Festival de Cannes : "E.O. (Hi-Han)" de Jerzy Skolimowski, premier film choc de la compétition

C’est la sixième sélection en compétition du cinéaste Jerzy Skolimowski, immense réalisateur polonais depuis 1960, qui revient avec l’histoire tragique d’un âne : un choc esthétique et émotionnel.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Temps de lecture : 2 min.
"Eo (Hi-Han)" de Jerzy Kolimowski (2022). (HANWAY FILMS)

Six fois en compétition à Cannes et Prix du jury en 1978 avec Le Cri du sorcier, le réalisateur polonais Jerzy Skolimowski met sur les rails de la course à la Palme d’or, à 84 ans, E.O. (Hi-Han). Le film, inspiré par celui de Robert Bresson Au hasard Balthazar (1966), raconte l’histoire d’un âne déraciné. Loin de l'ascetisme bressonien, la mise en scène est d'une audace visuelle et émotionnelle qui prend aux tripes. Une audace dont de plus jeunes réalisateurs feraient bien de s’inspirer : fabuleux.

L’essence du cinéma

EO est un âne qui fait un numéro de cirque en Pologne avec sa maîtresse aimée. Des manifestants de la cause animale le libèrent suite à un arrêté municipal et les autorités le mettent, à la demande, à disposition de particuliers. Il s’échappe et traverse le pays jusqu'à l'Italie pour retrouver sa protectrice. Son périple le met au contact de personnes bienveillantes ou hostiles : le monde vu à travers les yeux mélancolique d’un animal sensible et incompris.

Dès le sublime générique, les yeux ne quitteront plus, fascinés, la beauté graphique des images créées par un cinéaste qui fait preuve d’une jeunesse et d’une exigence visuelle et narrative exceptionnelles. Préférant laisser parler les images plutôt que les mots, Jerzy Skolimowski renoue avec l’essence du cinéma. A la limite de l’expérimental, il n’est pourtant pas déconnecté du public, qui s’identifiera à cet âne embarqué dans une aventure "humaine" traduisant les contradictions d’une humanité en perte de sens.

Enfer picaresque

Le trauma originel dénonce le gouffre qui peut séparer les motivations des militants de la cause animale, avec le vécu incompris de l'âne. Jerzy Skolimowski ne généralise pas, mais avertit sur ce qui peut devenir un enfer pavé de bonnes intentions. A travers le destin tragique de cet âne, le cinéaste élargit son propos au comportement excessif de certains activistes, motivés par un politiquement correct qui s’applique à bien d’autres domaines que la cause animale.

Le propos et le récit rappellent le pamphlet philosophique des Lumières sur un mode picaresque, alors que la forme est d’une inventivité avant-gardiste étonnante. Des images inédites habitent ce film OVNI, où la surprise et la beauté sont dans chaque plan, sur une bande son et une musique magnifiques. Le cri de cet âne en bute à un monde déboussolé est déchirant. De l’avis de tous ceux qui l’ont vu, ce film ne peut pas ne pas figurer au palmarès. 

L'affiche de "Eo (Hi-Han)" de Jerzy Kolimowski (2022). (HANWAY FILMS)

La fiche

Genre : Drame
Réalisateur : Jerzy Skolimowski
Acteurs : Sandra Drzymalska, Isabelle Huppert, Lorenzo Zurzolo
Pays : Pologne
Durée : 1h26
Sortie : prochainement
Distributeur : ARP Sélection

Synopsis : Le monde est un lieu mystérieux, surtout vu à travers les yeux d'un animal. Sur son chemin, EO, un âne gris aux yeux mélancoliques, rencontre des gens bien et d'autres mauvais, fait l'expérience de la joie et de la peine, et la roue de la fortune transforme tour à tour sa chance en désastre et son désespoir en bonheur inattendu. Mais jamais, à aucun instant, il ne perd son innocence.

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