La mort de Laurent Terzieff à 75 ans

L’acteur et metteur en scène est décédé hier soir à l'âge de 75 ans à l'hôpital de la Salpêtrière à Paris. Il avait tourné avec les plus grands réalisateurs. C’était aussi une légende vivante du théâtre. Il venait d’être sacré Meilleur comédien lors des Molières 2010.

(Radio France © France Info)

On reconnaissait entre mille son visage émacié. Laurent Terzieff est mort hier soir de complications pulmonaires. C’est ce qu’a annoncé dans la matinée son agent, Alain Ichoux, précisant que l’acteur était souffrant depuis plusieurs semaines.

Légende vivante du théâtre, Laurent Terzieff avait marqué la dernière cérémonie des Molières le 25 avril. Il avait été sacré meilleur comédien pour deux rôles différents dans les deux familles du théâtre, "L’Habilleur" (qui lui a valu aussi le Molière du théâtre privé) et "Philoctète" (secteur subventionné). "J’ai toujours œuvré pour une mixité entre un certain théâtre privé et l’aide publique dont je dispose", avait-t-il déclaré en recevant sa récompense. A l’occasion, il avait aussi souligné que "le théâtre ne se laisse pas enfermer dans des clivages et des étiquettes".

Autodidacte du théâtre

Né le 27 juin 1935 à Toulouse (Haute-Garonne), d'une mère céramiste et d'un père sculpteur d'origine russe, Laurent Terzieff, de son vrai nom Laurent Tchemerzine, s'était consacré au théatre après avoir vu, adolescent, "La Sonate des spectres" de Strindberg, mise en scène par Roger Blin, dont il sera le fils spirituel.

Il avait appris le métier "sur le tas" comme machiniste, souffleur,
figurant, doublure, avant de débuter en 1952, grâce à Jean-Marie Serreau, autre mentor, dans "Tous contre tous" d'Adamov.

Premier rôle au cinéma à 23 ans

Laurent Terzieff a ensuite tourné au cinéma avec les plus grands réalisateurs. C’est Marcel Carné qui le repère dans une fiction télévisée, "L'Affaire Weidmann", et qui lui propose un des rôles principaux des Tricheurs, portrait de la jeunesse existentialiste. Cette première apparition à l'écran en 1958 apporte au comédien une forte notoriété, le public s'identifiant à son personnage d'étudiant bohème et cynique.

Il jouera aussi pour Clouzot ("La prisonnière"). Partenaire de B. B. dans "A cœur joie", ce beau ténébreux campe un voyou dans "Les Garçons" de Bolognini (1959), un film écrit par Pasolini qui lui confiera plus tard le rôle du Centaure dans Médée.

Sollicité par de grands cinéastes italiens, Terzieff l'engagé incarne en 1961 un révolutionnaire dans "Vanina Vanini" de Rossellini et apparaît en 1976 dans "Le Désert des Tartares" de Zurlini.
_ En France, Buñuel l'emmène sur la route de Compostelle dans son iconoclaste Voie lactée en 1969. Terzieff croisera d'autres poètes sur son chemin : Garrel (quatre films dont "Le Révélateur", tourné en plein mai 68) et Godard ("Détective", 1985).

Dans les 80's, retour au théâtre

Mais à partir des années 80, il se fait plus rare sur les écrans, se consacrant essentiellement au théâtre, au sein de sa compagnie, fondée en 1961. Acteur au jeu hors mode et d'une très grande sensibilité, il a interprété des pièces de Paul Claudel, Arthur Adamov,
Bertolt Brecht, Rainer Maria Rilke en passant par Corneille et Luigi Pirandello.
_ Pour le comédien Fabrice Luchini, Laurent Terzieff était "l'incarnation la
plus poétique de l'histoire du théâtre".

Signalons aussi ses compositions de trotskiste au cinéma dans "Rouge Baiser" et d'"anar" dans "Germinal" (1993).

A 75 ans, l'acteur au visage émacié n'avait rien perdu de son magnétisme, comme le prouve sa fantomatique apparition dans "Mon petit doigt m'a dit" de Pascal Thomas en 2005. En 2008, il jouait aussi dans "J'ai toujours rêvé d'être un gangster" de Samuel Benchetrit et en février dernier dans "Largo Winch 2" de Jérôme Salle.

Politiquement engagé

Laurent Terzieff avait signé, en 1960 le "manifeste des 121 contre la Guerre d'Algérie" et, en 2002, la pétition "Pas en notre nom" contre la Guerre d'Irak.

Liens internet:

  • Laurent Terzieff, le géant discret du théâtre. Dans ce document vidéo réalisé par Jérôme de Missolz, il est interrogé par Olivier Schmitt, chef du service culture au Monde. Cette vidéo est en ligne sur le site de la chaîne Histoire.

  • Un portrait du comédien sur le site du webzine culturel Esprits Nomades.

  • Laurent Terzieff, homme de théâtre, et avant toute chose, homme de poésie, qui se battait pour que cette dernière occupe la place qu'elle mérite dans le spectacle vivant. Interview sur le webmag culturel Chronic'Art.