Mort de Jean-Pierre Mocky : dix films qui ont marqué sa carrière

Avec plus de soixante films à son actif, le réalisateur a marqué le cinéma français.

Jean-Pierre Mocky avec Michel Serrault, l\'un de ses acteurs fétiches, à la gare de l\'Est le 14 février 1990.
Jean-Pierre Mocky avec Michel Serrault, l'un de ses acteurs fétiches, à la gare de l'Est le 14 février 1990. (DERRICK CEYRAC / AFP)

Jean-Pierre Mocky, réalisateur inarrêtable, a produit plus d'une soixantaine de films pour le cinéma, et d'autres pour la télévision. Une carrière longue de six décennies, riche et inégale, entre comédies potaches et grinçantes, et films plus sérieux. Avec peu de budget, des acteurs délirants et une galerie de personnages hauts en couleurs, Jean-Pierre Mocky a fait rire et réfléchir plusieurs générations de spectateurs. Franceinfo vous propose de redécouvrir dix films qui ont marqué son oeuvre.

Les Dragueurs (1959)

Il raconte l’histoire de Freddy (Jacques Charrier) et Joseph (Charles Aznavour) , deux dragueurs invétérés opérant dans les rues de Paris. A la distribution également : Anouk Aimée dans le rôle de Jeanne, qui incarne la femme idéale. Ce premier film de Jean-Pierre Mocky en tant que réalisateur, rencontre un franc succès et aurait popularisé le terme “dragueur”.

Un Drôle de paroissien (1963)

En 1963, Jean-Pierre Mocky revient avec une comédie. Dans Un Drôle de paroissien, il signe une première collaboration avec Bourvil qui deviendra un de ses acteurs fétiches. Le comédien incarne Georges, fils d’une famille noble ruinée. Se refusant à travailler, l’aristocrate va piller les troncs d’églises pour maintenir les siens à flot. Le film est bien accueilli par la critique et est sélectionné au Festival de Berlin.

La Grande lessive (!) (1968)

La Grande lessive (!) confirme Jean-Pierre Mocky comme un agitateur. Cette fois-ci, le réalisateur adresse une charge comique contre la télévision, qu’il décrit comme un outil de contrôle et d’abrutissement de la population. Au centre de l’intrigue, le duo détonnant Bourvil-Francis Blanche (un duo que Mocky met en scène pour la troisième fois), à une époque où la télévision et la radio sont sous contrôle de l’Etat. Bourvil, en instituteur constatant les dégâts de la télé sur la jeunesse, va tenter de brouiller les ondes de transmission du petit écran. Une farce féroce et déjantée, qui rencontra un grand succès populaire en France.

Solo (1969)

Après une série de comédies, Jean-Pierre Mocky s’essaie avec succès au film noir avec Solo en 1970. Et pour l’occasion, il en interprète lui-même le rôle principal, celui d’un cambrioleur violoniste, cherchant à sauver son frère d’un groupuscule de soixante-huitards terroristes. Sur une histoire grinçante et presque loufoque, Mocky pose un regard désabusé sur la société de l’époque, et assène ses coups à la jeunesse de mai 68 autant qu’à la France de De Gaulle. Loué par la critique, Solo ouvre une nouvelle ère dans le cinéma de Jean-Pierre Mocky.

L’Albatros (1971)

Jean-Pierre Mocky continue sur sa lancée de critique des moeurs, d’une société gangrenée, d’un pouvoir politique qui est parvenu à étouffer mai 68. Et c’est cette-fois la corruption du système qui est fustigée, par le biais d’un héros truand, taulard à peine échappé qui décide de prendre en otage la fille d’un politicien, interprétée par Marion Game. Avec une dose de syndrome de Stockholm par-dessus, Mocky délivre ici une colère brute, et s’offre même Léo Ferré à la musique.

L’Ibis rouge (1975)

Nouvelle histoire explosive et improbable, L’Ibis rouge est un retour de plain-pied dans la comédie. Il s’agit d’une farce immorale, où Mocky retrouve Galabru et Serrault, et fait jouer Michel Simon dans son dernier film. Un entremêlement d’histoires d’étranglements, de dettes de jeu et de faux-semblants, où les acteurs désopilants donnent leur maximum pour forcer les traits de leurs personnages.

Y-a-t’il un Français dans la salle ? (1982)

Adaptation d’un roman cruel de Frédéric Dard, Y-a-t’il un Français dans la salle ? interroge la société française et son acceptation de l’immoralité en politique. Sorti en 1982, un an après la fin du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, le film n’est pas qu’une comédie délirante, mais une fable sérieuses aux ramifications pointant directement vers la réalité.

A Mort l’arbitre (1984)

En voulant toujours remuer la société et ses potentiels dérapages, il fallait bien que Jean-Pierre Mocky signe une oeuvre prémonitoire. Avec A Mort l’arbitre, il réalise son film le plus connu, thriller haletant sur un match de foot dont les supporters tentent de prendre en chasse l’arbitre de la rencontre. Avec Eddy Mitchell en arbitre inconscient et Michel Serrault en supporter psychopathe, le film est une course-poursuite permanente et crasse, et annonce le drame du Heysel l’année suivante, durant lequel une charge de hooligans anglais entraînera la mort de 39 supporters dans un stade de Bruxelles. Un portrait féroce de la bêtise humaine, avec le regard toujours désabusé de Mocky.

Le Miraculé (1987)

Retour à la comédie en 1987, avec Le Miraculé, une nouvelle charge contre les institutions et, en l'occurrence, la religion, et le juteux marché du miracle à Lourdes. Dans le film, Jean Poiret incarne un petit escroc simulant une paralysie des jambes après un accident de voiture. Face à lui, un Michel Serrault assureur flaire la combine et se met en tête de coincer l’arnaqueur. Serrault, dont le personnage est muet, se permet d’exagérer chacun de ses mouvements et chacune de ses expressions. Une réjouissante histoire à dormir debout.

Les Saisons du plaisir (1988)

Dans la grande galerie des personnages typiques du cinéma de Mocky, il y a l’obsédé sexuel. Ce n’était donc qu’une question de temps pour que le sexe devienne le thème principal d’un de ses films. Les Saisons du plaisir, c’est l’histoire de tout plein de gens qui ne cherchent que “ça”. Avec un objectif assumé de scandale, le film s’attaque à toutes les formes de sexualité grâce à une suite d’acteurs à faire pâlir : Jean-Pierre Bacri, Sylvie Joly, Jean Poiret, Bernadette Lafont, Eva Darlan, Richard Bohringer, Darry Cowl, Stéphane Audran ou encore Judith Godrèche. La palme revient cependant à une Jacqueline Maillan, désopilante.

BONUS : Les Compagnons de la marguerite (1967)

Peut-être l’un des films les plus drôles de Jean-Pierre Mocky, dans sa pleine période comique des années 1960. Un film typique du réalisateur, qui mêle mauvais sentiments, critique de la société et immoralité revendiquée, fondé sur ses propres problèmes de divorce. Une histoire d’échange d’épouses, une brigade des us et coutumes, des tracas administratifs… Les ingrédients d’un scénario qui part dans tous les sens, servi, comme toujours, par une brochette d’acteurs de talent : Claude Rich, Francis Blanche et Michel Serrault.