le cas de cette robe d'un bleu majestueux, le modèle Saphir, ou encore de Papillon jaune (printemps-été 1951).

Elles sont emblématiques de ces fameuses robes Corolle que le couturier présenta pour son premier défilé en 1947 et qui signent le fameux New Look (l'expression est née avec Carmel Snow, la rédactrice en chef du magazine de mode américain Harper’s Bazaar, qui cria à la révolution en baptisant la collection New Look).

Ensemble Saphir, Christian Dior, collection Haute Couture Automne-Hiver 1951
Ensemble Saphir, Christian Dior, collection Haute Couture Automne-Hiver 1951 (Benoit Croisy, coll. ville de Granville)

Retrouver la féminité

Aujourd'hui, on a du mal à saisir en quoi ces lignes douces et épanouies révolutionnèrent la mode de l'époque. Christian Dior nous éclaire : "Nous sortions d’une époque de guerre, d’uniformes, de femmes soldats aux carrures de boxeurs. Je dessinai des femmes-fleurs, épaules douces, bustes épanouis, tailles fines comme lianes et jupes larges comme corolles. (…) J’accusai la taille, le volume des hanches ; je mis en valeur la poitrine. Pour donner plus de tenue à mes modèles,
je fis doubler presque tous les tissus de percale ou de taffetas, renouant ainsi avec une tradition depuis longtemps abandonnée."

Ensemble Papillon Jaune, Christian Dior, collection Haute Couture Printemps-Été 1951
Ensemble Papillon Jaune, Christian Dior, collection Haute Couture Printemps-Été 1951 (Benoit Croisy, coll. ville de Granville)

Comme le rappelle Soizic Pfaff, la directrice de Dior Héritage, "ce qui a été beaucoup critiqué à l'époque, c'est l'utilisation d'un grand métrage alors qu'on était encore au ticket de rationnement". Pour exemple, l'emblématique tailleur Bar utilisait 20 mètres de tissu - au lieu de trois - surtout dans la longueur de la jupe.

Mais les restrictions n'ont pas empêché le couturier de connaître un succès fulgurant. "A cette époque, c'est la silhouette que toutes les femmes vont vouloir avoir", souligne l'historien de la mode Olivier Babet, quel que soit leur niveau social et leurs moyens financiers."

Le mannequin Alla portant le modèle «H» de la collection Haute Couture Automne-Hiver 1954.
Le mannequin Alla portant le modèle «H» de la collection Haute Couture Automne-Hiver 1954. (Emile Savitry courtesy Sophie Malexis)

Des ateliers, "déchiffreurs d’hiéroglyphes"

Au deuxième étage, le visiteur rentre dans un espace qui reproduit les ateliers du 30, avenue Montaigne. Créateur prolifique, Christian Dior dessinait constamment. En deux ou trois jours, il réalisait plusieurs centaines de dessins avant de les transmettre aux ateliers "pour que le croquis devienne robe".

A charge pour les premières d’atelier de décrypter les souhaits du créateur. Chaque atelier est dirigé par une première d’atelier, aidée de deux secondes d’atelier et d’un ou d’une modéliste. Il y avait l'atelier flou chargé de la réalisation de créations aériennes et vaporeuses et l'atelier tailleur, dédié aux modèles plus structurés.

Les mannequins des ateliers Dior.
Les mannequins des ateliers Dior. (G. Le Gouic / France Télévisions)

Pionnier du marketing

Dans la chambre de Catherine Dior (la soeur de Christian), c'est la facette homme d'affaires du couturier qui est abordé. Dès 1947, ses modèles défilent à Venise, puis en Australie. En 1948, Dior ouvre une boutique à Manhattan et réussit à séduire les actrices hollywoodiennes, formidables faire valoir de ses créations, de Rita Hayworth à Marlène Dietrich en passant par Grace Kelly et Marilyn Monroe.

Christian Dior entouré de ses collaborateurs lors de la préparation d’un défilé
Christian Dior entouré de ses collaborateurs lors de la préparation d’un défilé (© Tous droits réservés)

Derrière sa physionomie "pépère", Christian Dior cachait un esprit sensible, créatif et visionnaire. Son talent réussit à faire prospérer le nom de son père, de la production d'engrais à la couture, pour en faire le symbole du luxe et de l'élégance à la française. Jean Cocteau est peut-être celui qui a le mieux résumé cet homme, "un génie léger propre à notre temps dont le nom magique comporte Dieu et or".

"Christian Dior, itinéraire d'un couturier"

jusqu'au 3 janvier 2021

Villa Les Rhumbs -1 rue d'Estouteville - 50400 Granville 

Du 1er juillet au 30 septembre : tous les jours de 10h à 18h30. Dernière entrée à 18h.

Du 1er octobre au 3 janvier 2021 : du mardi au dimanche et tous les jours pendant les vacances scolaires de 10h à 12h30 et de 14h à 18h. Dernières entrées à 12h et 17h30.

Tarif plein : 9€
Tarif réduit : 7€ (groupes à partir de 12 personnes, personnes handicapées, demandeurs d’emploi et étudiants, sur présentation d’un justificatif).
Gratuit pour les moins de 12 ans.

Réservation fortement conseillée. Places limitées. (25 personnes simultanément à l’intérieur du musée pour raisons sanitaires)

Tél. : 02 33 61 48 21