Entre documentaire et fiction : "Kabullywood" le combat pour la culture en Afghanistan porté au cinéma

Quand la fiction et la réalité se rejoignent. "Kabullywood" raconte la folle aventure d'un groupe d'étudiants afghans qui décident de rouvrir un vieux cinéma abandonné de Kaboul, malgré la pression des talibans. Le tournage lui-même fut un combat.

Quatre jeunes Afghans prêts à tout pour rouvrir le cinéma de Kaboul
Quatre jeunes Afghans prêts à tout pour rouvrir le cinéma de Kaboul (Destiny Films)
Kaboul, capitale de l'Aghanistan. Les talibans ont beau avoir quitté le pouvoir, ils influencent tout de même le quotidien des Afghans. Les artistes n'on pas vraiment leur place. C'est dans ce contexte que quatre étudiants passionnés d'art et de culture entreprennent de rénover un vieux cinéma pour en faire une salle de concert et un centre culturel.

Reportage France 3 N. Hayter, L. Lemoigne, A. Fajon, N. Lachaud

Reste à trouver le lieu. Démarre alors une quête à travers une ville en ruine. Des bâtiments fantôme dont on devine la splendeur passée et soudain, l'endroit rêvé : le cinéma Aryub. Il fut autrefois le plus grand et le plus luxueux cinéma d’Afghanistan. 
 

Au départ, il y avait un vrai projet de centre culturel et puis malheureusement le lieu n'a jamais vu le jour parce qu'il y avait trop de problèmes de sécurité. Du coup j'ai décidé de le faire de manière symbolique à travers un film qui raconte les aventures d'une bande de copains qui accomplissent un acte de résistance en ouvrant un centre culturel à Kaboul.Louis Meunier, réalisateur

Naser Nahimi, projectionnaiste au cinéma Aryub joue son propre rôle
Naser Nahimi, projectionnaiste au cinéma Aryub joue son propre rôle (Destiny Films)

Une femme dans le cinéma est très mal vue en Afghanistan

Le tournage lui aussi fut compliqué en termes de sécurité, indique le réalisateur Louis Meunier. En quelques mots la bande-annonce donne le ton : "Nous avons survécu à des attentats, des attaques, un incendie et des menaces de mort. Envers et contre tout, nous avons réussi à finir Kabullywood." L'équipe avait elle-même entrepris de rénover le cinéma mais tragiquement la fiction a rejoint la réalité : un attentat a blessé une partie de l'équipe et stoppé net le projet.

Parmi les comédiens, l'actrice afghane Roya Heydari, qui a reçu des menaces de morts. "Une femme qui travaille dans le cinéma", témoigne-t-elle, "est très mal vue en Afghanistan. Les gens ne la respectent pas."

Un visage méconnu de l'Afghanistan

Ses trois amis étudiants sont interprétés par des comédiens afghans exilés en France depuis dix ans et qui travaillent au Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine à Paris. Pour eux impossible de passer à côté d'une telle proposition explique Omid Rawendah. "Il y a la soif de la jeunesse qui veut faire de l'art, qui veut créer son centre culturel, ce qui était notre rêve. Il y a l'histoire familiale d'un frère qui veut interdire à sa sœur de travailler. Il y a plusieurs histoires d'Afghanistan dans le scénario."

J'ai voulu montrer un visage méconnu de l'Afghanistan, loin de la trilogie simpliste taliban / opium / burqa en rendant hommage à la richesse de l'héritage culturel du pays : la musique, la peinture et surtout le cinéma.Louis Meunier, réalisateur

 

LA FICHE

Comédie dramatique 
de : Louis Meunier
Pays : France, Afghanistan
Avec :  Roya Heydari, Omid Rawendah, Ghulam Reza Rajabi
Durée : 1h25
Sortie : 6 février 2019

Synopsis : A Kaboul en Afghanistan, quatre étudiants assoiffés de vie décident d’accomplir un projet audacieux : rénover un cinéma abandonné, qui a miraculeusement survécu à 30 ans de guerre. Comme un acte de résistance contre le fondamentalisme des talibans, ils vont aller au bout de leur rêve pour la liberté, la culture, le cinéma…