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Depardieu en Belgique, un problème "plus moral qu'économique"

Selon les économistes interrogés par francetv info, l'installation de l'acteur de l'autre côté de la frontière aura un impact très négligeable sur l'économie française.

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France Télévisions
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Gérard Depardieu lors de la présentation d'"Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté", le 1er octobre 2012, à Berlin (Allemagne). (JOHANNES EISELE / AFP)

ECONOMIE - L’installation en Belgique de l’acteur Gérard Depardieu annoncée dimanche 9 décembre n'en finit pas de faire réagir. A droite, Jean-François Copé (UMP) trouve cela "désolant pour notre pays" et réclame une fiscalité française "comparable aux pays d'Europe". De l'autre côté de l'échiquier politique, Nathalie Arthaud (LO) dénonce un comportement "honteux" de la part du comédien et estime que "les riches doivent payer leur dû". Mais que perd vraiment la France à voir partir Gérard Depardieu en Belgique ? Francetv info a interrogé des économistes.

Une fortune difficile à évaluer

Si l'on en croit les explications du maire d’Estaimpuis, commune qui abrite le village de Néchin où l'acteur français a élu domicile, la France perd surtout un contribuable : "Il voulait trouver une résidence en Belgique pour échapper à la fiscalité française", a-t-il affirmé sur la RTBF. Car en Belgique, il n'y a ni impôt sur la fortune, ni impôt sur les plus-values sur le patrimoine privé. Et la taxation du revenu est moindre que les 75% instaurés par le gouvernement français pour les revenus supérieurs à un million d'euros par an. 

Difficile d’évaluer la fortune du contribuable Depardieu. Car il "utilise depuis les années 1980 la société DD Productions pour obtenir non pas un cachet d'artiste, mais une part de coproducteur sur les films qu'il tourne", explique Le Point. Impossible d'en connaître les montants, puisque DD Productions ne publie pas ses comptes, selon l'hebdomadaire. Une pratique courante qui fait rarement l'objet de poursuites, même si elle reste illégale. 

Selon L'ExpansionGérard Depardieu a gagné environ 2 millions d'euros en 2010. Son imposition dépasserait légèrement le million, une poussière comparée aux plus de 51 milliards d'euros qu'a rapporté à l'Etat l'impôt sur le revenu en 2011. "Ce qui aurait un vrai impact, c’est une accumulation de profils comme Depardieu", explique l’économiste Philippe Crevel à francetv info. En ce qui concerne les vignobles, l'hôtel particulier parisien et les commerces que l'acteur possède en France, il "reste assujetti à l'impôt sur le revenu, à l'ISF et à l'impôt sur les sociétés pour cette partie de son patrimoine", précise un conseiller fiscal au Figaro.

L’évasion fiscale des individus, "une goutte d’eau dans l’océan"


L’installation de Gérard Depardieu a été mise en parallèle avec l’acquisition de la nationalité belge par le patron de LVMH, Bernard Arnault, qui avait provoqué un tollé en septembre. Pourtant, selon Philippe Crevel, on ne peut pas mettre les deux cas sur le même plan. Des experts avaient estimé que la nationalité belge de Bernard Arnault lui servirait à assurer la pérennité après sa mort du groupe LVMH, au chiffre d’affaires de 23 milliards d’euros. "Le milliardaire français a créé une fondation outre-Quiévrain en 2008, pour assurer les intérêts de ses héritiers", expliquait ainsi Challenge. "Cela lui permettrait d’échapper à des taux de successions de 40% à 60%, une perte pour la France qui se chiffrerait en milliards", calcule Philippe Crevel. Rien de comparable donc au cas Depardieu.

"L’évasion fiscale des individus est une goutte d’eau dans l’océan par rapport à la l'ensemble des évasions fiscales", remarque Michel Aglietta, professeur de sciences économiques à l'université de Paris-10 Nanterre et conseiller au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii), contacté par francetv info. Ce qui coûte le plus cher à la France selon lui, ce sont les optimisations fiscales de grandes entreprises, qui s’arrangent pour payer des impôts dans les pays qui en demandent peu. "C’est surtout sur le plan moral que l’exil fiscal de certaines stars pose problème, analyse Michel Aglietta. Surtout quand ce sont des gens qui reviennent en France pour bénéficier de son système social."

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