Une rétrospective de Bernard Buffet à Paris, comme un retour en grâce

Le Musée d’art moderne de la Ville de Paris ouvre vendredi 14 octobre une rétrospective de l'œuvre de Bernard Buffet. Une forme de réhabilitation posthume pour un peintre très critiqué de son vivant.

\"Le Poulpe géant\" (1989) de Bernard Buffet, dans le cadre de la rétrospective du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, du 14 octobre au 26 février 2017.
"Le Poulpe géant" (1989) de Bernard Buffet, dans le cadre de la rétrospective du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, du 14 octobre au 26 février 2017. (MAXPPP)

Bernard Buffet est un des peintres français du XXe siècle les plus connus au monde. Du 14 octobre au 26 février 2017, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris lui consacre une rétrospective, la première jamais organisée par un grand musée en France. C'est que l’œuvre du peintre a été longtemps très décriée par le milieu de l’art. Cette exposition tente de la réhabiliter.

L'intérêt précoce s'est vite éteint

L’émotion de Nicolas Buffet, le fils de l’artiste, est à la mesure de ce que représente cette rétrospective pour ses proches et plus largement pour tous ceux qui s’intéressent l’œuvre de Bernard Buffet, né en 1948 et disparu en 1999. "J’aurais aimé qu’il soit là", déclare son fils. La commissaire de l’exposition, Dominique Gagneux, lui donne implicitement raison en évoquant la rétrospective comme une réparation. L'artiste, rappelle-t-elle, a été "considéré à ses débuts, après-guerre, comme l’égal de Picasso, comme l’incarnation de la relève de la peinture française". Tout s'est ensuite effondré.

Il est totalement anormal que Bernard Buffet, un peintre immense, ait pu être écarté à ce point de l’histoire de l’art de son temps.Dominique Gagneux, commissaire de l’exposition

Le sens d'une exposition chronologique

Après-guerre, alors qu’il n’a pas encore 20 ans, Bernard Buffet invente son style. Le tableau Le Buveur, 1948, fait partie de ses premières toiles. Dominique Gagneux évoque "Buffet qui s’inscrit dans la grande tradition des buveurs d’absinthe, de Degas à Picasso". La commissaire de l'exposition relève aussi que "l'artiste a déjà mis en place, alors qu’il n’a pas 20 ans, son style, cette écriture très griffée, ce cerne noir, ses personnages très stéréotypés qu’on va retrouver tout au long de son œuvre".

En 1954, à 26 ans, il peint l’immense triptyque Horreur de la guerre. Ce sont des tableaux chocs sur les atrocités de la seconde guerre mondiale, auxquels une salle de l'exposition est entièrement consacrée. En 1958, Bernard Buffet marque un tournant dans son œuvre. La couleur remplace les tonalités sourdes, sa peinture s’épaissit et devient de plus en plus provocante comme la série Les Oiseaux. "Ces femmes nues qui sont abandonnées et dominées par d’immenses oiseaux ont énormément frappé les spectateurs", rappelle la commissaire de l'exposition.

Un besoin de peindre incessant

Malgré les critiques assassines, Bernard Buffet ne s’est jamais arrêté de peindre. "C’était un acharné", témoigne son fils, Nicolas. 

Il avait besoin de peindre, comme on a besoin de boire et de manger. C’était viscéral chez lui. J’étais fasciné par l’énergie qu’il mettait et par la dévotion qu’il avait pour son œuvre.Nicolas, fils de Bernard Buffet

On estime à 8 000 le nombre de tableaux peints par Bernard Buffet en 53 années d’activité. 

La "rétrospective Bernard Buffet" au Musée d'art moderne de la Ville de Paris : un reportage d'Anne Chépeau
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