Ce qu'il faut retenir de la cérémonie des César 2015

"Timbuktu" est le grand vainqueur de cette cérémonie, que francetv info a commentée en direct. 

Abderrahmane Sissako pose avec son équipe et les César que son film \"Timbuktu\" a récoltés, le 20 février 2015.
Abderrahmane Sissako pose avec son équipe et les César que son film "Timbuktu" a récoltés, le 20 février 2015. ( PHILIPPE WOJAZER / REUTERS)

Il a été boudé en compétition officielle à Cannes, les César l'ont honoré. Le film Timbuktu, d'Abderrahmane Sissako, est le grand vainqueur de cette 40e cérémonie des César, vendredi 20 février. Il a été sacré meilleur film et a reçu au total sept récompenses, lors de cette édition présidée par Dany Boon et présentée par Edouard Baer, au théâtre du Châtelet. Le long-métrage franco-mauritanien, qui raconte la mainmise jihadiste sur une ville du Sahel, a dominé toute la compétition, ne laissant presque aucune place au duel entre les deux films sur Yves Saint Laurent. Il sera en compétition aux Oscars, dimanche, pour le compte de la Mauritanie. 

Retour sur une longue soirée -près de quatre heures- riche en émotions.

"Timbuktu" triomphe avec sept récompenses

Meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario original, meilleure musique originale, meilleur son, meilleure photo et meilleur montage : Timbuktu a été plébiscité par les membres de l'Académie des arts et techniques du cinéma. Pour son premier discours, Abderrahmane Sissako a d'abord surpris l'audience, en affirmant que son scénario, coécrit avec sa femme Kessen Tall et pourtant récompensé, était "faible". Il s'est pour ainsi dire rattrapé avec un beau second discours prononcé en recevant le César de la meilleure réalisation.

"Cette France extraordinaire vient de prouver encore une fois qu'elle est un pays extraordinaire ouvert aux autres, sinon nous n'aurions pas eu autant de César", a-t-il commencé. Saluant le travail de la productrice Sylvie Pialat, il a remercié les institutions françaises qui l'ont soutenu, et ce pays qui l'a accueilli il y a 22 ans. "La France est un pays magnifique car elle est capable de se dresser contre l'horreur, la violence, l'obscurantisme (...) Il n'y a pas de choc de civilisations, cela n'existe pas. Il y a une rencontre de civilisations." Le Premier ministre Manuel Valls n'est pas resté insensible face au message du film, loué pour "sa résistance face à la barbarie"

Le duel des "Saint Laurent" n'a pas eu lieu

On attendait beaucoup de suspense de ce côté. Qui de Bertrand Bonello (Saint Laurent) ou de Jalil Lespert (Yves Saint Laurent) allait sortir vainqueur du duel ? La réponse : match nul. Les deux films n'ont obtenu qu'un seul César. Le premier, celui des meilleurs costumes. Le second, celui du meilleur acteur, en la personne de Pierre Niney. 

"Les Combattants" réalise une belle performance

L'outsider est un premier film, Les Combattants, de Thomas Cailley. Il a reçu trois statuettes : meilleure actrice pour Adèle Haenel, meilleur espoir masculin pour Kevin Azaïs et meilleur premier film. Beau succès critique et en salles, il a notamment reçu le prix des auditeurs du Masque et la plume, sur France inter.

Dans le reste de la compétition, la comédie hospitalière Hippocrate, qui a séduit près d'un million de spectateurs, repart avec un César, celui du meilleur second rôle masculin, décerné à Reda Kateb. Même score pour La Belle et la Bête (meilleurs décors) et Diplomatie (meilleur scénario adapté). Enfin, La Famille Bélier, gros succès en salles, se distingue lui aussi avec une récompense, attribuée à Louane Emera (meilleur espoir féminin).

Kristen Stewart, première Américaine à recevoir un César

Parmi les films qui n'ont reçu qu'une statuette, il y a également Sils Maria, d'Olivier Assayas, pour lequel Juliette Binoche était susceptible d'être couronnée. C'est finalement Kristen Stewart qui lui a permis de décrocher son unique trophée. La star de Twilight, présente à la cérémonie, a été sacrée meilleure actrice dans un second rôle. C'est la première fois qu'une Américaine reçoit un César, ce que la presse américaine n'a pas manqué de souligner.

Sean Penn honoré par l'Académie

Autre anglophone présent à la cérémonie, très longuement applaudi par le public, Sean Penn a reçu un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. L'actrice Marion Cotillard lui a remis cette récompense en mains propres, sous les yeux de Charlize Theron, la compagne de l'acteur et réalisateur, assise dans une longue robe rouge au premier rang du théâtre du Châtelet.

Marion Cotillard et Sean Penn sur la scène du théâtre du Châtelet, pour les César, le 20 février 2015.
Marion Cotillard et Sean Penn sur la scène du théâtre du Châtelet, pour les César, le 20 février 2015. (BERTRAND GUAY / AFP)

Xavier Dolan, récompensé mais absent

Après son Prix du jury à Cannes, le Québécois continue de séduire les professionnels du cinéma grâce à Mommy. Le film de Xavier Dolan a été sacré "meilleur film étranger". Le réalisateur, qui avait lu un long discours à Cannes, n'a pas réitéré l'expérience, puisqu'il était absent de la cérémonie. La productrice Nancy Grant et l'actrice Suzanne Clément ont néanmoins lu un texte que le jeune homme avait écrit. 

Un air de "Je suis Charlie" durant la cérémonie

Le triomphe d'Abderrahmane Sissako, dont le film a pour objet la terreur jihadiste, a une résonnance particulière, un mois après les attentats à Paris. Il planait un air de #JeSuisCharlie sur cette 40e cérémonie des César. L'acteur Kirill Emelyanov s'est ainsi présenté à l'entrée avec l'inscription emblématique peinte sur le torse. 

L\'acteur Kirill Emelyanov était Charlie, le 20 février 2015 au théâtre du Châtelet.
L'acteur Kirill Emelyanov était Charlie, le 20 février 2015 au théâtre du Châtelet. (CHRISTIAN HARTMANN / REUTERS)

Un peu plus tard, la chaîne Canal + a diffusé un clip parodiant les théories du complot, sur le modèle "Coïncidence ? Je ne crois pas" de certaines vidéos internet. On retiendra également le discours de Zabou Breitman et Pierre Deladonchamps, qui ont tous deux rappelé que dans certains pays, un film comme L'Inconnu du lac, qui concourait aux César en 2014, n'aurait pas pu se faire. La solennité de leur intervention a vite été cassée par ce qui restera peut-être la phrase la plus amusante -et osée- de la soirée, prononcée par l'actrice et réalisatrice : "En attendant moi je me fais pas bronzer la bite dans des films de pédés !"

VOICI LE PALMARES INTEGRAL DES CESAR 2015 :

• Meilleur film : Timbuktu.

• Meilleure réalisation : Abderrahmane Sissako, pour Timbuktu.

• Meilleure actrice : Adèle Haenel, pour Les Combattants.

• Meilleur acteur : Pierre Niney, pour Yves Saint Laurent.

• Meilleure actrice dans un second rôle : Kristen Stewart, pour Sils Maria.

Meilleur acteur dans un second rôle : Reda Kateb, pour Hippocrate.

• Meilleur espoir féminin : Louane Emera, pour La famille Bélier.

• Meilleur espoir masculin : Kevin Azaïs, pour Les Combattants.

 

• Meilleur scénario original : Abderrahmane Sissako et Kessen Tall, pour Timbuktu.

• Meilleur scénario adapté: Cyril Gely et Volker Schlöndorff, pour Diplomatie.

• Meilleur son : Philippe Welsh, Roman Dymny et Thierry Delor, pour Timbuktu.

• Meilleure photo : Sofian El-Fani, pour Timbuktu.

• Meilleure musique originale : Amine Bouhafa, pour Timbuktu. 

• Meilleurs costumes : Anaïs Romand, pour Saint Laurent.

• Meilleur décor : Thierry Flamand, pour La Belle et la Bête

• Meilleur montage : Nadia Ben Rachid, pour Timbuktu.

 

• Meilleur premier film : Les Combattants, de Thomas Cailley.

• Meilleur film étranger : Mommy, de Xavier Dolan.

• Meilleur film d'animation (long-métrage) : Minuscule - La vallée des fourmis perdues, d'Hélène Giraud et Thomas Szabo.

• Meilleur film d'animation (court-métrage) : Les petits cailloux, de Chloé Mazlo.

• Meilleur documentaire : Le sel de la Terre, de Wim Wenders et Julian Ribeiro Salgado.

• Meilleur court-métrage : La femme de Rio, d'Emma Luchini et Nicolas Rey.