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Coronavirus : discothèques queer, clubs techno, squats... le blues de Berlin après leur fermeture

Avec l'épidémie et l'entrée en quasi-hibernation de toute l'Allemagne, Berlin craint pour sa réputation de capitale mondiale de la fête. Les clubs ont tous fermé à partir de ce week-end et pourraient ne pas s'en remettre financièrement.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
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Un quartier dans l'est de Berlin, août 2019. (JENS KALAENE / DPA-ZENTRALBILD)

"Vous savez que nous adorons les fêtes de malade, mais là même pour nous ça va trop loin" : le club de Sisyphos, un des emblèmes des nuits berlinoises, fait désormais comme toutes les autres discothèques porte close face au coronavirus.

"C'est pour nous la plus grosse crise depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, nous n'avons jamais dû affronter une menace aussi grande", explique à l'AFP Lutz Leichsenring, représentant de la fédération des night-clubs berlinois, la "Clubcommision", qui compte plus de 200 membres. "Il est possible qu'à la fin de cette crise, une grosse partie de cette culture pour laquelle Berlin est connue, et grâce à laquelle beaucoup de gens se sentent bien à Berlin, disparaisse", prévient-il.

Les grands opéras, orchestres et théâtres de la ville, qui eux aussi participent à la renommée culturelle de la métropole et à son attraction touristique, ont également fermé leurs portes et se bornent au mieux à jouer à huis clos avec retransmission à la radio ou sur internet. Mais, en grande partie financés par des subventions publiques, ils pourront au final compter sur un renflouement de l'Etat.

Pas de soutien de l'Etat pour les discothèques

C'est beaucoup moins vrai pour les discothèques qui comptent uniquement sur leurs recettes. "Notre existence est menacée. Nous pouvons nous en sortir encore quatre ou cinq semaines avec l'argent qu'il nous reste mais après ce sera définitivement terminé", juge Florian Winkler-Ohm, gérant du SchwuZ, dans le quartier branché de Neukölln, un des plus grands clubs de Berlin et la plus ancienne discothèque "queer".

L'entrée close du "SO36", un célèbre club de Berlin (Allemagne), le 15 mars 2020. (TOBIAS SCHWARZ / AFP)

La réputation de capitale de la nuit et de la musique techno sert à Berlin d'aimant chaque année pour des dizaines de milliers de jeunes touristes venus du monde entier se presser jusqu'aux première lueurs du matin dans les sous-sols des clubs comme le Tresor, Berghain, KitKat ou Sage.

Culture d'extravagance propre à Berlin

Cette tradition est née après la chute du Mur de Berlin il y a trente ans, qui divisait la ville en deux entre sa partie occidentale et sa partie orientale appartenant à l'Allemagne de l'Est communiste. La réunification a ouvert des espaces urbains nouveaux à l'Est notamment et permis à une multitude de clubs de pousser comme des champignons dans les caves des bâtiments désaffectés ou inoccupés, et aux DJs d'affluer du monde entier.

Tous ont profité d'un terreau déjà préexistant et fertile : la culture d'extravagance propre à Berlin depuis des décennies, refuge durant la guerre froide dans sa partie occidentale de toutes les expérimentations.

La municipalité de Berlin réfléchit du coup à des formes de soutien spécifiques pour les clubs de la ville, au-delà des prêts garantis par l'Etat ou du recours facilité au chômage partiel déjà promis par le gouvernement allemand à toutes les entreprises qui rencontreraient des difficultés de trésorerie.

Fonds de secours

Mais cela ne suffira pas et des appels au "crowdfunding", le financement participatif, ont déjà été lancés pour constituer un fonds de secours et éviter les dépôts de bilan en série. Certains clubs se veulent encore combattifs malgré l'atmosphère de psychose ambiante.

"Nous avons hâte de pouvoir à nouveau faire des fêtes de folie avec vous et nous allons utiliser la période actuelle pour rendre le club encore plus dément", promet le Sisyphos sur son site internet.

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