Festival de Cannes 2021 : "Drive my Car" du Japonais Ryusuke Hamaguchi adapte la langue subtile de Haruki Murakami

Pour la deuxième fois en compétition à Cannes, Ryusuke Hamaguchi aborde en profondeur le processus de création artistique.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Toko Miura et Hidetoshi Nishijima dans "Drive my Car" de Ryusuke Hamaguchi (2021). (THE MATCH FACTORY)

Nombre de festivaliers ont rechigné à affronter les trois heures de la première projection de Drive my Car. Mais le bouche-à-oreille a fait son travail et ceux qui l’on vu ont été séduits si l’on en croit la cote du film sur la Croisette. Le Japonais Ryusuke Hamaguchi, réalisateur d’Osako I&II, qui était en compétition en 2018, adapte Haruki Murakami (un extrait de son recueil de nouvelles Des hommes sans femmes) et pourrait bien se retrouver au palmarès.

Illusions perdues

Sortant d’une tragédie, Yusuke Kafuku, acteur et metteur en scène de théâtre, est invité à résidence à Hiroshima pour monter Oncle Vania de Tchekhov. Il y rencontre la jeune Misaki qu’on lui assigne comme chauffeur. Il est d’abord réticent, mais la glace se brise entre eux au fil de l’évocation de leur passé.

"Oncle Vania est une des rares pièces qui peut vous transformer" dit Yusuke à Misaki. Connaissant l’oeuvre par cœur, interprète ad repetita du rôle, l’acteur-metteur en scène, ne veut pas cette fois reprendre le personnage. Il lui parle trop aujourd’hui, la pièce dénonçant les désillusions du bonheur, lui qui croyait l’avoir atteint avec son épouse, qui l'a trompé et désormais perdu. Tchekhov, dramaturge de la mémoire, est aussi présent dans les souvenirs qu'échangent l’artiste et sa conductrice, au cœur du film.

Empêtré dans ses entraves, Yusuke doit faire son casting, répéter, et monter la pièce. Pour Vania, il choisit un jeune acteur, alors que le rôle est âgé. Des comédiens internationaux déclameront leur texte dans leur propre langue, y compris celle des signes pour les malentendants. Belle métaphore de l’universalité de l’art qui se situe au-delà des frontières physiques et de la langue.

Toko Miura et Hidetoshi Nishijima dans "Drive my Car" de Ryusuke Hamaguchi (2021). (THE MATCH FACTORY)

Prise en charge

Précédé d’un long prologue de trois quarts d’heure, Drive my Car suit le rythme des échanges en voiture de Yusuke et Misaki, des auditions, des lectures du texte, puis de son interprétation sur scène. Calme, imperturbable, stoïque, le maître du jeu vit une tempête sous un crâne, tout en douceur. La lenteur asiatique d'un récit répétitif, réclame une attention qui peut flancher sur les trois heures du film, surtout pendant le marathon cannois, où les projections s’enchaînent…

Yusuke se dit possédé par Oncle Vania, comme si la pièce le prenait en charge. A l’identique, il est pris en charge, conduit par Isaki. Il va progressivement l’apprécier, tout comme il va entrer à nouveau dans le rôle qu’il rechignait à rejouer. Drive my Car (Conduis ma voiture), dit le titre du film. Yusuke est autant conduit par Misaki que par Tchekhov, il met sa vie entre leurs mains. Un beau film, profond, littéraire, - donc bavard - qui, s’il remportait la Palme, pourrait toutefois taxer le Festival d’élitisme. Mais un Grand prix ne serait pas étonnant.

Hidetoshi Nishijima dans "Drive my Car" de Ryusuke Hamaguchi (2021). (THE MATCH FACTORY)

La fiche

Genre : Drame
Réalisateur : Ryusuke Hamaguchi
Acteurs :Hidetoshi Nishijima, Toko Miura, Masaki Okada
Pays : Japon
Durée : 2h59
Sortie : 14 juillet 2021
Distributeur : Diaphana Distribution

Synopsis : Alors qu'il n'arrive toujours pas à se remettre d'un drame personnel, Yusuke Kafuku, acteur et metteur en scène de théâtre, accepte de monter Oncle Vania dans un festival, à Hiroshima. Il y fait la connaissance de Misaki, une jeune femme réservée qu'on lui a assignée comme chauffeure. Au fil des trajets, la sincérité croissante de leurs échanges les oblige à faire face à leur passé.

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