Le réalisateur Nadav Lapid livre dans "Synonymes" un regard acéré sur son pays, Israël

Dans son film "Synonymes", Nadav Lapid livre un regard acéré et radical sur Israël, son pays. Un film abrupt qui interroge la question de l'identité. C'est le premier long-métrage israélien à avoir obtenu la récompense suprême au festival du film de Berlin. Il sort en salles ce 27 mars.

Tom Mercier dans Synonymes de Nadav Lapid
Tom Mercier dans Synonymes de Nadav Lapid (Guy Ferrandis / SBS Films)
"Je suis arrivé en France pour fuir Israël. Fuir cet Etat méchant, obscène, ignorant, idiot, abominable, sordide, fétide, grossier, odieux, lamentable, répugnant, détestable, abruti, étriqué, bas d’esprit, bas de coeur". La charge est virulente, autant que l'est la colère de Yoav, un jeune israélien en rupture totale avec son pays, après son service militaire. Il rejoint Paris dans l'espoir d'y renaître avec ce postulat que la France incarne et sanctifie tout ce qui est méprisé dans sa culture. Cette histoire, celle d'un fantasme qui tourne au désenchantement, c'est celle de Nadav Lapid, le réalisateur, qui vient d'obtenir un Ours d'Or à la Berlinale. Pour lui, son long métrage "pourrait être considéré comme un scandale en Israël".

Reportage : France 3 Paris Île-de-France, N. Cohen / I. Audin / T. Guiet / W. Sabas.

 

Deux jeunes hommes pour deux visions d'Israël

Dans "Synonymes", Nadav Lapid met Yoav (Tom Mercier) sur le chemin de Yaron (Uria Hayik), un Israélien "conforme" à ce que l'Etat hébreu attend des jeunes gens, dans l'esprit du réalisateur : être fort, musclé, fidèle et manichéen. Son opposé. Les deux faces d'un modèle et d'une identité. L'un cherche dans la langue française et une vie parisienne idéalisée une rédemption et le moyen de se réinventer. L'autre cherche par la provocation à faire surgir les démons français de l'antisémitisme. 

 

Israël est un pays qui exige de vous un amour absolu, total, sans concession.
Une fois que l'on refuse cet amour, on se retrouve de l'autre côté, dans la haine totale.

Nadav Lapid
cinéaste israélien


Nadav Lapid s'est inspiré de son propre chemin de vie pour ce long métrage : "je traite ma propre expérience comme une matière pour parler du monde tel qu'il est aujourd'hui", a expliqué le cinéaste à l'AFP. A l'époque, il avait choisi la France "à cause de son admiration pour Napoléon, sa passion pour Zidane, et à cause d'un ou deux films de Godard".