"Colette, mon amour", un émouvant documentaire raconte la fermeture du très branché concept-store parisien en 2017

Trois ans après la fin de cette aventure, l’emblématique concept-store Colette, le documentaire "Colette Mon Amour" de Hugues Lawson-Body, en ligne le 20 décembre, revient sur ses derniers mois d'existence

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France Télévisions Rédaction Culture
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Temps de lecture : 7 min.
Pop-up store colette à Tokyo au Japon. 2020 (NAE.JAY.E)

Trois ans après la fermeture du concept-store parisien iconique Colette, un documentaire "Colette mon amour" signé du photographe et réalisateur Hugues Lawson-Body sort en ligne sur colettemonamour, le 20 décembre 2020.

Située au 213 de la chic rue Saint-Honoré, la boutique Colette doit une partie de sa réputation à la vente de produits en série très limitée et à des collaborations artistiques pointues avec de grandes marques. Vêtements de luxe, livres d'art, gadgets, baskets ou cosmétiques... c'est le mélange des genres qui a fait le succès de ce concept-store devenu incontournable. Dirigé par un duo discret, Colette Roussaux et sa fille Sarah Andelman, directrice artistique de la boutique, le magasin avait annoncé sa fermeture à l'été 2017 par un simple communiqué : "Colette Roussaux arrive à l'âge où il est temps de prendre son temps ; or, Colette (le concept store, ndlr) ne peut exister sans Colette (la femme, ndlr)". 

Ce documentaire nous plonge dans les coulisses d'un lieu mythique pendant ses six derniers mois d'existence. Cette plongée touchante et émouvante illustre avec tendresse l’aventure humaine et familiale qu’incarnait ce temple de la mode. Les réalisateurs Hugues Lawson-Body et sa soeur Eliane Lawson-Body, ainsi que la directrice artistique de la boutique Sarah Andelman ont accepté de revenir sur l'histoire du concept-store et du film qui lui est consacré. Rencontres. 

Franceinfo Culture : Pourquoi faire un documentaire sur Colette ? 
Hugues Lawson-Body : Nous voulions comprendre pourquoi la boutique la plus influente au monde fermait ses portes alors qu’elle était à l’apogée de son succès. Pourquoi ne pas vendre la marque Colette, par exemple ? Cette décision brutale nous paraissait incompréhensible. En état de choc, à l’annonce de la fermeture sur les réseaux sociaux en juillet 2017, il nous a semblé à Eliane (ma sœur) et moi, urgent d’immortaliser les derniers instants d’un lieu aussi iconique. Dès le début du tournage, il apparaissait évident que ce temple du Style, Design, Art, Food allait laisser un grand vide à Paris.

Pourquoi ce documentaire paraît trois ans après la fermeture du concept-store ?
HLB
: Le 20 décembre 2020, est une date symbolique, elle correspond à l’anniversaire des trois ans de la fermeture de Colette. Cela nous permet de prendre conscience du manque laissé par ce lieu. L’influence et le rayonnement du concept-store sont tels que nous avons eu l’opportunité de filmer des témoignages de célébrités comme Pharrell Williams à Paris, Nigo à Tokyo, Kaws à New York et Kanye West à Los Angeles. Nous avons également recueilli l’histoire des équipes de Colette pendant les quatre derniers mois d’ouverture du magasin. Puis, nous sommes partis à la rencontre d’amoureux de la boutique, connus ou anonymes, ce qui au final constituait plus de 120 témoignages. Nous avions des centaines d’heures de tournage, pour au final proposer un film de 60 minutes. 

Kanye West interviewé pour le documentaire "colette, mon amour". 2020 (HUGUES LAWSON-BODY)

Eliane Lawson-Body : Selon nous, c’est le bon moment. Avec le soutien de La Pac Films et d’Highsnobiety, nos coproducteurs, ce film bénéficie d’une sortie singulière sur la plateforme créée à cet effet, le 20 décembre 2020. Grâce à la magie créatrice de Sarah Andelman (cofondatrice de Colette) nous avons pu célébrer l’arrivée du film et revenir sur nos différents lieux de tournage. Ainsi, tout au long de l'année 2020 nous avons présenté le film en avant-première de Paris à Londres en passant par Tokyo et New York où des objets souvenirs ont pu être proposés au public lors de la mise en place de pop-up stores. Le dernier pop-up store se tient sur le site Highsnobiety depuis le 14 décembre avec des collaborations de Thom Browne, Saint Laurent ou encore Lego... Une telle production demande beaucoup de temps et de travail.

Étiez-vous proches de Colette pendant ses 20 ans d'existence ?   
HLB : Le concept-store Colette faisait partie de nos vies. Comme des centaines de milliers de personnes, j’étais fan du lieu. Je n’y passais pas toutes les semaines, mais quand c’était le cas j’y découvrais immanquablement des magazines du monde entier ou des livres de photographes que j'adorais. J’ai eu la chance d’y faire une photo de groupe en 2005 pour le W.A.D magazine et d’y dédicacer mon premier livre Jeunes Parisiens en 2010. Au fil du temps, je me suis lié d’amitié avec certains collaborateurs.   

La librairie au rdc du concept-store colette. 2017 (HUGUES LAWSON-BODY)

ELB : Pour ma part, si l’on parle du lieu,  j’ai eu la chance de travailler sur des “Colette Dance Class” : des ateliers de danse qui étaient offerts aux Parisiennes par Colette et Nike Women afin de les initier à différents styles de danse. Je me suis souvent rendue chez Colette pour découvrir les tendances et pour admirer les vitrines aussi souvent que possible car elles changeaient toutes les semaines. J’y ai acheté les plus belles paires de baskets de ma collection. Par ailleurs, nous avons eu la chance d’être invités à de nombreux événements dont les 20 ans de Colette (mars 2017) : dans une piscine à boules géantes au cœur des Arts Décoratifs de Paris ou encore la Saint Valentin (2014) dans l’enceinte de la Gaîté Lyrique avec en prime un concert privé de Kylie Minogue. Plus récemment, nous avons pu assister aux showcases privés de Booba ou de Travis Scott. Si l’on parle de la personne Colette, j’ai découvert cette grande dame, que je connaissais uniquement de vue, lors des tournages de notre documentaire et par la suite. Colette et Sarah sont devenues de grandes sources d’inspiration.   

Pendant combien de temps avez-vous suivi la vie du concept-store Colette pour réaliser ce documentaire ?
HLB
: Nous y étions quasiment tous les jours de septembre à décembre 2017 pour capter un maximum d’instants : des petits moments du quotidien aux grands événements (vernissages, concerts, signatures, dégustations, performance artistique live, sortie d’objets en série limitée…).

Quels ont été les moments forts de la vie du magasin lors de ce tournage ?  
HLB et ELB : Nous retenons trois moments forts. Le premier, c'est lorsque Colette et Sarah ont accepté de répondre ensemble à nos questions face caméra. De la part de ces deux femmes si pudiques et discrètes, c’était complètement inattendu ! C’était un énorme cadeau pour nous et pour notre film. Le second, c'est le 20 décembre 2017, le jour de la fermeture de la boutique, l’ambiance était électrique, joyeuse et très émouvante à la fois. Des personnes de tous horizons sont venues par centaines faire une dernière visite, c’était impressionnant ! Et pour finir, à la fin du mois de janvier 2018, Sarah et Colette, ensemble pour la dernière fois dans la boutique vide. Le contraste était très fort avec ce lieu si animé auparavant.

Sac pour célebrer le documentaire "Colette, mon amour" (Paula Long Lelong)

Comment expliquez-vous l'engouement pour votre concept-store ?
Sarah Andelman, la directrice artistiqueJ’imagine qu’il était assez nouveau de retrouver dans un même espace un best-of de la mode, du design, de la beauté, de la culture... et que cela se renouvelle non-stop.

Quelles ont été les collaborations ou expositions les plus difficiles à obtenir pendant ces 20 ans ?
Sarah Andelman : En collaboration, je pense à Chanel bien sûr mais aussi d’autres grandes maisons comme Hermès, Cartier ou Louis Vuitton qui n’ont pas l’habitude de travailler avec des magasins multi-marques et qui ont fait une exception pour Colette. Je pense aussi à IKEA avec qui nous avions fait une opération et avec qui tout était compliqué car ils n’avaient jamais vendu ailleurs que dans leur magasin. Ou bien Apple que nous avions contacté dès la sortie du premier iPod. Mais ces challenges ont vraiment fait partie du plaisir !

Vitrine du concept-store colette consacrée au créateur américain Tom Brown (colette)

Pour les expositions, nous avons toujours eu de la chance de susciter l’intérêt d’artistes très différents qui voyaient en nous un espace d’expérimentation plus libre qu’une galerie traditionnelle.

Le premier étage consacrée à la mode dans le magasin colette. 2017  (HUGUES LAWSON-BODY)

Quel est le moment le plus fort pour vous de cette aventure ?
Sarah Andelman : C’est impossible de choisir un seul moment fort. Les anniversaires des 5, 10, 15 puis 20 ans ont donné l’excuse pour des temps forts. Pour les 20 ans, nous avons organisé The Beach au Musée des Arts Décoratifs, ouvert au public, gratuitement, pendant plusieurs jours, et c’était juste une bulle de bonheur car tout le monde en sortait avec un grand sourire. Au magasin, chaque semaine nous avions des rencontres, des surprises, des événements qui nous faisaient vibrer. Mais je pense aussi aux dernières soirées pour Chanel, avec M. Lagerfeld, Pharrell, Justin Timberlake, ou bien pour Saint Laurent, avec Travis Scott et Catherine Deneuve et bien sûr au 20 décembre 2017 avec nos clients, notre équipe, un grand moment d’émotion.

Sarah Andelman et Colette Roussaux (à gauche), fondatrice du concept-store parisien colette  (K.Lawson_body)

Pourquoi arrêter cette aventure en pleine gloire ?
Sarah Andelman : Pour partir heureuses après une belle aventure, soulagées de tourner la page en ayant pris soin de l’avenir de notre équipe.

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