"Paul-Emile Victor, j'ai horreur du froid" : passionnant biopic sur une figure de l'exploration polaire

Qui se souvient encore de Paul-Emile Victor ? Ethnologue, écrivain, fondateur des Expéditions Polaires Françaises, il fut l’une des personnalités marquantes de l’exploration polaire du XXe siècle. Avec "Paul-Emile Victor, j'ai horreur du froid", Stéphane Dugast signe un superbe documentaire riche en archives et témoignages. A découvrir prochainement sur le petit écran et dans les festivals.

(Stéphane Dugast)
"J'ai horreur du froid, de la neige, du vent... et j'ai vécu 50 ans comme ça. Il faut être dingue !" Dingue ? Celui qui prononçait ces mots ne l'était pourtant pas, même s'il a peut-être bien fallu un petit grain de folie à Paul-Emile Victor pour se lancer dans les années 1930 dans des expéditions sur les terres glacées du Groenland, s'installer du côté d'Ammassalik pour vivre auprès de ceux qu'on appelait alors "les Eskimos", en apprenant leur langue et en adoptant leur mode de vie, traverser la calotte glaciaire ou un peu plus tard, dès 1956, poursuivre ses explorations en Antarctique. 

Une vie en forme d'odyssée

Cette personnalité atypique (1907 - 1995) a séduit l'auteur et réalisateur Stéphane Dugast il y a déjà plusieurs années. En 2006, il s'est d'abord glissé "Dans les pas de Paul-Emile Victor", titre d'un premier documentaire (et d'un beau livre) réalisé après avoir sillonné cette région de l'Est du Groenland que l'explorateur affectionnait en suivant l'un de ses fils, Stéphane Victor. Puis, en 2015, il a co-écrit la biographie "Paul-Emile Victor, j'ai toujours vécu demain" avec Daphné Victor, sa fille, une plongée littéraire indispensable pour tout connaître du personnage.

Avec "Paul-Émile Victor, j'ai horreur du froid", diffusé prochainement sur Ushuaia TV puis Polynésie la 1ère, c'est en images qu'il retrace ce destin hors du commun. A travers de formidables archives, des témoignages riches et éclairants, des séquences tournées en France, au Groenland et en Polynésie, dans des lieux symboliques, ce biopic qui se déguste comme un savoureux roman nous emène sur les traces d'un passionné à la vie en forme d'odyssée. 

Bande annonce du documentaire "Paul-Emile Victor, j'ai horreur du froid", réalisation Stéphane Dugast - Ekla production
Adolescent, dans le grenier - son antre - de la maison familiale de Lons-le-Saunier, se côtoyaient déjà cartes et photos des deux destinations qui allaient aimanter la vie de Paul-Émile Victor : le grand Nord, royaume du froid et de l'aventure qu'il avait découvert à travers les livres, et la Polynésie où il termina sa vie dans la douceur tropicale de son motu avec sa seconde femme et son quatrième enfant. 

Ce n'est donc pas par hasard que cette figure de l'exploration polaire du XXe siècle a, pendant une bonne partie de sa vie, subi les aléas d'un climat rigoureux dans des régions que l'on connaissait alors à peine. Et qu'il a réussi à embarquer dans son sillage tout un pays : des ministres pour réunir les fonds et créer les Expéditions Polaires Françaises (EPF), jusqu'aux médias et au public, particulièrement friands des conférences de cette personnalité hors du commun.
(Stéphane Dugast)
A la fois ethnologue, écrivain, dessinateur, explorateur, PEV, comme on le surnommait, était un personnage charismatique, un homme de caractère aussi, qui ne s'est pas fait que des amis au sein des EPF dont il était en quelque sorte "l'homme orchestre". Mais grâce à sa ténacité, sa perspicacité, son engagement sans faille, il a surmonté les obstacles pour aboutir à ses fins... non sans conséquences sur sa vie privée.

Il fait partie des quelques personnages qui ont fabriqué une petite part du récit nationalJean-Christophe Victor


Son fils aîné, Jean-Christophe, interviewé avant son décès en décembre 2016 (connu du public pour son émission "Le dessous des cartes" sur Arte) analysait ainsi le succès des expéditions polaires en général et la notoriété de son père en particulier : après la guerre, ses difficultés et ses horreurs, l'exploration polaire était devenue "un des outils du rêve des Français", comme le furent également la découverte des volcans ou des océans.

Préserver l'Homme et la Nature

Si Paul-Emile Victor en fut l'indéniable promoteur, on doit également se souvenir qu'il fut l'un des pionniers de la sensibilisation du public aux enjeux environnementaux. La vie avançant, la préservation de la Nature et de l'Homme deviennent des thématiques essentielles à ses yeux. Dans les années 70, il anime le groupe "Paul-Emile Victor pour la défense de l'homme et de son environnement" avec d'autres personnalités non moins illustres : Tazieff, Cousteau, Herzog. 

La pollution, les changements climatiques, la raréfaction de l'eau douce, la nécessité d'une prise de conscience planétaire : de tout cela, il avait fait un nouveau combat, jusqu'à l'interruption définitive de toutes ses activités, un jour de mars 1995.