Qui est Bong Joon-ho, Palme d'or du 72e Festival de Cannes 2019 ?

Bong Joon-ho, Palme d'or du 72e Festival de Cannes pour "Parasite", premier Sud-Coréen à gravir la montagne du 7e art, est le grand représentant de la nouvelle vague de Corée du Sud. 

Le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho Palme d\'or du 72e Festival de Cannes pour \"Parasite\", 25 mai 2019
Le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho Palme d'or du 72e Festival de Cannes pour "Parasite", 25 mai 2019 (LOIC VENANCE / AFP)

Les "enragés", ainsi sont surnommés dans leur pays les représentants de la nouvelle vague de Corée du Sud. Bong Joon-ho, Palme d'or du 72e Festival de Cannes pour Parasite, en est l'un des premiers ambassadeurs. Ce cinéaste engagé, bientôt cinquante ans, n'hésite pas à égratigner la Corée du Nord en faisant de son cinéma virtuose et spectaculaire le reflet des maux de sa société.

Un cinéaste black-listé dans son pays

Park Chan-wook avait ouvert la voie cannoise en 2004 en remportant le Grand Prix en 2004, avant celui du Jury en 2009 pour Thirst, ceci est mon sang. Dans son sillage, c'est donc Bong Joon-ho qui est devenu le premier réalisateur sud-coréen à accéder à la Palme d'or. 

Un sacre en forme de revanche pour le réalisateur de 49 ans, qui avait été placé sur une "liste noire" par les autorités sud-coréennes, du temps de l'ancienne présidente Park Geun-hye, destituée en mars 2017. Sur cette liste noire, 9500 artistes, parmi lesquels Song Kang-ho, l'acteur fétiche de Bong Joon-ho, brillant dans Parasite ou Park Chan-wook.

Sur ordre de la fille du dictateur Park Chung-hee (1962-1979), les autorités avaient ciblé les personnalités de la littérature, du cinéma, de la danse, du théâtre, exprimant "des pensées de gauche", considérées comme critiques à son endroit.

"Ce sont de telles années de cauchemar, de nombreux artistes sud-coréens ont été profondément traumatisés", avait confié Bong en 2017 à l'AFP, au moment où il présentait son précédent film "Okja", grosse production Netflix, dans lequel couvait un message humaniste et écologiste sous l'apparat du grand spectacle.

 Un cinéaste engagé dès la première oeuvre

Cette habitude de traiter des sujets politiques ou sociaux, quitte à ne pas épargner son pays, le cinéaste, né le 14 septembre 1969 à Daegu, en fait sa signature dès son premier long métrage sorti en 2000 Barking Dog, une comédie noire dénonçant la corruption en Corée du Sud. 

C'est avec Memories of murder en 2003 que le cinéaste à la chevelure noire fournie, lunettes à monture fine sur un visage carré, entre dans la cour des réalisateurs qui comptent. Son thriller, qui dépeint l'atmosphère répressive des années 1980 sous le règne de l'armée, est alors perçu comme un satire de la société sud-coréenne.

En 2006, l'horrifique The Host le voit passer avec brio son "permis blockbuster", sans négliger le fond critique en mettant en avant l'incompétence d'un gouvernement face à un désastre.

Huit ans plus tard, de nombreux Sud-Coréens dresseront un parallèle entre ce thriller fantastique et la catastrophe du ferry Sewol, dans lequel 304 personnes, en grande majorité des lycéens, avaient péri en 2014. Le gouvernement sera écharpé pour l'incompétence des secours et Bong, profondément traumatisé par ce drame, sera l'une des personnalités qui réclameront une enquête.

Bong Joon-ho cinéaste de tous les genres

Le réalisateur sud-corréen n'hésite pas à se frotter à tous les genres. En 2009, Mother, histoire d'amour fusionnelle entre une mère et son fils déficient mental, le voit revenir à une veine plus intimiste dans un drame où s'entremêlent avec justesse comédie, chronique sociale et policière.

Je fais des films de genres, mais pas de manière classique. J'essaie de transcrire des messages sur la société en cassant les codesBong Joon-ho

Snowpiercer - le transperceneige, avec Tilda Swinton et Chris Evans, lui ouvre les portes d'Hollywood en 2013. Dans ce film de science-fiction, dans la veine de Soleil vert de Richard Fleischer, le réalisateur fait une nouvelle fois preuve de brio dans sa mise en scène.

Avec "Okja" Bong Joon-ho s'attaque au capitalisme et défend l'écologie

Avec Okja, qui raconte le combat d'une jeune Sud-Coréenne pour ramener dans sa montagne son meilleur ami, un immense cochon génétiquement modifié que lui a repris la compagnie américaine à l'origine de la création de l'animal, Bong Joon-ho flirte avec l'univers du réalisateur japonais de films d'animation Hayao Miyazaki, et en profite pour délivrer des messages pro-écologiste et anticapitaliste.

C'est finalement avec le magistral Parasite, drame familial mâtiné de thriller, qui dépeint la violence des inégalités sociales avec une immense maîtrise formelle, que Bong, ancien étudiant en sociologie à la prestigieuse université Yonsei de Séoul, obtient la reconnaissance suprême.