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"Dans quelle société sommes-nous ?": accusé de "propagande coloniale" et de blackface, Philippe Brunet défend sa liberté de création

"Les Suppliantes" d'Eschyle n'a pu être jouée lundi soir à la Sorbonne en raison de la protestation de manifestants qui accusent la mise en scène d'être "racialiste", parce que certains acteurs portaient des masques noirs. Son metteur en scène, Philippe Brunet, en appelle à la liberté de créer.

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Radio France
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L'entrée principale de la Sorbonne, à Paris, le 30 mars 2018. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Des militants antiracistes ont empêché lundi la représentation de la pièce Les Suppliantes d'Eschyle à la Sorbonne, à Paris. La pièce et sa mise en scène par Philippe Brunet est accusé de racialisme. Ces groupes, avec parmi eux la Ligue de défense noire africaine, la Brigade anti-négrophobie et le Cran, le Conseil représentatif des associations noires, voulaient dénoncer l'usage de masques et de maquillages foncés utilisés par les acteurs de la pièce. Ces masques et maquillages sont en effet vus comme une forme de "blackface", ce grimage parodique des Blancs en Noirs, souvent utilisé aux Etats-Unis dans des spectacles pour ridiculiser l’homme noir dans la première moitié du XXe siècle. 

"À des années-lumières de toute volonté de discrimination"

"Philippe Brunet est un humaniste, on est à des années-lumières de toute volonté de discrimination ou de racialisme", défend Alain Tallon, le doyen de la faculté.

Simplement, ces groupuscules n’existent que dans le ‘coup’ : la Sorbonne, c’est un nom, et ils ont fait un coup à la Sorbonne au détriment d’une équipe théâtrale, au détriment des spectateurs, et tout cela est lamentable.

Alain Tallon, doyen de la faculté

à franceinfo

La pièce de Philippe Brunet est jouée depuis quelques années, et c'est sur la foi de photos qui circulaient sur les réseaux sociaux que ces groupes militants sont venus perturber le spectacle lundi dernier. Philippe Brunet revendique, lui, sa liberté de création. 

On est absolument libres : on peut faire jouer Othello par un Noir ou par un Blanc maquillé. Soyons libres et acceptons de faire jouer tous les rôles par tout le monde.

Philippe Brunet, metteur en scène

à franceinfo

"On joue un petit si on joue un petit, poursuit Philippe Brunet, un bossu si on joue un bossu, un gros si on joue un gros. Et ce n’est pas pour se moquer du gros. Et si on rit du gros, nous n’allons pas entrer dans un politiquement correct qui fait qu’on ne va pas se moquer des gros."

"Si des militants peuvent à tout moment bloquer une représentation, conclut le metteur en scène, dans quelle société sommes-nous ? Je vous laisse trouver les noms qui pourront vous venir." La Sorbonne souhaite plus que jamais voir la pièce de Philippe Brunet donnée dans ses murs et étudie les possibilités pour qu'elle puisse être jouée très bientôt mais dans des conditions sereines.

Accusé de "propagande coloniale", le metteur en scène d’Eschylle défend sa liberté de création
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