Festival de Cannes 2021 : "Haut et Fort", le chant d'espoir puissant de Nabil Ayouch pour la jeunesse marocaine

Longuement acclamé par la salle du Grand Théâtre Lumière lors de sa première projection à Cannes, le dernier film du réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch délivre un message puissant à l'attention de la jeunesse de Casablanca. Et peut créer la surprise en ce 74e Festival, sous la présidence de Spike Lee. 

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France Télévisions Rédaction Culture
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C'est "un rêve d'enfant" que réalise le cinéaste franco-marocain Nabil Ayouch en présentant pour la première fois un film en compétition au Festival de Cannes. À 52 ans, il devient le deuxième réalisateur marocain en lice sur la Croisette, après Abdelaziz Ramdani avec Âmes et rythmes en 1962. Jeudi 16 juillet, lors de sa présentation au Grand Théâtre Lumière avec l'équipe du film, son Haut et Fort (Casablanca Beats en anglais) a été longuement ovationné, pendant près d'un quart d'heure, et salué pour le message puissant qu'il délivre à une jeunesse marocaine portée par le hip-hop.

Exprimer la souffrance en musique

Dans le septième long métrage de Nabil Ayouch, on suit dans son propre rôle Anas Basbousi, un ancien rappeur qui devient enseignant dans un centre culturel de Sidi Moumen, une banlieue défavorisée de Casablanca. Dans ce quartier difficile, surtout connu pour avoir été le fief des jeunes kamikazes radicalisés ayant perpétré des attentats à Casablanca en 2003, il va prendre en charge un groupe d'une quinzaine d'adolescents qui baigne dans la culture hip-hop. Anas, d'abord froid et dur, va leur inculquer ses secrets pour transformer un rap "mainstream" en mode d'expression à la fois personnel et universel. Chaque jeune dévoile alors sa propre histoire, ses blessures, ses combats, à travers des compositions qui vont déboucher sur un concert, pas franchement au goût de toutes les familles du quartier. 

Entre documentaire et fiction, Haut et Fort s'attarde en séquences sur des moments de vie de Smail, Amina, Soufiane, Meriem ou Abderrahim, qui ont tous en commun de vouloir exprimer leurs émotions et leurs souffrances avec des mots, sans maîtriser les codes du rap. Anas va petit à petit fendre l'armure, s'attacher à chacun et afficher des sourires sur son visage longtemps fermé et grave. Grâce à son expérience et une volonté forte de faire évoluer la société, il va aider ces ados, curieux et ouverts aux débats, à dépasser le poids des traditions, de la religion et des idées reçues pour faire émerger leur propre personnalité. 

"Le hip-hop, une arme de revendication sociale"

D'abord bavard dans une première partie construite comme un vrai documentaire (qui n'est pas sans rappeler Entre les murs), le film se mue pratiquement en comédie musicale avec des clips bigarrés et des morceaux entraînants, qui ont fait battre la mesure à plus d'un spectateur lors de la projection au Palais des Festivals. "Ce film est le plus gros morceau de rap de toute ma carrière", a d'ailleurs reconnu l'acteur Anas Basbousi après la projection cannoise.

Toujours positif et tourné vers l'avenir, Haut et Fort ne tombe jamais dans l'utopie et rappelle régulièrement, à travers de courtes scènes poignantes, que la liberté d'expression n'est pas malheureusement un acquis universel. Il mesure, à l'aide de quelques références politiques, le chemin qu'il reste à parcourir pour faire accepter la musique comme un outil pour porter la voix des plus isolés : "C’est un film musical mais également un film social et politique, explique le réalisateur Nabil Ayouch après la projection du film. On montre la musique comme une arme puissante de revendication sociale, un moyen d’expression pour accompagner les grands changements. Pour avoir connu le Maroc des banlieues, j'ai voulu retranscrire ce que j'y ai vécu : l'absence de reconnaissance, le sentiment de se sentir comme un citoyen de deuxième catégorie."

En route vers la Palme d'Or ? 

Belle surprise du Festival, en lice pour les honneurs qui seront décernés samedi 17 juillet dans la soirée, Haut et Fort se plaît à rêver plus grand sous les lumières cannoises. Ce film africain, "le plus autobiographique" du cinéaste qui a grandi dans la cité de Sarcelles, en banlieue parisienne, pourrait bien taper dans l'oeil de Spike Lee. Le président du jury de cette 74e édition du Festival de Cannes est connu pour sa filmographie souvent centrée sur la communauté afro-américaine et plus généralement sur les grandes thématiques sociétales et identitaires qui touchent des minorités. 

Ce superbe cri du cœur de la jeunesse marocaine, l'énergie de ce groupe de jeunes artistes, l'engagement d’Anas Basbousi dans cette "Positive school" bien réelle mais aussi les compositions musicales de Mike et Fabien Kourtzer correspondent en tout cas aux valeurs, à la personnalité et à la sensibilité du réalisateur, producteur et acteur américain. Des éléments qui n'ont pas échappé à Nabil Ayouch, même s'il ne tire aucun plan sur la comète : "Pour moi, c'est bien sûr une bonne nouvelle que Spike Lee soit président du jury. C'est quelqu'un que j'admire et respecte beaucoup. Mais je n'ai aucune idée de ce qui peut arriver, je vais juste attendre". Il lui reste encore quelques heures avant de découvrir si son film pourra succéder à Chronique des années de braise, de l'Algérien Mohammed Lakhdar-Hamina (Palme d'or en 1975), au palmarès du cinéma africain à Cannes. 

La fiche

Genre : musical, drame
Réalisateur : Nabil Ayouch
Acteurs : Anas Basbousi, Ismail Adouab, Meriem Nekkach, Zineb Boujemaa
Zineb Boujemaa
Pays : Maroc
Durée : 1h41
Sortie en France : 10 novembre 2021
Distributeur : Ad Vitam

Synopsis : Anas, ancien rappeur, est engagé dans un centre culturel d’un quartier populaire de Casablanca. Encouragés par leur nouveau professeur, les jeunes vont tenter de se libérer du poids de certaines traditions pour vivre leur passion et s’exprimer à travers la culture hip hop.

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