"Camille", film puissant sur Camille Lepage, jeune reporter-photographe tuée en Centrafrique

Camille Lepage est morte à 26 ans en photographiant la guerre civile en Centrafrique en 2013-2014. "Camille" retrace avec ferveur la vocation qui scella le destin d’une jeune femme passionnée.

Nina Meurisse dans \"Camille\" de Boris Lojkine
Nina Meurisse dans "Camille" de Boris Lojkine (Copyright Pyramide Films)

Ancienne colonie française, la République centrafricaine ou la Centrafrique, connaît depuis son indépendance en 1960 une histoire mouvementée. Son point culminant fut la guerre civile qui secoua le pays en 2013-2014, alors que les différentes factions continuent à se massacrer mutuellement. En 2014, trois journalistes étaient tués par des milices, dont Céline Lepage, reporter-photographe française de 26 ans.

FRANCE 3

Boris Lojkine signe un deuxième long métrage puissant, avec dans le rôle de Camille Lepage Nina Meurisse (L’Effet aquatique), prix d’interprétation féminine au Festival du film francophone d’Angoulême. Le film a par ailleurs remporté le prix du public au Festival de Locarno et celui du scénario à Namur. Des consécrations très méritées.

Cinéma vérité

En 2013, Camille, jeune reporter-photographe, quitte le giron familial pour couvrir la guerre civile qui se prépare en Centrafrique. Débarquée dans un pays qu’elle ne connaît pas, elle se prend de passion pour la jeunesse de cet Etat et le drame qui s’y joue, dans l’indifférence de la communauté internationale. Elle va se confronter aux rivalités entre milices qui multiplient les massacres réciproques, et va en devenir une victime collatérale.

Pyramide Distribution

Avec Camille, Boris Lojkine, venu du documentaire (Les âmes errantes, 2005), adhère à un cinéma vérité. Mais il joue ici plus avec les canons du reportage de guerre qu'avec ceux d’un film didactique. Caméra portée, le réalisateur se met dans les conditions d’un reporter d’images pour capter l’odyssée de son héroïne. Il ne fait pourtant pas "à la manière de", mais opte pour un vrai choix de mise en scène, maîtrisé et cohérent avec son sujet.

Trois niveaux de lecture

Nina Meurisse porte à bout de bras Camille à laquelle elle offre une interprétation remarquable, en traduisant son idéalisme, sa fougue, et son dévouement à une profession, qu’elle assimile à une mission. Celle de porter aux yeux du monde ce qu’il refuse de voir. Ses rapports avec les rares journalistes sur place ne sont pas anodins : elle est reléguée au rang de sous-fifre qui fait ses armes, en recevant un minimum d’aide de leur part, mais ces collègues la reconnaissent quand elle a de bonnes sources.

Nina Meurisse dans \"Camille\" de Boris Lojkine
Nina Meurisse dans "Camille" de Boris Lojkine (Copyright Pyramide Distribution)

Les autres comédiens, occidentaux ou centrafricains, sont tout autant habités. Ils participent à la véracité d’un film juste, dénué de tout lyrisme. Il n’en touche pas moins au plus profond le spectateur par la maîtrise de Boris Lojkine de son sujet, très documenté, et son empathie communicative pour Camille Lepage. Sobre dans son dénouement tragique, le film a plusieurs niveaux de lecture. Historique sur la Centrafrique, documentaire sur la profession de photographe de guerre, dramatique, tant la tension ne cesse de croître jusqu’à sa résolution. Bouleversant.

L\'affiche de \"Camille\" de Boris Lojkine
L'affiche de "Camille" de Boris Lojkine (Pyramide Distribution)

La Fiche

Genre : Biopic / Drame
Réalisateur : Boris Lojkine
Acteurs : Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini, Grégoire Colin, Augustin Legrand, Michael Zumstein, Onsnabee Zounoua, Abdouraouf Diallo

Pays : France / Centrafrique
Durée : 1h30
Sortie : 16 octobre 2019
Distributeur : Pyramide Distribution

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Synopsis  Jeune photojournaliste éprise d'idéal, Camille part en Centrafrique couvrir la guerre civile qui se prépare. Très vite, elle se passionne pour ce pays et sa jeunesse emportée par la tourmente. Désormais, son destin se jouera là-bas.