15e album des aventures de Titeuf : "On ne peut pas dire qu'il ait compris grand-chose après 25 ans", s'amuse Zep

A l'occasion de la sortie du 15e album de Titeuf, le dessinateur et auteur du héros à la mèche blonde, Zep, était l'invité de franceinfo jeudi. 

FRANCEINFO

À fond le slip !, le 15e album des aventures de Titeuf, paraît jeudi 31 août en librairie. Zep, dessinateur du célèbre pré-adolescent, insiste sur franceinfo sur le fait que les enfants ne vivent pas coupés de l'actualité. Et qu'à l'image de son héros, plus cette dernière est inquiétante, plus les plus jeunes ont envie de la comprendre.

franceinfo : Titeuf se pose toujours autant de questions ?

Zep : On ne peut pas dire qu'il ait compris grand-chose après 25 ans. Je n'ai pas l'impression qu'il ait grandi : il est toujours à ce stade, juste avant l'adolescence, où il est encore curieux de tout, et il va jeter sa curiosité sur absolument tous les sujets, surtout beaucoup de sujets adultes, le monde qui l'entoure. Et il se rend bien compte que ses parents et les adultes autour de lui ne lui expliquent pas forcément exactement la réalité, donc il va chercher à comprendre par lui-même.

Il est surtout très concerné par l'actualité : les migrants, le complotisme, la religion, tout ce qui entre dans les cours de récré ?

Mais tout entre dans les cours de récré. Pendant longtemps, on a imaginé que le monde des enfants était une espèce de monde protégé de l'actualité. Ce n'est pas vrai, les enfants entendent aussi la radio, voient les journaux, entendent les adultes parler. Et même pour ceux qui seraient particulièrement protégés par leurs parents qui essayent de leur cacher une partie de la réalité, leurs copains à l'école vont se charger de leur faire le rattrapage. Donc ils parlent de cette actualité, et plus elle est inquiétante et incompréhensible, plus ils ont envie de la comprendre.

Il y a des sujets d'actualité interdits dans les albums de Titeuf ?

Aucun. Dans cet album, il y a une histoire sur la pédophilie sur internet, parce que ça fait partie du quotidien des enfants. Je ne dis pas qu'ils sont quotidiennement exposés à la pédophilie sur internet, mais ça fait partie des choses dont on leur parle, on les inquiète par rapport à ça, donc ils ont envie de comprendre, de savoir, et d'avoir Titeuf qui y est confronté, je pense que c'est aussi rassurant pour les lecteurs de son âge.

Ce qui a changé par rapport aux premiers albums, c'est qu'il y a les applis, le portable, les nouveaux outils, il découvre un peu le porno…

Ça ne l'intéresse pas du tout, mais c'est difficile si vous avez un ordinateur et internet d'y échapper donc, comme la plupart des enfants de son âge, il va être confronté une fois à des images pornographiques, il va essayer de comprendre ce que ça veut dire.

550 000 exemplaires sont prévus pour cet album. Pensez-vous parfois à la postérité, à ce personnage qui pourrait vous survivre ?

Non, ce personnage me dépasse complétement, je ne connais pas 550 000 personnes, donc ça fait longtemps qu'il a dépassé mon cercle de connaissance et que les gens l'aiment pour des choses que j'ignore moi-même. Mais pour moi, c'est une évidence qu'un personnage est attaché à son auteur, et que personne ne doit dessiner le personnage d'un autre. Je trouve que c'est comme si on demandait à un chanteur de faire un nouveau disque d'Elvis, on n'a qu'à écouter les anciens, et puis il y a beaucoup de choses à créer, donc autant faire de nouvelles choses que de faire revivre des choses du passé.

Le dessinateur Zep, le 31 août 2017.
Le dessinateur Zep, le 31 août 2017. (FRANCEINFO)