"C’est ça l’amour" de Claire Burger : être père, ça s'apprend

Dernier long métrage de la réalisatrice Claire Burger, "C’est ça l’amour" évoque avec tendresse la nouvelle vie d’un homme et de ses filles après que son épouse les a quittés. L’acteur belge Bouli Lanners s’y révèle bouleversant. Un film sur la paternité, beau et mélancolique.

Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg dans \"C\'est ça l\'amour\" de Claire Burger.
Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg dans "C'est ça l'amour" de Claire Burger. (Mars Films)
C’est un sujet encore tabou au cinéma. Le départ des femmes du domicile conjugal, laissant derrière elles leurs enfants et leur mari, même si deux réalisateurs s’y sont déjà essayé avec justesse l’an dernier dans "Nos Batailles", et "Une femme heureuse". 

Mais cette fois, la cinéaste Claire Burger a mis beaucoup d’elle dans cette histoire quasi autobiographique. L’histoire de Mario, ce papa poule qui voit le ciel lui tomber sur la tête le jour où son épouse lui annonce sa volonté de prendre le large, pour "respirer", c’est la sienne. Celle d’une adolescente un peu rebelle qui a vécu très difficilement la séparation de ses parents à Forbach, sa ville d’origine, alors que sa sœur aînée elle, qui rêvait d’indépendance, l’acceptait plus facilement. Elle a d’ailleurs tenu à situer son histoire dans cette ville de Moselle, dans la propre maison où elle a passé son enfance afin d’être au plus près de ce qu’elle avait éprouvé enfant.
Un cataclysme émotionnel qu’elle a su retranscrire avec beaucoup de sensibilité et sans pathos. Un film qui vous touche au cœur parce que ce départ, véritable séisme dans la vie de Mario et de ses filles, s’effectue sans cris, ni larmes, sans jugement non plus de cette mère qui a besoin de partir pour recommencer. "Repose toi de moi", souffle Mario à sa femme, sans comprendre que ce départ est définitif.

Un homme "maternel"

Mario, c’est Bouli Lanners, cet acteur belge de 54 ans émouvant en papa poule désespéré, qui tente au mieux de tenir son foyer. Un homme à qui son emploi à la sous préfecture ne suffit plus. Et qui s’inscrit à des cours de théâtre dans l’espoir d’y croiser son épouse et de se sentir mieux. Il y trouvera la paix intérieure et le souffle d’un nouveau départ.
Bouli Lanners dans \"C\'est ça l\'amour\" de Claire Burger
Bouli Lanners dans "C'est ça l'amour" de Claire Burger (Mars Films)
Un homme maladroit avec ses filles mais tellement plein d’amour qu’il en "éclabousse" les spectateurs. On a envie de serrer dans nos bras ce papa nounours, comme Frida et Niki (clins d’oeils de la réalisatrice à ses artistes fétiches, Frida Kahlo et Niki de Saint Phalle), ses filles adorées qui vont finir par comprendre elles aussi que partir, avant qu’il ne soit trop tard et que la famille ne se déchire, c’est aussi ça l’amour.

Casting sauvage

Comme dans ses précédents films, c’est lors d’un casting sauvage à Forbach que la réalisatrice a repéré Justine Lacroix, l’adolescente qui incarne Frida, en pleine crise d’identité et de rébellion, dont on est pas prêt d’oublier le minois boudeur. Pas plus que la beauté solaire de sa soeur de cinéma, Sarah Henochsberg, émouvante petite maman de substitution.

Pour que le trio fonctionne, Claire Burger a organisé à Liège, au domicile de Bouli Lanners, un week-end d’adaptation pendant lequel ils ont vécu une vraie vie de famille. Le résultat se voit à chaque seconde à l’écran, une complicité merveilleuse entre ces trois-là, qui vous étreint et ne vous lâche pas pendant les 98 minutes du film. Préparez vos mouchoirs.
\"C\'est ça l\'amour\" : l\'affiche
"C'est ça l'amour" : l'affiche (Mars Films)

LA FICHE

Drame de Claire Burger
Pays : France
Durée : 1h38
Distributeur : Mars Films 
Sortie : 27 mars 2019

Synopsis : Depuis que sa femme est partie, Mario tient la maison et élève seul ses deux filles. Frida, 14 ans, lui reproche le départ de sa mère. Niki, 17 ans, rêve d'indépendance. Mario, lui, attend toujours le retour de sa femme.