Cannes 2019 : Claude Lelouch a "eu peur" en faisant "Les plus belles années d'une vie", suite d'"Un homme et une femme" qu'il présente hors compétition

Claude Lelouch confie qu'il a eu peur, comme s'il faisait son premier film, en réalisant la suite d'"Un homme et une femme"

Le réalisateur Claude Lelouch, le 10 mai 2019 à Paris
Le réalisateur Claude Lelouch, le 10 mai 2019 à Paris (JOEL SAGET / AFP)

"J'ai eu peur en faisant ce film", a confié Claude Lelouch à l'AFP. Le réalisateur, qui présente samedi 18 mai au festival de Cannes Les plus belles années d'une vie, suite d'Un homme et une femme 53 ans après, reconnaît avoir eu "souvent l'oeil embué" pendant le tournage.

Est-ce que vous avez eu de l'appréhension à faire la suite de ce film légendaire ?

On a tous eu très peur. J'ai eu peur en faisant ce film comme si je faisais mon premier film, ou mon dernier film. Je l'ai fait vraiment comme un premier et dernier film. Jean-Louis Trintignant a eu très peur. Il a mis du temps à me dire oui. Il a fallu que j'insiste beaucoup. Anouk Aimée a dit oui plus vite, mais après elle a eu plein d'angoisses.

On s'est dit : "Est-ce qu'on ne va pas faire un film de trop ?" Et donc pour les rassurer, je leur ai dit: "Ecoutez, je vous montrerai le premier montage, si le film vous plaît on le sort, s'il ne vous plaît pas, on ne le sort pas." Voilà. C'est quand ils ont vu le film qu'ils m'ont dit "oh là là, il faut que tout le monde le voie". Alors là, j'étais fou de joie.

Vous avez voulu montrer à la fois les personnages et les acteurs 53 ans après ?

J'avais simplement envie de filmer la vie. C'est un film sur la vie, avec toutes ses contradictions, et surtout sur l'amour, qui est la seule chose qui donne un sens à notre vie. J'ai voulu parler de cet homme et de cette femme qui sont reliés par un fil invisible, qui s'appelle l'amour, et c'est vrai que les grandes histoires d'amour sont éternelles. (...) Ce film, c'est le portrait d'un homme qui est avant tout un galopin, qui n'a jamais été à la hauteur des événements qui se sont présentés et qui demande pardon.

Il y a tout de moi dans ce galopin. Je pense avoir été plus un galopin qu'autre chose. C'est vrai que j'ai fait joujou avec la vie. Je ne me suis rien interdit. J'ai essayé de goûter à tous les parfums, même ceux qui sentaient mauvais. Il y a dans ce film beaucoup des choses que j'ai eu la chance de vivre, mais aussi beaucoup de Trintignant.

Comment s'est passé le tournage avec vos acteurs dans les mêmes lieux ?

Comme j'étais souvent derrière la caméra, j'avais souvent l'oeil embué. (...) Je leur ai soufflé pratiquement la plupart des textes au fur et à mesure, pour qu'ils n'aient pas le temps de les jouer, qu'ils soient dans la vérité, qu'ils ne jouent pas. Je n'avais pas envie qu'ils jouent, j'avais envie qu'ils soient vrais.

Ils sont dans la spontanéité. Je pense que ceux qui aiment mes films, ce qu'ils aiment, c'est cette spontanéité que j'essaie de filmer, qui est à mi-chemin entre le mensonge et la vérité. Ce sont des parfums de vérité.