"Cold War" : le réalisateur d’"Ida" sublime l’amour impossible

Récompensé aux European Films Awards et aux Goya espagnols pour son beau succès critique et public "Ida" (2015), Pawel Pawlikowski a remporté le Prix de la mise en scène à Cannes avec "Cold War", une histoire d’amour impossible durant la Guerre froide. Il remetait du même coup la Pologne dans la boucle cannoise avec un film magnifique, ce qui n’était pas arrivé depuis des lustres.

 Joanna Kulig et Tomasz KOt dans \"Cold War\" de Pawel Pawlikowski
 Joanna Kulig et Tomasz KOt dans "Cold War" de Pawel Pawlikowski (Diaphana Distribution)

Guerres froides

Après "Ida", tout le monde attendait au tournant Pawel Pawlikowski. La sélection de "Cold War" à Cannes était déjà rassurante, et à la vision du film, les attentes sont comblées. Musicien, Wictor (Tomasz Kot) découvre une jeune chanteuse et danseuse talentueuse, Zula (Joanna Kulig). Ils tombent amoureux et projettent de rejoindre Paris. Mais Zula ne le suit pas. Ils se rencontreront de nouveau dans la ville lumière, vivront ensemble, puis se retrouveront en Pologne, dans un incessant va-et-vient conditionné tant par leurs sentiments que par un contexte politique délétère.
Pawel Pawlikowski retrouve la rigueur esthétique d’"Ida". Son noir et blanc ascétique, son format carré, ses cadrages millimétrés, ses lumières tour à tour ouatées et contrastées. L’image, que certains taxeront de papier glacé, est éminemment poétique. Froideur ? Elle vient sans doute du contexte géopolitique de l’époque. Cette Guerre froide ("Cold War") s’inscrit dans la romance, comme si elle la contaminait.

Attirance-répulsion

Wictor est épris de liberté, mais Zula pourtant habitée par son amour est encore très attachée à sa patrie. Après avoir rejoint Wictor à Paris, elle repartira et épousera un Italien, pour le retrouver encore, et fera finalement un enfant avec un cadre politique polonais… Sa position est comme la "métaphore" (notion qui fait l’objet d’un très beau dialogue) de la Pologne sous influence soviétique face à l’Occident. Une attirance-répulsion qui guide sa conduite, et les mènera à une résolution fatale, à l’image de la Pologne contemporaine qui verse dans le nationalisme.
Joanna Kulig dans \"Cold Waré\" de Pawel Pawlikowski
Joanna Kulig dans "Cold Waré" de Pawel Pawlikowski (Diaphana distribution)
La thèse de "Cold War", soutenue par une forme esthétique forte, pourrait paraître appuyée. Mais elle se veut au service d'une romance enivrante entre une Varsovie stalinienne et un Paris bohême. Cliché ? Pas vraiment, tant Pawel Pawlikowski est un esthète rigoriste, à la direction d’acteurs remarquable. La musique, thématique au cœur du film - s’agissant d’un musicien et d’une chanteuse - exprime le point commun entre les deux êtres. "Cold War" n’en demeure pas moins désespéré, une tragédie prégnante, où le sens et la forme se fondent dans un poème visuel de tous les instants.
\"Cold War\" : l\'affiche
"Cold War" : l'affiche (Diaphana)

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Pawel Pawlikowski  
Pays : Pologne / France / Grande-Bretagne
Acteurs : Joanna Kulig, Agata Kulesza, Tomasz Kot
Durée : 1h24
Sortie : 24 octobre 2018

Synopsis : Pendant la Guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.