Festival de Cannes : avec "Sans filtre", comédie acerbe sur la lutte des classes, le Suédois Ruben Östlund brigue une seconde Palme

Palme d’or 2017 avec "The Square", situé dans le monde de l’art contemporain, Ruben Östlund est de retour. Il brocarde cette fois l'univers de la mode et des influenceurs.

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France Télévisions Rédaction Culture
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 Charlbi Dean Kriek et Harris Dickinson dans "Sans filtre" de Ruben Östlund (2022). (PLATTTFORM PRODUKTION)

Révélé par Snow Therapy en 2014, puis consacré avec The Square, Palme d’or en 2017, le Suédois Ruben Östlund s’est imposé par son regard au second degré sur des fondamentaux sociétaux et culturels. Après la famille, puis la spéculation artistique, c’est cette fois à la lutte des classes qu’il s’attaque dans Sans filtre, qui concoure pour la plus haute marche du palmarès attendu le 29 mai.

Marx en croisière

Carl, mannequin, et Yaya, influenceuse, sont invités pour une croisière de luxe à l’issue de la Fashion Week. L’équipage est aux petits soins, mais le commandant, marxiste et alcoolique, reste cloîtré dans sa chambre pour le dîner de gala jusqu’au dernier moment. Quand une tempête éclate, tout le monde est malade et des pirates coulent le yacht. Les rescapés trouvent refuge sur une île où la hiérarchie entre passagers fortunés et petits employés va changer de bord.

Dès les premières scènes, l’on reconnaît le style du réalisateur de The Square dans sa peinture d’un monde culturel suffisant et nombriliste. Le cadre installé, le film prend une autre direction une fois arrivé à bord du yacht. Carl et Yaya croisent des oligarques russes, un couple d’industriels en armement et autres rentiers, pendant que les petites mains s’affairent à leur confort. Le retournement de situation après le naufrage, propice à un discours marxiste appuyé ne satisfait quant à lui pas totalement.

Accueil enthousiaste

An cours de la longue scène de tempête, Ruben Östlund se plaît à provoquer en multipliant vomissements et explosions scatologiques qui citent La Grande bouffe de Marco Ferreri, film qui provoqua un beau scandale à Cannes en 1973. La prise de pouvoir que s’octroie la femme de ménage déléguée aux toilettes sur le groupe de naufragés, une fois sur l’île, est cousue de fil blanc. On perd alors un peu Carl et Yaya, réduits au sentiment de jalousie pour elle, et à l’opportunisme pour lui, dans une digression qui ferait à elle seule l'objet d'un film.

Le public de la première du film à Cannes a, lui, adhéré avec enthousiasme à ce pamphlet acide qui a suscité beaucoup de rires dans la salle, et des applaudissements nourris à l’issue de la projection. Un accueil chaleureux qui ne comble pourtant pas les lacunes d’une approche un peu simpliste d’une lutte des classes actualisée par un réalisateur de talent et un rien provoquant, certes, mais au discours attendu.

Zlatko Buric, Henrik Dorsin, Vicki Berlin, Charlbi Dean Kriek, Harris Dickinson sur le tournage de "Sans filtre" de de Ruben Östlund (2022). (BAC FILMS)

Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Ruben Östlund
Acteurs : Harris Dickinson, Charlbi Dean Kriek, Woody Harrelson, Zlakto Burick, Iris Berben
Pays : Suède / Royaume-Uni / Etats-Unis / France / Grèce
Durée : 2h30
Sortie : prochainement
Distributeur : Bac Films

Synopsis : Après la Fashion Week, Carl et Yaya, couple de mannequins et influenceurs, sont invités sur un yacht pour une croisière de luxe. Tandis que l’équipage est aux petits soins avec les vacanciers, le capitaine refuse de sortir de sa cabine alors que le fameux dîner de gala approche. Les événements prennent une tournure inattendue et les rapports de force s'inversent lorsqu'une tempête se lève et met en danger le confort des passagers.

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