Hitchcock, l'art de jouer avec les émotions avec génie

Trente-huit ans après sa mort, Alfred Hitchcock reste un maître incontesté du suspens, une référence incontournable dans l’art de distiller la terreur. Mais d’où vient cette capacité à jouer avec les émotions du public ? Quels sont les ingrédients inventés par le cinéaste pour arriver à ses fins ? La chronique Eclair de génie de France 2 s’est penchée sur la question.

(DALMAS/SIPA)
Rien ne prédestinait à priori le jeune Alfred Joseph Hitchcock à devenir un cinéaste mondialement connu et une référence dans l’art de faire monter le suspens. Né en 1899 à Leytonstone, un quartier du nord-est de Londres, où ses parents sont épiciers en gros, le jeune Alfred est le cadet d’une fratrie de trois enfants (il a un frère et une sœur). C’est un enfant très solitaire et peureux, complexé par son obésité.

Traumatisme d'enfance

Un garçon craintif donc qui selon l’histoire - vraie ou pas - aurait été envoyé par son père au commissariat avec un morceau de papier à remettre à un policier. "Le policier, un complice, l'avait lu et avait mis le petit garçon dans une cellule jusqu'à ce que sa famille vienne le chercher" raconte Nicholas Haeffner, biographe d’Alfred Hitchcock.

Reportage : C. Azzopardi / L. Kalmus/ A. Jacquet, P. Juvigny / A. Brogat / G. Gheorghita / É. Piquereau / A-C. Becquet

Extraits de "La mort aux trousses", "Le crime était presque parfait", "L'inconnu du Nord Express", Coffret La Collection Hitchcock, Warner Home Video.
 

Contrôler les émotions du public

Cet épisode traumatisant est-il à l’origine de son goût pour les scénarios où des innocents se retrouvent accusés à tort ou pris dans des situations qui les dépassent totalement ? Toujours est-il que le garçon sensible est devenu un cinéaste hors-pair dans le maniement des émotions. Pour le critique de cinéma Serge Toubiana, "on parle de génie d’Hitchcock parce qu’il avait une vision extrêmement audacieuse du cinéma. Il en a fait un instrument - disait-il - pour contrôler les émotions du public et faire qu’à la seconde près, ce public ait peur, crie, et réagisse".

Multiplier les plans

Pour ça, Hitchcock a inventé quelques procédés. A commencer par la multiplication des plans. Exemple avec la célèbre scène de la douche dans "Psychose" : elle dure 45 secondes mais comporte pas moins de 70 images. Il a fallu 7 jours pour les tourner ! Mais le résultat est là : le spectateur ressent physiquement la terreur de Marion Crane/Janet Leigh face au couteau de Norman Bates/ Anthony Perkins.

Miser sur la musique

Autre trait de génie : l’utilisation de la musique qui devient un personnage à part entière des films. 

"Hitchcock pose quelque chose qui est là et qui devient décisif : prendre de la musique tapisserie, vous faire croire que ce n’est que de la tapisserie et d’en faire le sujet principal, voire l’auteur, l’instrument du crime"Olivier Pourriol, conférencier et réalisateur

Si cette utilisation de la musique a tellement bien fonctionné, c’est grâce à sa collaboration avec Bernard Herrmann. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur huit films à partir de 1954, de "Mais qui a tué Harry ?" (1954) à "Pas de printemps pour Marnie" (1964) en passant par "Vertigo" ("Sueurs froides" 1956) ou "Les Oiseaux" (1963).
Mais au milieu de toute cette terreur latente, Hitchcock savait instiller un humour très british et faire des clins d’œil où il se mettait en scène, voire se moquait de lui-même. Et ça c’est aussi une marque de génie !