"Au lieu de laisser vieillir nos vêtements dans nos placards, faisons les revivre" : l'atelier de réinsertion Renaissance donne vie à des créations de luxe

À Villejuif, l’association Renaissance a monté un atelier où des stagiaires salariés en réinsertion se forment aux techniques de la haute couture pour donner une deuxième vie, via l'upcycling, à des vêtements de luxe oubliés dans les dressings. Le 19 juillet, leurs créations défilaient à l'hôtel des ventes de Drouot à Paris. Découverte.

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France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Défilé de l'association Renaissance le 19 juillet 2021 à Paris (PATIENCE GAIBENE)

Dix jours après la clôture de la semaine de la haute couture automne-hiver 2021-22, le défilé de l'association Renaissance a retenu notre attention. Après un premier show en février 2020, Phillippe Guillet, président et directeur artistique de cette association, en a organisé un second le 19 juillet 2021.

L'association milite pour la réutilisation des vêtements de créateurs, de prêt-à-porter de luxe et de couture dans une perspective de développement durable et pour la réinsertion des personnes éloignées de l'emploi formées pour leur donner une seconde chance. L’upcycling - une tendance qui après s'être affirmée dans le prêt-à-porter se développe dans le luxe - transforme des matériaux récupérés en un produit de qualité supérieure. Déconstruits, découpés puis retravaillés - en tenant compte de l’usure, de l’architecture et du volume des pièces - les vêtements d'hier donnent naissance à une nouvelle garde-robe. 

Les 66 tenues couture upcyclées - des pièces cousues main qui sont l'aboutissement de six mois de travail (de janvier à juillet 2021) - ont été réalisées par les stagiaires salariés, en insertion, formés par Philippe Guilet de l'atelier Renaissance situé cité du Vercors à Villejuif en Val-de-Marne. On a aimé l'incontestable créativité, par exemple, de ce manteau du soir en gazar écru offrant un patchwork d'échantillons de broderies, ce top vert sapin rebrodé de multiples insectes réalisés en boîtes de médicaments par la créatrice Merel Slootheer, cette veste kimono ouatinée or, en doupion de soie, surdimensionnée et ceinturée d'un obi, ces robes travaillées avec des incrustations de dentelle ancienne et, aussi, ce sac de médecin en cuir recouvert de petites poupées vintage en costumes régionaux.

Défilé de l'association Renaissance le 19 juillet 2021 à Paris (PATIENCE GAIBENE)

Franceinfo culture : Qu’est-ce que l’association Renaissance ?

Phillippe Guillet, président et directeur artistique de l’association Renaissance : C'est une association à but non lucratif qui milite pour le social et le développement durabledeux sujets importants et actuels.

Elle donne la possibilité à des personnes - éloignées de l'emploi et en insertion - d'apprendre les techniques pratiquées dans les maisons de création de mode. Parce qu'elles viennent de différentes cultures et n'ont pas appris les codes que nous pratiquons en France dans les ateliers, l'association les aide à valoriser leur savoir-faire. Dans cette démarche le social est omniprésent puisqu'il donne la possibilité de rassurer ces personnes sur un retour à l'emploi. Quant au développement durable, auquel désormais les maisons de mode ont recours, il consiste à partir de vêtements déjà construits, que nous déconstruisons, d'en reconstruire de nouveaux. Cette méthode fait appel à un nouveau métier : l'upcycling de luxe. 

Phillippe Guillet, président et directeur artistique de l’association Renaissance (Laurence Laborie)

Que s'est-il passé depuis le premier défilé en février 2020 ? 
D'abord la promotion a grandi, nous étions alors quinze stagiaires-salariés, aujourd'hui, nous sommes dix-sept. Nous avons aussi signé un contrat important. Pour la première fois, nous sommes associés à la maison Alaïa et nous présenterons, début septembre, quinze pièces couture qui sont entièrement réalisées à partir de stocks de collections anciennes. C'est un énorme pas : nous accédons à la cour des grands. C'est très important pour la valorisation des personnes qui travaillent à l'atelier. 

Défilé de l'association Renaissance le 19 juillet 2021 à Paris (Joel Tsoudndidi)

Quelle est la thématique du show du 19 juillet 2021 ?
Lors du premier défilé, en 2020, beaucoup d'éléments sur les vêtements étaient associés à des chaînes. C'est en fait le désenchaînement que j'ai voulu mettre en avant. Pour ce deuxième défilé, et maintenant que nous sommes libérés, se pose la question du pourquoi pas ? Pourquoi pas l'acceptation des différences ? Pourquoi ne pas être soi-même ? Pourquoi ne pas être heureux ? Nous venons de subir une période très compliquée avec la Covid, qui a un peu frustrée la création et surtout l'éloquence de la liberté. Cette collection est l'évocation de l'acceptation de toutes les différences. J'ai absolument voulu que l'on y associe des personnes qui sont différentes mais qui assument leur différence au quotidien. Chaque membre de l'équipe y a mis ce qu'il possède de plus précieux et forcément avec la différence des cultures (ndlr : ils viennent de nombreux pays comme la Russie, la Moldavie, l'Algérie, le Maroc, l'Afghanistan, la Guinée, l'Ukraine, la Côte d'Ivoire, l'Inde...), c'est important pour eux ce sentiment de liberté. 

Défilé de l'association Renaissance le 19 juillet 2021 à Paris (Laurence Laborie)

Pourquoi le surcyclage (upcycling) ?
Il est omniprésent. Nous sommes conscients des abus, comme les collections "fleuves" produites pour obtenir des prix de fabrication moindres mais qui forcément n'offrent pas d'attrait pour le consommateur, qui a conscience désormais qu'il faut penser écologie. On a tous beaucoup de vêtements : je me suis rendu compte que ces choses que j'achetais, je ne les portais qu'une ou deux fois. Et finalement, en les retravaillant, j'ai du plaisir à les porter plus souvent que lorsque je les avais achetés dans leur état initial. Mes amis et mes relations (ndlr, qui vident leur placard pour donner à l'association) pensent la même chose : plutôt que nos vêtements vieillissent dans nos placards ou soient abandonnés sur les cintres, il faut mieux les voir revivre. 

Dans les backstages du défilé de l'association Renaissance le 19 juillet 2021 à Paris (Laurence Laborie)

Combien de tenues ont défilé ?
61 mannequins ont présenté 66 modèles. L'idée du défilé était de présenter une tribu qui évolue au cours de la journée : on y trouve un esprit très jeune et libéré mais aussi un côté sophistiqué, que l'on ne trouve pas habituellement dans les banlieues mais qui est ici très présent. 

Défilé de l'association Renaissance le 19 juillet 2021 à Paris (Joel Tsoudndidi)

Pourquoi travailler avec des couturiers et couturières en réinsertion ?
J'ai fait ce choix car simplement ces personnes n'ont pas eu la possibilité d'accéder aux maisons de couture. Mais surtout pour révéler leur talent, de façon qu'ensuite elles puissent se présenter dans les ateliers de créations de mode et être retenues pour leur savoir-faire. 

La promotion 2020-21 des couturiers de l'association Renaissance (Laurence Laborie)

Comment intègrent-ils/elles l’association ?
Pour intégrer l'association, il faut savoir coudre à la main et à la machine et à partir de là tout est possible si la motivation est à 100% dans ce projet. Il suffit d'envoyer un CV et une lettre de motivation. Je vais aussi voir des chantiers d'insertion qui ont des ateliers de couture auxquels je présente l'association et qui nous sommes. 

Comment se passe la formation ?
A l'arrivée, ils font connaissance avec l'atelier de haute couture. C'est à-dire qu'ils apprennent le vocabulaire pratiqué dans les maisons de couture et qu'ils comprennent ce que veut dire ces mots techniques comme, par exemple, surfiler... pour demain être embauchés dans des ateliers. Après on suit une méthodologie dans l'action : ils apprennent à réaliser les différentes étapes de la fabrication d'un vêtement. Ils préparent aussi leur mannequin : chez Renaissance, nous ne travaillons pas la coupe à plat mais en volume. Après le moulage sur mannequin, l'association fait intervenir des professionnels extérieurs qui leur enseignent les méthodes pratiquées dans les maisons de couture. Lors de cette formation de six mois, la première étape est la prise de conscience de ce que représente un vêtement et comment il est construit (les trois premiers mois). La deuxième étape, c'est la déconstruction et la reconstruction en vue de la renaissance d'un produit. La troisième étape, c'est le défilé. 

Détail d'une création à l'association Renaissance (Laurence Laborie)

Cette formation a-t-elle un label ?
Pour l'instant, cette formation de six mois n'a pas de label, ni de certificat, mais nous sommes en train de l'obtenir. Nous avons fait la démarche car la Fédération de la Haute Couture et de la Mode s'intéresse à ce que nous faisons, à nos savoir-faire surtout, car nous avons été les premiers à travailler sur des pièces construites que l'on déconstruits pour en reconstruire de nouvelles. En fait cette méthodologie est un nouveau métier : l'upcycling de luxe. Donc l'OPCO (opérateurs de compétences) est en train de travailler avec nous sur le dossier en vue de l'acquisition de cette certification. 

La promotion 2021 des salariés stagiaires de l'association Renaissance au final du défilé du 19 juillet 2021 à Paris (PATIENCE GAIBENE)

Quel type de contrat signent-ils ?
Nous sommes soutenus par un chantier d'insertion qui est l'employeur. Ces contrats en ACI (Ateliers Chantiers d'Insertion) sont pris en charge par la DIRECCTE (Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l'Emploi) qui finance à 80% les salaires de chaque stagiaire, Renaissance prend en charge les 20% restants. La promotion 2020, c'est 17 stagiaires salariés.

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