Cinéma : pourquoi les présidents sont des héros comme les autres

Comme bien d'autres avant lui, Steven Spielberg a porté à l'écran l'ancien président Abraham Lincoln. Les chefs d'Etats inspirent, pour le meilleur comme pour le pire. 

Daniel Day-Lewis interprète le président Abraham Lincoln, dans \"Lincoln\" de Steven Spielberg.
Daniel Day-Lewis interprète le président Abraham Lincoln, dans "Lincoln" de Steven Spielberg. (DREAMWORKS II DISTRIBUTION CO)

Politique et cinéma forment un duo prolifique. A l'instar du super-héros, le chef d'Etat constitue une figure chérie par les réalisateurs et scénaristes du monde entier. Dernier en date, Lincoln, le 16e président des Etats-Unis, filmé par l'américain Steven Spielberg, et sorti en salle mercredi 30 janvier. Mais font-ils de si bons personnages ?

Loin de l'éternel débat sur la nécessité de retranscrire fidèlement ou non la réalité des faits, francetv info a voulu démontrer que les présidents sur grand écran valaient n'importe quelle figure héroïque, de la fresque intello à la série Z (liste évidemment non exhaustive). 

Parce que tout ce qu'ils font relève de l'extraordinaire

Du point de vue de la narration, qu'est-ce qu'un président sinon la version démocratiquement élue du super-héros ? Quoi qu'il fassent ou entreprennent, ils s'inscrivent dans l'histoire avec un grand "H". Ce quotidien hors du commun fournit sans efforts d'innombrables idées de scénario. Après Amistad ou encore La Liste de Schindler, Spielberg a donc choisi de raconter le destin de la nation américaine par le biais de l'un de ses plus éminents protagonistes. Ici, Lincoln n'est plus un personnage, ni un président, il est un vecteur pour confronter le pays à son passé esclavagiste.

Dans Invictus (2009), de Clint Eastwood, l'angle politique permet également de raconter le destin d'une nation à travers une histoire plus restreinte : l'organisation de la Coupe du monde de rugby par l'Afrique du Sud en 1995. Au sein de cet espace et de ce temps connus de tous, le réalisateur se focalise sur la façon dont Nelson Mandela a œuvré pour que le pays surmonte les haines héritées de plus de quarante années sous le régime ségrégationniste de l'apartheid. Parce qu'il est vrai, le récit se révèle d'autant plus fort. 

Avec les présidents-héros, le spectre du réel en toile de fond permet de donner de la profondeur dramatique à la moindre comédie. Les excentricités d'un Bill Murray paré en Théodore D. Roosevelt, coincé dans une maison de campagne avec le couple royal d'Angleterre dans Hyde Park on Hudson (2013), détonne dans le contexte historique. En effet, par cette visite courtoise datée de 1939, le roi George VI espère convaincre le président américain de soutenir son entrée en guerre contre l'Allemagne nazie. Rien que ça. 

Parce que leurs failles sont sources de fantasmes

Outre la grande histoire, les vies des présidents fascinent aussi pour ce qu'elles ont de secret. Les coulisses du pouvoir alimentent les fantasmes, et du même coup, les scénarios. 

La conquête du pouvoir de Nicolas Sarkozy pendant les années 2002-2007 a fait l'objet de livres, d'enquêtes et de reportages. Mais pour entrer là ou personne n'entre et observer au plus près la cruauté des rapports humains (entre politiques ou au sein du couple qu'il forme avec Cécilia), il n'y a que la fiction, a confirmé La Conquête (Xavier Durringer, 2011). Entre vannes assassines à la Audiard et rivalité au sommet, le président en devenir est le héros idéal.

Dans le même registre, l'ambition et l'arrogance de Richard Nixon dépeintes par Oliver Stone en 1995, le parcours chaotique d'un fils méprisé et alcoolique qui devient W, l'Improbable Président des Etats-Unis, ou encore les coulisse de l'interview Nixon/Frost, permettent au spectateur d'entrer dans l'intimité de ces personnages dont, jusqu'ici, ils n'avaient vu que la face publique. 

Parce qu'ils sont des attrape-Oscars

L’Académie des Oscars a toujours eu un petit faible pour les biopic. Les histoires vraies permettent en général d’entamer une jolie collection de statuettes. Lincoln de Spielberg a ainsi pris la tête des films les plus prometteurs aux Oscars, avec douze nominations dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. Après avoir raflé le Golden Globe dans la catégorie "meilleur acteur dramatique", Daniel Day-Lewis a toutes les chances de repartir avec le prestigieux trophée (qui serait alors le 3e de sa carrière.) 

Avant lui, Forest Whitaker a reçu cette récompense en 2008 pour son interprétation du président ougandais Idi Amin Dada dans Le Dernier Roi d'Écosse. Et en admettant que les rois figurent parmi les chefs d'Etat oscarisés, le dernier ne remonte qu'à 2011 avec Colin Firth, salué pour le rôle de Georges VI dans Le Discours d'un roi. Attention, bon filon.

Parce que leur présence pimente aussi des navets

Abraham Lincoln est certes un personnage historique vénéré par les Américains, il est aussi capable de se retrouver dans des plans cinématographiques douteux. En 2012, il s'invite dans le film de genre avec Abraham Lincoln, chasseur de vampires, l'adaptation d'une autobiographie fictive de l'ancien président, signée Seth Grahame-Smith. Si le mélange entre destin politique et décapitations de monstres aux dents aiguisées fonctionne sur le papier, le passage à l'écran n'est pas des plus convaincants. 

Force est de constater qu'en bon héros multitâches, les présidents "excellent" aussi dans la catégorie des films de genre loufoques. Ainsi, quand le monstre Guilala menace le sommet du G8 dans The Monster X Stikes Back : Attack the G8 Summit, du Japonais Minoru Kawasaki, c'est un héroïque Nicolas Sarkozy qui sauve le monde. Comment ? Grace à des attributs tout à fait français, tels que la drague lourde (à voir sur Nanarland.com) et un penchant pour tout ce qui se passe sous la ceinture. Le tout sous les traits d'un comédien iranien

Le second degré sied à merveille aux chefs d'Etat. Pourtant, si la satire politique se décline en livre, BD, série, ainsi qu'au cinéma à travers de multiples personnages soit-disant fictifs, rarement un président n'est officiellement ridiculisé. Dommage ? 

Parce qu'ils vous marquent une carrière 

Un peu comme l'acteur Peter Falk, systématiquement associé à Columbo en dépit d'une carrière riche (notamment chez John Cassavetes), un rôle de président peut vous coller au train pour l'éternité. Pour se retrouver dans ce cas de figure, pas besoin de transpirer le charisme. Il suffit en réalité de ressembler comme deux gouttes d'eau au chef d'Etat en question. Un exemple : l'acteur américain méconnu Jerry Haleva qui, toute sa vie, n'a fait qu'incarner Saddam Hussein.

Dans un style beaucoup plus classique, le comédien français Adrien Cayla-Legrand a incarné le général de Gaulle une demi-douzaine de fois à l'écran, dans des long-métrages tels que Le Chacal (1973), L'armée des ombres (1969) ou encore Martin Soldat (1966). Le rôle d'une vie ?