Festival de Gérardmer : trois films fantastiques coréen, britannique et canadien, témoignent de la diversité du genre

Tous les cinémas du monde déclinent le fantastique selon leurs cultures locales, tout en s’influençant mutuellement. Démonstration avec trois films en compétition.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Sheila McCarth dans "Anything for Jackson" de Justin G. Dyck. (VORTEX INTERNATIONAL)

Venu de Corée du sud, The Cursed Lesson met au goût du jour le mythe asiatique de Kundalini, l’énergie universelle, l’anglo-irlandais Boys from County Hell, réveille un vampire local qui aurait inspiré Dracula à son auteur Bram Stoker, et Anything for Jackson satanise la famille américaine, thème majeur à Hollywood. Trois facettes qui reflètent l’appropriation par les cinéastes d’un genre populaire entre tous, adapté aux couleurs locales, tout en tendant à l’universel.

"The Cursed Lesson" : miroir mon beau miroir, ou la dictature morbide de la beauté

Mannequin, Hyo-jung est congédiée d’une séance photo. Elle se rend dans un institut de yoga dont la doctrine repose sur la Kundalini, l’énergie universelle, dont les vertus sont censées revigorer sa jeunesse. Avec d’autres stagiaires, elle va faire une expérience qui les pousse au meurtre. Ce curieux scénario rappelle les tops model cannibales de The Neon Demon (2016) de Nicolas Winding Refn. The Cursed Lesson adapte les thèmes du pouvoir de la beauté et de la concurrence entre mannequins, à une mythologie toute asiatique.

La mise en scène de ce premier film de Kim Ji-han et Juhn Jai-hong démontre un professionnalisme formel, dans une image ciselée, avec un goût élégant pour l’érotisme, et une violence graphique sanglante, coutumière en Asie. On pense à Dario Argento (Suspiria) dans les scènes de l’institut, et aux codes des séries TV dans l’enquête policière montée en parallèle. Intéressant dans son introduction, le film s'essouffle avec quelques incohérences de scénario, pour reprendre de la vigueur à la fin. La Kundalini n’est qu’un prétexte, et le film réitère le choix de l’horreur pour des réalisateurs en herbe, en mal de premier film.

"Boys from County Hell" : Scoubidou au pays de Bram Stoker, l’auteur de Dracula"

Venu de la télévision, le britannique Chris Baugh rend hommage à l’auteur irlandais Bram Stoker en prétendant qu’il s’est inspiré d’une légende vampirique irlandaise pour créer son prince des ténèbres. Dans la petite bourgade de Six Mile Hill, des travaux provoquent la résurrection du légendaire vampire Abhartach, contre lequel s’improvise un groupe de chasseurs de vampires.

Chris Baugh fait le choix d’un sujet classique et iconique en le détournant par l’humour. La référence à Stoker ne repose sur rien, les origines bien connues de son roman ne faisant pas référence à la légende du film. Sympathique, l’entreprise rappelle l’équipe de bras cassés de la série animée Scoubidou (sans le chien) confrontés à toutes les manifestations surnaturelles. Les vingt dernières minutes sont plus horrifiques avec un beau vampire décharné et confirme une tendance pour le gore, détectable dans nombre de films en compétition à Gérardmer. Cool.

"Anything for Jackson" : l’anti-"Exorciste"

Couple âgé sataniste aux Etats-Unis, Henry et Audrey ne se remettent pas de la mort de leur petit-fils. Ils enlèvent une jeune femme enceinte pour pratiquer une cérémonie qui le ramènera à la vie. Mais ils ouvrent une porte où s’engouffrent des démons, et font appel à un des adeptes de leur secte pour se tirer d’affaire. La famille et le satanisme sont deux récurrentes du cinéma américain. Après le célèbre Exorciste (1973) de William Friedkin, Anything for Jackson en est comme une relecture cynique.

Huis-clos ancré dans la maison du couple sataniste, il rappelle aussi celui de Rosemary Baby (1968) de Roman Polanski, par l’âge des protagonistes et la jeune femme enceinte. Une variante originale dans son scénario mais moins inventive dans sa mise en scène. Le réalisateur, Justin G. Dyck, parvient à distiller quelques surprises allant crescendo, jusqu’à une conclusion qui ne laissera pas insensible. On reste toutefois encore dans les crédos du genre, même si Anything for Jackson tente tout pour s’en extraire, parfois avec réussite.

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