"Murina" : l'émancipation d'une jeune fille sur une île paradisiaque de Croatie dans un premier film sensuel

Le premier long-métrage de la réalisatrice croate Antoneta Alamat Kusijanović, présenté dans la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2021, a obtenu la Caméra d'or qui récompense le meilleur premier long métrage de toutes les sections du festival.

Leon Lucev et Gracija Filipovic dans \"Murina\", d\' Antoneta Alamat Kusijanović, avril 2022
Leon Lucev et Gracija Filipovic dans "Murina", d' Antoneta Alamat Kusijanović, avril 2022 (MARIO TOPIC / Antitalent / RTFeatures)

La réalisatrice croate Antoneta Alamat Kusijanović signe un premier long-métrage sensuel, qui met en scène sur une île paradisiaque au large de la Croatie Julija, une jeune fille oppressée par le machisme et l'autoritarisme de son père, en quête d'émancipation. Murina est en salles à partir du 20 avril 2022.

Julija (Gracija Filipović) vit sur une île croate paradisiaque avec son père Ante (Leon Lučev) et sa mère Nela Danica Ćurčić. La jeune fille, sous la coupe d'un père autoritaire et machiste, trouve dans les profondeurs de la mer un refuge. Elle pêche le matin avec son père, plus tard dans la journée elle nage ou noie son ennui en plongeant son regard dans le bleu de l'horizon. Depuis la maison spartiate qui domine la baie, elle observe aussi la jeunesse dorée se prélasser sur de luxueux Yachts ancrés sous ses fenêtres.

Paradis ou prison dorée ? La jeune fille, comme sa mère, obéit aux ordres du père et supporte sans broncher ses sautes d'humeur, jusqu'au jour où débarque sur l'île avec sa clique Javier (Cliff Curtis), un beau, riche et vieil ami de son père…

Huis clos

Malgré un horizon bleu azur sans bornes, ce premier long-métrage de la réalisatrice croate Antoneta Alamat Kusijanović est construit comme un huis-clos, la caméra au plus proche du trio familial composé d'un mari et père tyrannique, d'une mère ex-miss beauté, soumise à son époux, et d'une jeune fille pleine de vitalité. Sa beauté sauvage dérange le père, mais trouble également les hommes qui gravitent autour du clan : "Ta fille se ballade nue comme une allumeuse…"

Ce premier long-métrage co-produit par Martin Scorsese, salué lors de la 74e édition du Festival de Cannes en 2021, propose un regard critique sur une société patriarcale, machiste, enfermée dans des principes et des comportements qu'un des personnages qualifie d'"arriérés".

L'irruption dans ce monde clos d'un élément étranger, incarné par Javier, apporte un souffle d'ailleurs, une brèche dans l'ordre établi. Avec l'arrivée de ce séduisant millionnaire, ancien prétendant de Nela (la mère de famille), s'invitent la légèreté, le rire, la sensualité, habituellement interdits dans le huis-clos familial. Sa présence fait naître chez Juliya des envies de fuite vers d'autres horizons.

Cliff Curtis et Gracija Filipovic dans \"Murina\", d\'Antoneta Alamat Kusijanović, avril 2022
Cliff Curtis et Gracija Filipovic dans "Murina", d'Antoneta Alamat Kusijanović, avril 2022 (MARIO TOPIC / Antitalent / RTFeatures)

La mer

Les paysages sont à la fois sublimes et inquiétants, arides, souvent hostiles. La caméra saisit la brutalité de ce monde minéral et maritime, refermé sur lui-même, malgré l'illusion d'un horizon toujours ouvert. La mer, omniprésente, fait figure de refuge autant que de barrière avec le monde extérieur. Un ventre tantôt rassurant, tantôt sombre, dont la jeune fille tentera de s'extirper comme d'un utérus, allégorie d'une nouvelle naissance.

Javier tiendra-t-il ses promesses ? Juljia réussira-t-elle à s'émanciper de la tutelle de son père et de ce monde ancestral figé dans des principes d'un autre âge ? Cet autre monde dont la jeune fille rêve est-il meilleur que celui dans lequel elle a grandi ?

Le film soulève toutes ces questions sans chercher à les résoudre, ni à nous convaincre, saisissant la complexité des relations humaines dans les regards en suspens, les non-dits, les silences, dans un trait de lumière ou dans le geste désespéré d'une "Murina" (Murène) pour se libérer du harpon du pêcheur.

Gracija Filipovic et Danica Curcic dans \"Murina\", d\'Antoneta Alamat Kusijanović, avril 2022
Gracija Filipovic et Danica Curcic dans "Murina", d'Antoneta Alamat Kusijanović, avril 2022 (MARIO TOPIC / Antitalent / RTFeatures)

Les acteurs, et notamment Gracija Filipović, sont au rendez-vous. La jeune comédienne, déjà l'héroïne du court-métrage de la réalisatrice Into the blue, a travaillé son rôle dans Murina avec la réalisatrice pendant quatre ans. La jeune comédienne, une très forte présence à l'écran, incarne parfaitement cet âge de tous les possibles, une sensualité qui déborde et cette rébellion qu'elle assène à une mère ayant fait le choix de la résignation.

Murina, est un très beau premier film, sensuel et engagé, dans l'esprit de Mustangde la cinéaste turque Deniz Gamze Ergüven, qui évoquait en 2015 le désir d'émancipation d'une fratrie de filles sous le joug d'un père autoritaire.

Affiche du film \"Murina\", d\'Antoneta Alamat Kusijanović, avril 2022
Affiche du film "Murina", d'Antoneta Alamat Kusijanović, avril 2022 (KMBO)

La fiche

Genre : Drame
Réalisatrice : Antoneta Alamat Kusijanović
Acteurs : Gracija Filipović, Danica Ćurčić, Leon Lučev, Cliff Curtis
Pays : Croatie, Brésil, États-Unis, Slovénie
Durée : 1h36
Sortie : 20 avril 2022
Distributeur : KMBO
Synopsis : Sur l’île croate où elle vit, Julija souffre de l’autorité excessive de son père. Le réconfort, elle le trouve au contact de sa mère – et de la mer, un refuge dont elle explore les richesses. L’arrivée d’un riche ami de son père exacerbe les tensions au sein de la famille. Julija réussira-t-elle à gagner sa liberté ?