"Vaincre ou mourir" : quand l'ambition du Puy du Fou au cinéma fait polémique

Le film à la gloire de la contre-révolution, qui rêve de réunir 100 000 spectateurs, se veut à grand spectacle, avec de nombreuses scènes de combat contre les troupes républicaines qui n'hésitent pas à mater l'insurrection royaliste.
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France Télévisions Rédaction Culture
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Hugo Becker dans le film "Vaincre ou mourir". (CHRISTINE TAMALET)

La sortie en salles mercredi 25 janvier du premier long-métrage produit par le Puy-du-Fou, à la gloire de la contre-révolution et du royalisme, co-distribué par un spécialiste des films "chrétiens", témoigne des ambitions croissantes de ces acteurs dans le 7e art.

Une hagiographie de "Charette"

Vaincre ou Mourir retrace en 1h55 le combat de François-Athanase Charette de La Contrie, dit "Charette", l'une des figures des guerres de Vendée lors de la Révolution, interprété par l'acteur Hugo Becker (l'agent André Merlaux dans la série Au service de la France). Le film, qui rêve de réunir 100 000 spectateurs, se veut à grand spectacle, avec de nombreuses scènes de combat contre les troupes républicaines qui n'hésitent pas à mater l'insurrection royaliste. Vaincre ou Mourir exalte la vertu d'un groupe de combattants qui se voient comme "les derniers remparts d'une royauté de 1 000 ans", comme l'énonce l'un des personnages à l'écran.

Cette plongée dans le tumulte post-révolutionnaire est un galop d'essai pour les ambitions cinématographiques du Puy du Fou, le parc d'attraction vendéen réputé pour ses fresques historiques, fondé par l'ancien homme politique souverainiste Philippe de Villiers. Son fils Nicolas de Villiers veut capitaliser sur le succès du parc aux deux millions de visiteurs annuels pour produire plusieurs films "à grand spectacle, familiaux, à dimension internationale et qui ont en commun de s'inspirer de l'Histoire".

Avec son budget de moins de 5 millions d'euros, Vaincre ou Mourir est inspiré du spectacle phare du parc et a été "à 95%" tourné sur le site, en période hivernale, avec ses chevaux et ses décors, un moyen d'optimiser le budget. "Ce sont des fictions historiques, pas des cours d'histoire", précise le dirigeant à l'AFP, même si Vaincre ou Mourir s'ouvre sur des interviews de personnalités présentées comme spécialistes de la période. "Nous n'avons pas de ligne politique", assure-t-il : "nous sommes des artistes, ce qui nous intéresse c'est de faire rêver les gens avec de belles histoires universelles".

Un conservatisme affiché

En ce qui concerne Vaincre ou Mourir, la neutralité affichée est balayée par l'historien Guillaume Lancereau, co-auteur de l'ouvrage Le Puy du Faux - Enquête sur un parc qui déforme l'histoire : "le film porte une vision anti-républicaine, catholique et royaliste" de l'histoire, analyse-t-il, s'alarmant des prétentions "pédagogiques" du long-métrage auprès des enseignants notamment. En parlant d'une volonté "d'extermination" des Vendéens, en mettant en scène "les valeurs aristocratiques omniprésentes, la parole donnée et le sang versé" ou encore en présentant le peuple comme à la recherche d'un chef salvateur, le film propose une vision "politiquement orientée", explique-t-il à l'AFP. Libération qui ce mardi 24 janvier fait sa Une sur le film, le décrit comme "un étrange objet à thèse tout entier engagé dans la défense du c'était mieux avant (quand la France était une monarchie catholique)". 

Une autre particularité de Vaincre ou Mourir est d'être distribué, en plus de StudioCanal (groupe Vivendi contrôlé par Vincent Bolloré), par Saje, petit acteur (11 salariés, 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires) aux grandes ambitions en matière de "cinéma chrétien". Sa spécialité ? Promouvoir des films "basés sur la foi" auprès des fidèles des paroisses, des écoles privées, etc. Saje a notamment distribué le dernier film de Gad Elmaleh Reste un peu, où il raconte son cheminement spirituel vers le catholicisme, ou le film anti-avortement Unplanned, dont la diffusion sur C8 a fait polémique en 2021.

La tendance du "cinéma confessionnel"

Saje va passer à la production : "nous avons une dizaine de projets en développement", explique à l'AFP son dirigeant, Hubert de Torcy, qui vise une "niche", un public chrétien "pas hyper cinéphile" mais intéressé par "tout ce qui touche à la foi". "Le marché aux États-Unis est énorme, avec des films parfois caricaturaux et manichéens, pas toujours adaptés au public français".

Un secteur encore confidentiel en France, mais en cas de succès, un long-métrage comme Vaincre ou Mourir pourrait contribuer à changer la donne. "Cette tendance à un cinéma confessionnel s'inscrit dans la longue durée", analyse pour l'AFP Yann Raison du Cleuziou, chercheur à l'Université de Bordeaux. "L'Eglise catholique en France s'est positionnée depuis longtemps dans la production de fictions édifiantes pour christianiser les mentalités", notamment dans la presse et l'édition. "Cette ambition revient aujourd'hui", poursuit-il, sur fond de changements liés à la place qu'occupent l'Église, la foi et le conservatisme, dans les sociétés.

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