Exposition "Luxes" au MAD : un voyage à travers le temps et la géographie où la mode a toujours tenue sa place

A en croire les marques, le luxe ne serait qu'une question de coût. Pourtant le concept a sans cesse évolué tout au long de l'histoire comme le montre l'exposition Luxes au Musée des Arts Décoratifs à Paris

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France Télévisions Rédaction Culture
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Exposition Luxes au Mad : modèles Christian Dior, 1947 (CORINNE JEAMMET)

L'exposition Luxes, qui devait être inaugurée en mai, a ouvert en octobre et rouvrira après le confinement qui vient d'être décidé par le président Macron. À la suite de l'exposition Dix mille ans de luxe, conçue en partenariat avec le Louvre Abu Dhabi en 2019, le Musée des Arts Décoratifs à Paris propose un riche voyage à travers les millénaires, de l'Antiquité au monde contemporain, et les civilisations.

Une certaine idée du luxe à l’usage du monde contemporain 

Si, au fil des millénaires, les sens et la matérialité du luxe, ses usages et ses expressions n’ont cessé d’évoluer, le mot luxe fait dorénavant partie de l’environnement quotidien de nos sociétés contemporaines... qu’on le vénère et qu’on y aspire, qu’on le rejette ou qu’on le critique. En la remettant dans une perspective historique, culturelle et artistique, cette exposition donne des clés - antiques comme actuelles - pour comprendre ce luxe, incarnation de faits de civilisation. 

Exposition Luxes au Mad : robe en panne de velours collection printemps-été 2020 du créateur Demna Gvasalia pour Balenciaga (CORINNE JEAMMET)

Les œuvres présentées sont les témoins d’une évolution de la notion de luxe et de son emploi dans une civilisation donnée. Si la notion de luxe est de nos jours définie par la présence massive des marques de mode - et certaines maisons apparaissent comme indivisibles à l’idée même du luxe -, l’idée de l’exposition est de ne pas s’y réduire : bijoux, accessoires et vêtements côtoient ici une profusion de vases, pendules et mobiliers... 

Exposition Luxes au Mad : le luxe version Arts Déco (CORINNE JEAMMET)

Les valeurs du luxe dans la mode

Retracé par une centaine d'oeuvres, ce voyage donne des clés sur ce qu'est le luxe aujourd'hui et ce qu'il était autrefois. Aux temps médiévaux par exemple, ce sont les épices et le sel, mais ce n'est plus le cas à notre époque. Le sujet est donc vaste et la mode n'est pas le point central de cette exposition, mais celle-ci nous renseigne bien sur l'évolution du visage du luxe dans la mode : des habits en matières somptueuses à l'élégance de la coupe épurée, les pièces exposées incarnent les valeurs qui les ont rendues luxueuses dans leur temps.

Ainsi une veste d’armure japonaise en feutre de laine et soie façonnée de passementeries avec des plumes de paon fut un symbole du luxe à l'époque Edo (1603 -1868) tout comme en 1885 une robe du soir en satin de soie avec des broderies de fils métalliques et paillettes de Charles Frederick Worth (le couturier promeut la haute couture et défend des savoir-faire). Au même titre, dès 1947, la maison Christian Dior incarne une certaine idée du luxe à la française, symbolisant la renaissance de Paris après la guerre.

Exposition Luxes au Mad : modèles Christian Dior, 1947 (CORINNE JEAMMET)

Le siècle écoulé a donc prouvé combien le luxe a vu se renouveler ses visages : sophistication et préciosité maximale de l’Art Déco, minimalisme de la petite robe noire de Coco Chanel...

En 2020, exposer le luxe, c’est montrer aussi de nouvelles prises de conscience comme par exemple le respect pour le monde animal, alors que pendant des millénaires certains matériaux, fourrures ou ivoires, étaient gages de prestige et de valeur… Aujourd'hui, ce n'est pas nécessairement la possession matérielle mais le sentiment de la transmission d’un objet chéri et réparé, une aspiration à se forger un luxe à soi.

Exposition Luxes au Mad : robe artisanale et chapeau en plumes d'autruches blanches automne-hiver 2019 Koché + valise Supreme/Rimowa + sneakers Pierre Hardy collection automne-hiver 2014 (CORINNE JEAMMET)

Le lin, l'exemple d'une autre élégance luxueuse

L'exposition interpelle aussi par la présence du lin, une matière qui au demeurant n'évoque pas immédiatement le luxe : ainsi des murs des salles sont couverts de lin épais et doré qui va être recyclé ensuite dans des oeuvres d'art. La Confédération européenne du lin et du chanvre est mécène de l'exposition. Vertueux par nature, le lin codifie aujourd’hui une autre élégance, d’une sobriété exemplaire comme l'illustrent, ici, deux pièces historiques de dentelles de lin et une silhouette du créateur marseillais Simon Porte Jacquemus.

Ce sont deux expressions complémentaires d’un luxe en renouvellement où entrent désormais en jeu les notions de durabilité, d’authenticité et de responsabilité. Un lin qui rend les engagements éthiques séduisants mais surtout accessibles et affiche son ancrage territorial. 85% du lin mondial est cultivé en Europe de l'Ouest et la France est le premier producteur de cette ressource sobre et responsable : sans déchet, ni OGM, le lin se cultive sans irrigation supplémentaire, seule l’eau de pluie lui suffit. Une exception garantie par deux labels, European Flax et Masters of Linen.

Exposition Luxes au Mad : ici sont exposées des vêtements qui semblent minimalistes d'aspect. Leurs luxes : être réalisés pour certains en lin comme la robe du créateur Simon Porte Jacquemus (à l'extême droite)  (CORINNE JEAMMET)

Le salon 1900 et le salon des Boiseries, habituellement fermés à la visite

Au sein du parcours, l'exposition permet de découvrir deux lieux habituellement fermés à la visite et symboles du luxe à son époque : le salon 1900 et le salon des Boiseries. 

Le salon 1900 - conçu par le décorateur, collectionneur et céramiste Georges Hoentschel - est un spectaculaire ensemble de boiseries et de vitrines. Il provient du pavillon de l’Union centrale des Arts décoratifs édifié pour l’Exposition universelle de 1900. Il a ensuite été remonté en 1905 lors de l’ouverture du MAD dans le pavillon de Marsan. Intitulé Salon du Bois, ce décor en platane d’Algérie sculpté de branches d’églantines alterne avec des tentures de soie brochée rose dessinant des lauriers et des églantiers. C'est un exemple de ce qu’est le luxe en 1900 avec ses parures ou bibelots exprimant la virtuosité technique de l’artisanat d’art. Les oeuvres qui y sont exposées témoignent de la création en France au tournant du XXe siècle.

Le salon des Boiseries dévoile des chefs-d’œuvre du décor européen dont un lustre de Venini exposé à Paris en 1925. Il offre un volume autrefois fréquent au sein des grandes demeures aristocratiques, aujourd’hui un luxe à la portée d’un petit nombre. La France a tôt manifesté une prédilection pour le décor de boiserie (peinture, dorure, incrustations, sculptures) où l’excellence de ses artisans en assura le rayonnement dans toute l’Europe. Sa mise en oeuvre, longue, requiert les talents de différents corps de métier : architectes, ornemanistes, menuisiers, sculpteurs, peintres et doreurs faisant de celle-ci un décor de prix. 

Salon du bois Georges Hoentschel, décorateur Adrien Karbowsky, dessinateur Deschamps, sculpteur sur bois Maison Ferdinand Leborgne, manufacture textile Paris, pavillon de l’Union centrale des arts décoratifs à l’Exposition universelle de 1900 (MAD Paris / Christophe Dellière)

Exposition Luxes jusqu'au 2 mai 2021. Musée des Arts Décoratifs. 107, rue de Rivoli. 75001 Paris. Du mardi au dimanche de 11h à 18h. Le MAD et le musée du Louvre proposent un billet jumelé vendu sur www.ticketlouvre.fr qui permet d’accéder aux expositions et aux collections du MAD dans les 3 jours qui suivent la première visite au Louvre.  

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