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Ces citations célèbres attribuées (abusivement) à leur auteur

"Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale" : des experts affirment que l'artiste Andy Warhol, à qui cette phrase est attribuée, ne l'aurait en fait jamais employée.

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Un autoportrait d'Andy Warhol, exposé à la maison d'enchères Sotheby's, à Hong Kong (Chine), le 2 avril 2010. (KIN CHEUNG / AP / SIPA)

La prophétie a confirmé le statut de visionnaire d'Andy Warhol. "Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale" est la phrase la plus célèbre attribuée à l'artiste, depuis qu'elle est apparue en 1968, dans le catalogue d'une exposition en Suède. Pourtant, le prince du pop art ne l'a jamais prononcée, raconte le critique d'art Blake Gopnik sur son blog Warholiana, vendredi 4 avril.

L'artiste, intellectuel fasciné par la célébrité, aurait pourtant pu tenir ces propos. C'est ainsi que d'autres hommes et femmes célèbres ont été associés à des formules jamais énoncées, déformées ou tronquées et enfin entrées dans la culture populaire. Francetv info rend "à César ce qui appartient à César" – une maxime empruntée à Jésus – et raconte les petites histoires de ces citations apocryphes.

"Qu'ils mangent de la brioche"

Les pauvres Français n'ont pas de pain ? "Qu'ils mangent de la brioche", aurait lâché une méprisante Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI, en réponse aux revendications du peuple affamé. La petite phrase tombe à pic pour creuser encore un peu le fossé entre le couple royal et la population.

La citation est en fait issue du livre 6 des Confessions de Jean-Jacques Rousseau, publié avant l'arrivée de l'Autrichienne en France. Rousseau évoque alors "une grande princesse à qui l’on disait que les paysans n’avaient pas de pain, et qui répondit : 'Qu’ils mangent de la brioche'". La grande princesse n'est jamais nommée et l'anecdote est probablement fictive car les historiens n'en ont trouvé aucune trace dans d'autres récits de l'époque. Cette rumeur a ses variantes, jusqu'en Asie. Un empereur chinois du IIIe siècle aurait rétorqué "pourquoi ne mangent-ils pas de viande ?" au conseiller qui lui rapportait que son peuple manquait de riz.

"Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas"

Cette tirade est attribuée à l'écrivain et homme politique André Malraux. L'ancien président Nicolas Sarkozy la cite même, en 2008, lors d'un échange avec les lecteurs du Parisien. L'écrivain l'avait pourtant démentie, en 1975, dans Le Point : "Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire."

Comme l'explique Pierre Assouline, sur son blog, la citation est rapportée "avec des variantes, comme il sied à tout mot historique, 'mystique' ou 'spirituel' apparaissant en lieu de place de 'religieux'. Ce qui est pour le moins troublant". En revanche, la prophétie conclut le livre Entrez dans l'espérance, du pape Jean-Paul II, explique le site Malraux.org.

"Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire"

C'est à Voltaire qu'est attribuée cette déclaration. Mais elle revient en réalité à Evelyn Beatrice Hall, auteure britannique, qui l'attribue au philosophe français dans The Friends Of Voltaire, publié en 1906, raconte une journaliste de Rue89, agacée par le poncif. Evelyn Beatrice Hall l'a admis : "Je ne suis pas d’accord avec vous (...) est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets."

En voulant résumer ce qu'elle croit être la pensée de Voltaire, défenseur de la liberté d'expression, elle commet en outre une erreur, explique le site d'information. Le penseur est plusieurs fois resté silencieux lorsque les textes de ses ennemis ont été censurés.

"Je n'ai besoin des Noirs que pour acheter mes disques et cirer mes pompes"

Elvis Presley aurait même employé le mot "nègre", selon ses accusateurs, lors d'une interview pour l'émission de télé "Person To Person", à Boston, à une date non précisée. Non précisée, car l'entretien n'a jamais eu lieu, et le King n'a d'ailleurs jamais mis les pieds à Boston, explique l'historien de la musique Peter Guralnick, dans le New York Times (en anglais). Mais la rumeur a longtemps persisté, décrédibilisant un musicien blanc qui n'a jamais caché qu'il trouvait l'inspiration dans les musiques noires.

Elvis a démenti et assuré que "les gens qui le connaissent savent qu'il n'aurait jamais dit une chose pareille". Difficile en effet d'imaginer l'ami et fan du chanteur noir Fats Domino, le fan du blues d'Arthur Crudup, afficher un pareil racisme.

"Si les abeilles venaient à disparaître, l'humanité n'aurait plus que quatre années devant elle"

Albert Einstein a-t-il montré un jour de l'intérêt pour les abeilles ? Non. Pourtant depuis une vingtaine d'années, on lui attribue fréquemment cette prophétie alarmiste. Le site américain Snopes.com, qui débusque et décrypte les rumeurs du web, l'explique longuement et retrace le chemin de cette assertion, prêtée au physicien par un syndicat d'apiculteurs français, en 1994. A l'époque, ils protestaient contre les importations de miel qui mettaient, selon eux, en péril la production européenne et donc les abeilles pollinisatrices, nécessaires à l'alimentation humaine.

Le tract a piégé la presse internationale, mais Roni Grosz, conservateur des Albert Einstein Archives de l’Université hébraïque de Jérusalem, est formel. "Il n’y a aucune preuve qu’Einstein ait jamais dit ou écrit cette phrase", dit-il, ajoutant qu'il "n’avait pas de compétence particulière ni même d’intérêt pour l’écologie, l’entomologie ou les abeilles".

"Elémentaire, mon cher Watson"

Comme beaucoup, vous pensez que Sherlock Holmes conclut ses enquêtes par cette petite ritournelle, adressée à son ami le docteur Watson ? Vous n'avez pas dû lire attentivement. Le détective privé imaginé par Sir Arthur Conan Doyle emploie parfois l'expression "élementaire" dans les 56 nouvelles et 4 romans qui racontent ses enquêtes. Et il s'adresse à son ami le docteur Watson en l'appelant "mon cher". Mais jamais Arthur Conan Doyle ne prête à son personnage l'expression entière "Elémentaire, mon cher Watson".

Pure invention, imagination collective ? Pas totalement. C'est le fils d'Arthur, Adrian, qui a inventé la formule reprise en 1929 dans le film Le Retour de Sherlock Holmes et devenue emblématique.

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