Le Festival de Cannes s'ouvre sur un ton grave et politique

Entre glamour, paillettes et solennité, la 61e édition du Festival de Cannes s'est ouverte ce soir sur un ton grave et politique avec la projection du premier film en compétition, "Blindness", un glaçant thriller sur une humanité livrée à ses plus bas instincts.

(Radio France © France Info)

L'édition 2008 a été ouverte par le cinéaste français Claude Lanzmann, 82 ans, réalisateur de Shoah, documentaire sur l'Holocauste. "De même qu'il n'y a qu'une seule humanité, il n'y a qu'un seul cinéma", a déclaré Claude Lanzmann d'un ton solennel, en estimant que la force de Cannes est de faire le lien entre "les extrêmes du spectre", du Jackie Brown de Quentin Tarantino à Shoah. Auparavant, le président du jury, l'Américain Sean Penn, a lancé un "appel aux distributeurs pour soutenir les films qui ne recevront pas de prix" le 25 mai, jour du palmarès.

Penn, l'une des figures du Hollywood engagé sur le front politique mondial, a rappelé que Cannes avait toujours eu pour vocation de "soutenir et encourager" les films, citant Easy Rider de Dennis Hopper, présent dans la salle. Cadeau des organisateurs du Festival au président du jury, enfant de la contre-culture américaine des "sixties": la présence surprise du chanteur Richie Havens qui a interprété Freedom, comme au festival hippie de Woodstock en 1969.

La cérémonie, animée par le comédien français Edouard Baer qui y a apporté une note d'humour décalé, avait été précédée par la montée des marches. Les stars anglo-saxonnes comme Faye Dunaway ou Cate Blanchett ont précédé l'équipe de Blindness, du réalisateur brésilien Fernando Meirelles avec les acteurs américains Julianne Moore et Danny Glover.

Tiré du livre L'Aveuglement du Prix Nobel portugais José Saramago, Blindness relate une mystérieuse épidémie de cécité qui se répand dans une mégalopole non identifiée. Seule une femme épargnée par l'épidémie conserve son sens moral dans un univers qui s'effondre : les liens sociaux se défont, la lutte pour la nourriture se généralise, les femmes deviennent une marchandise.

Glover, acteur engagé, a fait un parallèle entre la cécité du film et l'indifférence du monde aux tragédies qui le touchent, comme les "émeutes de la faim" qui ont lieu dans différents pays. Un sentiment partagé par Sean Penn. Le président du jury a déclaré dans l'après-midi que le "tremblement de terre (en Chine) allait influencer (son) jugement sur presque tous les films", en réponse à une journaliste chinoise qui lui demandait si le séisme qui a fait des milliers de morts modifierait son regard. "De même pour ce qui se passe en Birmanie. Ces choses qui arrivent font partie des émotions et de la vie que nous partageons tous, cela nous rend plus âpres", a-t-il poursuivi lors de la conférence de presse du jury.