"Les Sorcières d'Akelarre" : l'Inquisition du XVIIe siècle sur le banc des accusés à l’heure de #MeToo

Les sorcières sont dans l’air. Les mouvements féministes les actualisent dans leurs revendications, le cinéma aussi dans un film réaliste autant que politique.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Amaia Aberasturi, garazi Urkola, Yune Nogeiras, Jone Laspiur, Irati Saez de Urabain et Lora Ibarra dans "Les Sorcières d'Akelarre" de Pablo Agüero (2021). (SOPHIE DULAC PRODUCTIONS)

Après Benedetta de Paul Verhoeven et Lux Aeterna de Gaspar Noé, les sorcières tiennent le haut du pavé dans Les Sorcières d'Akelarre sur les écrans mercredi 25 août. Le sujet rencontre la cause des femmes mise en avant depuis #MeToo et l’Inquisition est un sujet de prédilection pour stigmatiser les sociétés patriarcales. Dans son film, l’espagnol Pablo Agüero montre comment de jeunes innocentes accusées d’être sorcières vont le devenir… Récompensé par cinq Goya (les César espagnols), le film est le plus primé du cinéma ibérique.

Fantasmes paranoïaques

Au Pays basque en 1609, cinq adolescentes et une enfant sont arrêtées par l’Inquisition, accusées de participer à des sabbats. Brutalement enfermées, interrogées sous la torture par des juges qui croient à peine à ce qu’ils professent, toutes les six vont abonder dans leurs sens pour les manipuler et peut-être recouvrer ainsi leur liberté.

Comme le très réussi The Witch, sur la sorcellerie en Nouvelle Angleterre au XVIIe siècle, Les Sorcières d'Akelarre fait le choix d'une approche réaliste. Livrées au décor lépreux de la prison, aux conditions lamentables d’incarcération, à la brutalité des soldats et à la malignité des juges, six enfants d’un village subissent les dérives d’une société victime de ses fantasmes paranoïaques. Si Pablo Agüero est convaincant dans le propos, la réalisation aurait gagné à multiplier les échelles de plans, trop souvent serrés sur les personnages. Il se rattrape dans les beaux rapprochements entre ces jeunes filles innocentes et la nature, leurs chants et danses, mais reste sobre et explicite dans les tourments qu'ellles subissent. 

Peur et fascination

Les Sorcières d'Akelarre dénonce une juridiction qui a duré cinq siècles (XIIIe-XVIIIe siècle), ourdie par une terreur imaginaire, construite par l’Eglise, puis relayée par l’Etat. La gente féminine était en première ligne. Sur l’ensemble des exécutions pratiquées, 70% visèrent des femmes. L’originalité de Pablo Agüero est de retourner les accusations contre leurs procureurs. L’une des "sorcières" suggère de donner aux inquisiteurs ce qu’ils veulent : la reconstitution d’un sabbat. C’est alors une grotesque pièce de théâtre qui se monte, à laquelle s’offrent des voyeurs. "Tant que l’on n’aura pas vu un sabbat, nous ne saurons pas si cela existe", assène le juge. Toute la perversité de la politique inquisitoire éclate dans un tel processus. Le spectacle est celui de femmes tenues pour responsables pour la peur viscérale qu'elles inspirent, en même temps que pour la fascination qu’elles suscitent. La scène assez surréaliste est des plus éloquentes.

Amaia Aberasturi dans "Les Sorcières d'Akelarre" de Pablo Agüero (2021). (SOPHIE DULAC PRODUCTIONS)

L’originalité du script de Pablo Agüero, basé sur le témoignage de Pierre de Rosteguy de Lancre (1553-1631), est dans ce revirement entre manipulées et manipulateurs. Un discours qui fait parfaitement écho au contexte actuel, où la parole libérée des femmes s’affirme un peu plus chaque jour, et entraîne une prise de conscience de mœurs archaïques toujours ancrés. Historique et convaincant, Les Sorcières d'Akelarre touche par sa parabole pertinente des temps présents.

L'affiche de "Les Sorcières d'Akelarre" de Pablo Agüero (2021). (SOPHIE DULAC PRODUCTIONS)

La fiche

Genre : Drame historique
Réalisateur : Pablo Agüero
Acteurs :  Amaia Aberasturi, Garazi Urkola, Yune Nogeiras, Jone Laspiur, Irati Saez de Urabain, Lora Ibarra, Alex Brendemühl, Daniel Fanego
Pays : Espagne / Argentine / France
Durée : 1h32
Sortie : 25 août 2021
Distributeur : Sophie Dulac Distribution

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Synopsis : Pays basque, 1609. Six jeunes femmes sont arrêtées et accusées d’avoir participé à une cérémonie diabolique, le Sabbat. Quoi qu’elles disent, quoi qu’elles fassent, elles seront considérées comme des sorcières. Il ne leur reste plus qu’à le devenir…

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