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Disparition de Michel Piccoli : "La France est orpheline", selon son grand ami Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes

Monument du cinéma français, Michel Piccoli est décédé à l'âge de 94 ans. Son ami et ancien président du Festival de Cannes, Gilles Jacob revient sur sa carrière

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
L'acteur Michel Piccoli dans Péril dans la demeure de Michel Deville en 1985 (GAUMONT / ELEFILM / TF1 FILMS PR)

Ancien président du Festival de Cannes, Gilles Jacob a publié en 2017 un livre d'entretiens avec Michel Piccoli dont il était un ami proche. Il revient sur la carrière d'un acteur d'exception dont "la France est orpheline".

Que doit-on retenir de Michel Piccoli ?

Gilles Jacob : Michel, c'était l'art du comédien : la classe, l'élégance et la pudeur, la tendresse et l'extravagance, la fraîcheur de ceux qui ont gardé leur âme d'enfant. Il représentait aussi la cocasserie. L'envie de surprendre et de laisser germer ce grain de folie qui font les très très grands. C'est pour cela que les plus grands cinéastes comme Marco Ferreri, Claude Sautet et Jean-Luc Godard l'ont utilisé magnifiquement. On ne dirigeait pas Piccoli. On le filmait. C'était inutile de lui donner des explications. Le personnage qu'il interprétait le guidait, et l'imprégnation du personnage. Il accueillait l'évidence des... choses de la vie. La France est orpheline d'un fils. Il nous laisse son oeuvre et notre chagrin.

Quels souvenirs gardez-vous des Festivals de Cannes où il a défendu tant de films et où il a décroché un prix d'interprétation ?

Ce prix d'interprétation, il l'a reçu ex-æquo avec Anouk Aimée pour Le Saut dans le vide, film de Marco Bellochio. Ironiquement d'ailleurs : Michel a été récompensé pour un film où il était doublé en italien ! Encore une cocasserie à son image : il n'a pas été vexé et il a même adoré ! Pourtant, sa voix était incroyable : il pouvait être tonitruant ou chuchoter à la limite de l'audible. Il possédait tous les registres et pouvait tout jouer. Un soir, j'ai rendu hommage à Youssef Chahine qui venait de le diriger dans Adieu Bonaparte . Michel a bondi sur la table de la salle à manger du Carlton en levant le poing et en criant vive Chahine !. Michel Piccoli a réalisé aussi plusieurs films, avec toujours la cocasserie et l'extravagance qui le résumaient tant. Avec Godard, leur collaboration a été splendide. Le Mépris est l'un des plus beaux films de l'histoire du cinéma. Michel jouait un personnage méprisable. Les acteurs adorent jouer des rôles pas sympathiques. Avec Ferreri, il a tourné La Grande bouffe mais aussi Dillinger est mort où il est seul pendant une heure avec un revolver. Et le film est extraordinaire !.

Comment le trouvez-vous dans Les Choses de la vie, son film sans doute le plus populaire ?

Michel y est magnifique. C'est le début des années 70. Il est superbe physiquement en séducteur à l'oeil de velours. Le ralenti de l'accident est fabuleux. Michel Piccoli était un comédien de théâtre, il ne faut pas l'oublier. Pour le cinéma, il a eu un agent pour débuter mais très vite il a décidé de se débrouiller seul, avec toujours des choix qui devaient lui ressembler. Il fallait surtout des histoires et des metteurs en scène avec un grain de folie comme pour Le Sucre de Jacques Rouffio. Michel n'était pas un homme intéressé par l'argent. De la même manière, il ne courrait pas après les honneurs. Il n'aimait pas les choses conventionnelles. Il préférait converser, partager un repas ou un baiser que des honneurs.

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