Reportage Au Festival d'Annecy, de jeunes talents du monde entier espèrent trouver les financements nécessaires à l'animation de leurs projets

Le Marché international du film d’animation (MIFA), organisé durant le Festival d'Annecy, met en place de nombreux dispositifs pour que les cinéastes rencontrent les professionnels capables de les aider à concrétiser leurs projets.
Article rédigé par Neil Senot
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 4 min
Le Marché international du film d'animation (MIFA) existe depuis 1985. (ANNECY FESTIVAL)

Une trentenaire qui vole la bague de fiançailles achetée par son petit ami pour ne pas avoir à refuser sa demande en mariage, un garçon qui offre tout son amour à un œuf, un personnage mythologique qui incarne la culpabilité d’un jeune enfant… Ces personnages ont en commun d’être les protagonistes de courts-métrages qui n’ont pas encore été réalisés. Ce mercredi 12 juin, à l’occasion du Marché international du film d’animation qui se tient dans le cadre du Festival d'Annecy (du 9 au 15 juin), leurs créateurs les présentent devant un large public de festivaliers et de professionnels. Leur objectif : obtenir des financements pour que leurs personnages s’animent. 

Organisées depuis un peu plus de vingt ans, ces séances de pitchs sont un incontournable du Festival. “Le MIFA n’est pas un marché au sens strict. Comme dans les autres événements, il y a de l’achat et de la vente, mais c’est aussi un marché de coproduction. Les gens viennent pour voir les nouvelles tendances, pour repérer les projets. C’est avant tout un lieu de rencontre, les pitchs font partie de cet objectif-là”, explique Véronique Encrenaz, directrice du Marché international du film d’animation. 

Pour l’édition 2024, 41 projets ont été sélectionnés par un comité parmi plus de 700 candidatures. Ces projets se répartissent en quatre catégories – longs-métrages, courts-métrages, expériences numériques, séries & spéciaux TV –, et viennent cette année de 22 pays. Les talents disposent de dix minutes montre en main pour évoquer leur projet, du scénario à la musique en passant par le budget estimé et les techniques utilisées. À la clef : des financements mais aussi des prix permettant de remporter des résidences ou des promesses de diffusion.

La diversité comme critère

“Parler de mon travail à Annecy me paraît complètement fou”, s’enthousiasme Pari Satarkar, cinéaste indienne de 23 ans venue pour présenter Rising Tides, un projet de court métrage sur lequel elle travaille depuis plusieurs années. Comme un quart des talents retenus pour partager leurs projets lors des pitchs MIFA, Pari Satarkar a été sélectionnée via le dispositif “animation du monde”.

“Certains pays comme la France, le Japon ou les Etats-Unis sont très en avance dans le monde de l’animation. Mais l’objectif du MIFA est aussi d’encourager et de valoriser des projets venus de pays où l’industrie n’est pas à un tel niveau de développement” explique Véronique Encrenaz. “La diversité fait partie de nos critères, le MIFA veut rendre possible la réalisation de projets de cinéastes qui n’ont pas la possibilité d’être formés ou financés dans leur pays”.

Pari Satarkar dévoile son projet de court-métrage "Rising Tides" lors d'une séance de pitchs organisée par le MIFA. (ANNECY FESTIVAL)

Si l’Inde s’impose depuis de longues années comme le plus grand producteur de cinéma au monde (1986 longs-métrages produits en 2016 contre 665 aux Etats-Unis selon les derniers chiffres présentés par l’UNESCO), les financements pour les films d’animations restent en effet très rares. “Le cinéma d’animation est vraiment associé à l’enfance, les courts métrages indépendants à la télévision ça n’existe pas”, explique Pari Satarkar.

“Ces dernières années, des cagnottes de crowdfunding ont commencé à être mises en place mais ça reste vraiment marginal et inenvisageable pour financer un premier film. En Inde, Rising Tides ne peut simplement pas voir le jour à l’heure actuelle, ma présence à Annecy est donc une véritable opportunité”, conclut la cinéaste. 

Dessin issue de la présentation visuelle du court-métrage "Rising Tides" lors des pitchs MIFA. (PARI SATARKAR)

Pour donner leur chance à davantage de projets, le MIFA permet depuis 2015 la mise en lumière de plusieurs talents d’un même pays via l’organisation de “pitchs partenaires”. Chaque pays peut ainsi se rendre au Festival avec sa délégation afin de présenter les meilleurs projets de son territoire. 

“Depuis que nous nous rendons au MIFA, nous avons réussi à obtenir deux coproductions avec la France, c’est extrêmement précieux”, explique Christophe Pécot, conseiller audiovisuel attaché à l’ambassade de France au Nigéria. Chaque année depuis 2021, ce dernier se rend au Marché international du film d’Annecy avec cinq jeunes cinéastes du pays pour qu’ils participent aux sessions de pitchs partenaires. “C’est là que tout se joue, le Marché international du film d’animation est essentiel pour que les talents locaux émergent et que cette part du cinéma nigérian se développe”, explique-t-il. 

Un tremplin au rebond contrasté

Sur l’ensemble de la sélection en compétition cette année, six œuvres sont passées par l’étape des pitchs MIFA. “Notre objectif est que les projets présentés se concrétisent et aillent le plus loin, si possible en compétition”, explique Véronique Encrenaz, directrice du marché international du film d’animation. 

Cynthia Calvi, réalisatrice française de 33 ans, fait partie de ceux dont le projet s’est hissé jusqu’à la compétition. Son court-métrage Gigi, un documentaire sur la transidentité, est présenté dans la catégorie Persepctives. En 2021, la réalisatrice avait remporté lors des séances de pitch le prix Arte, la chaîne s’engageant alors à diffuser le film dès que celui-ci serait terminé. “Cette promesse de diffusion a été cruciale, elle m’a permis d’obtenir assez rapidement de nouveaux financements parce qu’avant même d’être produit, on savait que le film aurait une vie”, explique-t-elle. 

Ce sort-là, s’il existe indéniablement, n’est toutefois pas le chemin commun. Alors que certains films pitchés à Annecy, comme Linda veut du poulet ou Flee, obtiennent le très convoité Cristal d’or, d’autres ne parviennent pas à trouver les financements nécessaires à leur production. “Parce qu’ils sont moins coûteux, la plupart des courts-métrages présentés parviennent à être financés. On estime qu’environ 80% des projets pitchés dans cette catégorie voient le jour. Pour les longs-métrages, la réalité n’est pas la même”, concède Véronique Encrenaz.

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