Cannes 2022 : mon festival à moi, avec le cinéaste italien Marco Bellocchio

Il vient de présenter au Festival "Esterno notte", son dernier film d'après la série qu'il a réalisée sur l'affaire Aldo Moro, drame central des années de plomb en Italie dans les années 1970 et 80. Marco Bellocchio évoque pour nous son Cannes à lui.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Marco Bellocchio à une terrasse de l'Hôtel Majestic de Cannes le 19 mai 2022. (LCA / FRANCEINFO CULTURE)

C'est sans nul doute l'une des grandes figures du cinéma italien, qui, depuis Les poings dans les poches, film culte de 1966, a tracé sa route, offrant un cinéma engagé, longtemps dénonciateur des symboles du conformisme, religion et armée en tête. Aujourd'hui, à 82 ans, Marco Bellocchio a présenté au Festival de Cannes sous la forme d'un film de cinq heures, une série courte, Esterno notte, relecture d'une des affaires les plus dramatiques des années de plomb en Italie, l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro. A Cannes, dans l'une des terrasses de l'Hôtel Majestic où il a ses habitudes, dans le Pavillon italien, nous avons évoqué avec le réalisateur son Cannes, à lui.

Une très longue histoire

Entre le festival et le cinéaste italien, c'est une longue histoire. "Mon expérience à Cannes est si ancienne qu'elle précède de loin le Palais des Festivals actuel, j'ai le souvenir du Palais précédent, c'est un autre temps", nous dit-il. Dès 1977 il présente La mouette et trois ans plus tard Michel Piccoli et Anouk Aimée remportent le prix d'interprétation pour son film Le Saut dans le vide. En 1986, Le diable au corps sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs secoue la Croisette pour des scènes très crues.

Parfum d'une époque révolue ? "Les temps ont changé, moi j'ai changé (rires), et oui, ça a changé : autrefois le scandale avait d'autres images. Aujourd'hui, il serait toujours possible de faire scandale – moi par ailleurs je ne le cherche pas – mais ce ne serait pas avec Le Diable au corps. Moi je crois dans l'histoire. Hier, ça s'est passé comme ça, aujourd'hui, je suis là, avec mon âge, avec mon étrange film".

De Henri IV (1984) à La nourrice (1990, avec Valeria Bruni Tedeschi), de Vincere (2009, sur Mussolini) à Marx peut attendre (2021, un documentaire sur le suicide son frère), en passant par le gros succès du Traître (2019, sur un repenti de la mafia), de nombreux films de Bellocchio ont été présentés à Cannes et le cinéaste s'est vu décerner l'année dernière une Palme d'or d'honneur. Véritable reconnaissance, sur laquelle aujourd'hui, par pudeur, il ne rajoute pas de mots.

"A Cannes, on est dans le monde"

Cette année, Marco Bellocchio a présenté son film dans la section récemment créée, Cannes Première. Nouvelle étape d'une relation constructive avec le Festival. "Moi j'aime les choses complètement imprévues", nous dit d'emblée Bellocchio : "nous n'avons pas fait la série Esterno notte en pensant le présenter ensuite à un festival… Non, c'est le Festival de Cannes qui, en voyant cette série, nous a invités de cette manière atypique, hors concours. Et donc en projetant ce film, il lui amplifié l'horizon. Donc c'est une confrontation, une épreuve, un examen très intéressant parce qu'évidemment la série parle de l'Italie. Or ici, à Cannes, on est dans le monde. En ce sens les réactions, et on en a trouvées quelques-unes, sont d'un grand intérêt, et pour le moment elles nous renseignent de manière très positive".

"Cannes est un rituel"

Plus de 45 ans après sa première participation au Festival, le cinéaste ose parler – toujours avec modestie - d'une relation avec Cannes. "Une certaine familiarité s'est installée", admet-il. "C'est une sorte de rituel : il y a le voyage jusqu'à Nice, puis l'autoroute, et l'hôtel, tout un déroulement précis… Et puis je reconnais les gens, je sais où je suis, j'ai mes repères" . Et enfin il y a la langue qui le rapproche de Cannes. "Certes je connais l'anglais, même si je l'ai un peu perdu, mais ma vraie première langue étrangère est le français. Je me sens, peut-être pas chez moi, mais presque".

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