Cannes 2019 : "Canción Sin Nombre", drame émouvant sur le trafic d'enfants dans le Pérou des années 80

Canción Sin Nombre de la cinéaste péruvienne Mélina León, présenté dans la sélection de la Quinzaine des réalisateurs, s'inspire d'un fait-divers survenu au Pérou dans les années 80. Les femmes pauvres étaient accueillies dans de fausses cliniques pour accoucher et leurs enfants, volés faisaient l'objet d'un trafic international. 

Pamela Mendoza dans Canción Sin Nombre
Pamela Mendoza dans Canción Sin Nombre (Canción Sin Nombre)

Mélina León n'a pas eu à chercher loin pour trouver l'histoire qu'elle met en images dans Canción Sin Nombre. Son père Ismael lui a raconté il y a peu avoir reçu un appel téléphonique d'une femme le remerciant pour le travail d'enquête qu'il avait mené dans les années 80. Cette série d'articles parus dans son journal, La Republica,avait permis de démanteler un réseau de trafic d'enfants volés. La correspondante avait elle-même été l'un de ces enfants.

Pamela Mendoza et Tommy Parraga dans Canción Sin Nombre
Pamela Mendoza et Tommy Parraga dans Canción Sin Nombre (Canción Sin Nombre)

Un trafic bien organisé

Avec son coscénariste, l'Americain Michael J. White, elle a donc écrit une histoire directement inspirée de cette tragédie survenue en pleine guerre civile avec le Sentier Lumineux. Georgina Condori (Pamela Mendoza) est une très pauvre paysanne en fin de grossesse. Alors qu'elle vend des légumes au marché, elle entend une annonce à la radio. Un clinique offre des soins gratuits aux futures parturientes. 

Elle s'y rend, y donne naissance à une petite fille qu'elle n'a pas le temps de voir. A peine a-t-elle accouché, qu'elle est mise à la porte de la fausse clinique. Grâce à l'aide d'un journaliste (Tommy Parraga) prêt à courir des risques pour trouver la vérité, elle suit l'enquête, espérant toujours retrouver l'enfant. 

Noir et blanc

Le film est en noir et blanc, dans un format 1.85, l'ancien format télé, qui paraît aujourd'hui étriqué. Mais le choix de la forme n'est pas dû au hasard. La réalisatrice et son directeur de la photo, Inti Briones, ont voulu que le spectateur ressente l'atmosphère oppressante qui régnait au Pérou dans ces terribles années. Ceux qui les ont vécues l'affirment tous : leurs souvenirs sont en noir et blanc. Comme l'a rappelé le responsable de la magnifique image du film, "On a eu l'impression de traverser un très long hiver". Entre dictature et terrorisme, le peuple péruvien était alors pris dans une terrible nasse.

Mères démunies et désespérées

Canción Sin Nombre est un film sombre au fil duquel les occasions de sourire sont rares. Si les faits qu'il évoque appartiennent au passé du Pérou, ils se sont répétés dans nombre de pays comme l'Argentine, l'Espagne ou encore le Sri Lanka. Des mères démunies et désespérées comme Georgina, se battant contre une administration au mieux négligente et au pire complice, il continue à y en avoir. C'est tout le mérite de Canción Sin Nombre, de montrer ces femmes des pays pauvres que personne ne voit, leur rendre une identité, une existence. A ce titre la performance de la comédienne Pamela Mendoza est exceptionnelle, il est difficile d'imaginer que la jolie femme en robe longue qui sourit sur la scène du Théâtre Croisette de Cannes est bien la même que celle qu'on vient de voir l'écran et en noir et blanc, paraissant deux fois son âge, déformée par le travail, la grossesse et le désespoir.

L\'affiche de Cancion sine nombre
L'affiche de Cancion sine nombre (Melina Leon)

Concert offert au public

Initiative pour le moins originale, le public de la Quinzaine des Réalisateurs a été accueilli en musique. Sur la scène sous la magnifique affiche de l'édition 2019, la violoniste japonaise Pauchi Sasaki a offert un concert inattendu. Elle est la compositrice de la musique de Canción Sin Nombre.

La violoniste et compositrice Pauchi Sasaki
La violoniste et compositrice Pauchi Sasaki (Jean-François Lixon)

Canción Sin Nombre 
Film péruvien, américain et espagnol de Mélina León

avec Pamela Mendoza, Tommy Parraga, Lucio Rojas

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