Mort de Jean-Paul Belmondo : "C'était le 4×4 de la comédie, il pouvait être génial avec Godard et faire joujou avec de Broca", témoigne Claude Lelouch

"Il me manque et il va manquer au cinéma français dans ce qu'il a de plus grand, de plus talentueux et de plus merveilleux", réagit le réalisateur. "Bebel" est décédé lundi à l'âge de 88 ans. 

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Jean-Paul Belmondo dans "Un homme qui me plaît" en 1969, un film réalisé par Claude Lelouch. ( LES FILMS 13 / LES FILMS ARIAN / COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP)

"C'était un héros aussi bien devant la caméra que derrière", dit le réalisateur Claude Lelouch, qui a tourné trois films avec Jean-Paul Belmondo : Itinéraire d'un enfant gâté (1988), Les Misérables (1995), Un homme qui me plaît (1969), et le documentaire D'un film à l'autre (2011), dernière apparition sur grand écran de l'acteur. "C'était le 4×4 de la comédie. Il pouvait être génial avec Godard et faire joujou avec Philippe de Broca. L'Homme de Rio, Le Magnifique, qui au départ étaient des comédies, étaient quelque part des films qui en disaient beaucoup plus que tous les films sérieux", témoigne-t-il.

franceinfo : Vous devez être très ému à l'annonce de la disparition de Jean-Paul Belmondo.

Claude Lelouch : Le mot est faible. C'est un gros morceau de ma vie qui s'en va. Mais sa joie de vivre sa bonne humeur, le courage qu'il a montré devant et derrière la caméra, à travers tous les films qu'on va revoir, sont immortels. Et on va se gaver de Belmondo parce qu'il va nous manquer. Il me manque et il va manquer au cinéma français dans ce qu'il a de plus grand, de plus talentueux et de plus merveilleux.

Qu'est que vous avez envie qu'on retienne de lui ?

Il était dans la vie comme dans ses films. C'était un héros aussi bien devant la caméra que derrière. Quand on disait "Coupez !", il continuait à être un homme qui n'avait peur de rien. À chaque fois il est allé encore plus loin que ce que je lui proposais. Il avait tous les courages, tous les culots. Les cascades, c'est lui qui les faisait. Et il était là pour faire plaisir aux gens. C'était un homme positif. Il s'accrochait au positif tout le temps. Et il avait confiance dans le public. Il disait : "Le public a toujours raison, même quand il a tort".

Il savait aussi camper des rôles au-delà de son naturel.

Il savait rentrer dans les rôles. Derrière tous les rôles qu'il a interprétés, il y avait toujours du positif. C'est ce qui faisait que les gens qui allaient le voir sortaient avec la pêche, que ce soit dans les films les plus complexes et les plus sinueux. Et on a besoin de ça aujourd'hui. Les gens positifs m'intéressent. Jean-Paul, c'est la joie de vivre, c'est ce qui a fait la joie de tous ses films.

Quel est le plaisir de faire tourner Jean-Paul Belmondo ?

Jean-Paul fait partie de ces acteurs qu'on écoute, quoiqu'ils disent. On ne voulait rien rater, que ce soit avec les dialogues d'Audiard ou les miens. C'est ça le propre des grands acteurs. Jean-Paul était une star, et les stars on est contents d'aller les voir même dans les mauvais films.

Est-ce qu'il vous a étonné ?

Oui, c'était un homme qui adorait faire des blagues. On a eu le droit sur tous les tournages à sa fantaisie, à sa joie de vivre. Il adorait déconner avant les prises, même sérieuses. Ce qui fait qu'au moment où on disait "action", d'un seul coup, en une seconde, quand je tournais avec lui et Annie Girardot, j'avais deux déconneurs sur le plateau qui se mettaient d'un seul coup à 100% dans leur rôle.

Il a inspiré des acteurs ?

Gabin, Raimu et Belmondo ont été l'image de la France. Derrière eux, c'est tous les Français qui se reconnaissent. C'est ça, des stars, celles qui à un moment donné symbolisent l'homme de la rue, avec sa simplicité, sa bonne humeur. Et chaque fois que j'ai tourné avec Jean-Paul, j'ai eu le sentiment que l'on parlait des choses essentielles, mais toujours dans la bonne humeur, sans se prendre au sérieux.

Est-ce que sa filmographie dit qui est Jean-Paul Belmondo ?

Jean-Paul pouvait boxer dans toutes les catégories. C'était le 4×4 de la comédie. Il pouvait être génial avec Jean-Luc Godard et faire joujou avec Philippe de Broca. L'Homme de Rio, Le Magnifique, qui au départ étaient des comédies, étaient quelque part des films qui en disaient beaucoup plus que tous les films sérieux. Jean-Paul adorait le box-office, le public, faire le pitre. J'ai aimé cet homme et je l'aimerai toute ma vie, et je lui dis merci d'avoir eu la gentillesse de tourner avec moi trois films.

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