Profane ou religieux, le voile se dévoile au monastère royal de Brou

De nos jours, le port du voile fait souvent polémique. Pour prendre du recul, le monastère de Brou à Bourg-en-Bresse propose de redécouvrir comment ce bout d'étoffe a été représenté à travers les âges et les arts.

Un visiteur devant une sculpture de Giovanni Strazza , Femme voilée - Le Silence.
Un visiteur devant une sculpture de Giovanni Strazza , Femme voilée - Le Silence. (M. Zammit / France Télévisions)

Voilé.e.s / Dévoilé.e.s, c'est le titre de cette exposition proposée jusqu'au 29 septembre au monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse. Qu'il soit profane ou religieux, c'est l'occasion de comprendre comment le voile a été représenté dans l'art de l'Antiquité à nos jours.

Affiche de l\'exposition Voilé.e.s / Dévoilé.e.s au monastère royal de Brou.
Affiche de l'exposition Voilé.e.s / Dévoilé.e.s au monastère royal de Brou. (DR)

L'exposition regroupe une centaine d'oeuvres, sculptures, peintures, dessins ou photographies. Elle a été pensée pour prendre du recul et dépasser les polémiques actuelles autour du port du voile, notamment dans la religion musulmane.

L'idée, c'était vraiment de prendre de la distance, de donner à voir, à réfléchir avec des oeuvres proposant des lectures et des partis pris très différents.Magali Briat-PhilippeResponsable service du patrimoine

On notera d'ailleurs l'utilisation de l'écriture inclusive dans le titre, où le mot se décline au féminin comme au masculin. D'entrée, c'est une manière de rappeler que les hommes aussi peuvent porter le voile, notamment les Touaregs dans le désert. Mais à la différence des femmes, le voile ne porte pas pour eux le symbole d'une soumission.

Le parcours de l'exposition a été découpé en quatre temps : les voiles coutumiers, les sacrés, ceux mis en scène, et enfin les dévoilements.

Le voile coutumier

C'est le voile que l'on porte au quotidien pour des raisons culturelles, sociales (pour marquer le statut d'épouse ou de veuve) ou conjoncturelles (se protéger du froid ou suivre la mode). Mais quelles que soient les latitudes où on le porte et le nom qu'on lui donne (foulard, fichu, guimpe, haïk, himmation ou gennûr), le port du voile est fait pour dissimuler la chevelure et délimiter les frontières de la pudeur.

Chypre, Femme voilée, vers 450 av. J.-C., terre cuite, Paris, musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. Découverte à Chypre, cette figurine témoigne de l’apparence des vêtements l’époque hellénistique (IVe siècle – 31 av. notre ère), aujourd’hui disparus en raison de leur fragilité. La jeune femme est vêtue d’un manteau appelé himation, ramené en voile sur sa tête. 
Chypre, Femme voilée, vers 450 av. J.-C., terre cuite, Paris, musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. Découverte à Chypre, cette figurine témoigne de l’apparence des vêtements l’époque hellénistique (IVe siècle – 31 av. notre ère), aujourd’hui disparus en raison de leur fragilité. La jeune femme est vêtue d’un manteau appelé himation, ramené en voile sur sa tête.  (RMN Grand Palais - Franck Raux)

En Occident, jusqu'à une époque pas si éloignée de nous, une femme respectable n'apparaissait pas en public "en cheveux".

Le voile sacré

Dans de nombreuses cultures, les voiles sont portés lors de rituels, pour en renforcer le caractère sacré. Chez les Chrétiens, le voile est obligatoire lors de la communion, du mariage et des fiançailles. On dit aussi des religieuses qu'elles "prennent le voile". Le voile symbolise alors la vertu.

Jean RAOUX (Montpellier, 1677-Paris, 1734), Vierges antiques, 1727, Huile sur toile, Lille, Palais des Beaux-Arts. Lorsque Jean Raoux peint ces tableaux, le thème des vestales, prêtresses entretenant le feu sacré de Rome, est déjà bien connu. Ces vierges consacrées étaient voilées de blanc ou du flammeum, un voile de couleur orangée. L\'artiste choisit le blanc, offrant un délicat camaïeu avec la pierre, et exaltant les textures du satin et du lin.
Jean RAOUX (Montpellier, 1677-Paris, 1734), Vierges antiques, 1727, Huile sur toile, Lille, Palais des Beaux-Arts. Lorsque Jean Raoux peint ces tableaux, le thème des vestales, prêtresses entretenant le feu sacré de Rome, est déjà bien connu. Ces vierges consacrées étaient voilées de blanc ou du flammeum, un voile de couleur orangée. L'artiste choisit le blanc, offrant un délicat camaïeu avec la pierre, et exaltant les textures du satin et du lin. (RMN Grand Palais - Philipp Bernard)

L'exposition rappelle que Le Coran ne prescrit pas explicitement aux musulmanes de se couvrir les cheveux. La sourate 33 évoque un hijâb, rideau séparant les femmes et les hommes et un jilbâb, grand voile allant de la tête au pied, réservé aux femmes du clan de Mahomet.

Le voile mis en scène

Parce qu'il marque une frontière entre le visible et l'invisible, le voile a beaucoup inspiré les artistes qui ont aussi utilisé cet accessoire pour symboliser la vertu, le mystère, voire l'érotisme. Le voile est aussi un prétexte à jouer avec les textures, les drapés et les transparences. On ne peut que s'extasier devant l'incroyable finesse de cette sculpture signée Giovanni Strazza , Femme voilée - Le Silence. On s'attend à voir le tissu frémir sous le souffle de cette femme. C'est aussi sensuel que mystérieux.

Giovanni STRAZZA (Milan, 1818-1875) ou atelier, Femme voilée – Le Silence, Vers 1850, Ronde-bosse en marbre de Carrare, Musée des Beaux-Arts-Ville de Nice -  Remportant un grand succès, ce buste, passant parfois pour celui de la Vierge, fut maintes fois reproduit.
Giovanni STRAZZA (Milan, 1818-1875) ou atelier, Femme voilée – Le Silence, Vers 1850, Ronde-bosse en marbre de Carrare, Musée des Beaux-Arts-Ville de Nice -  Remportant un grand succès, ce buste, passant parfois pour celui de la Vierge, fut maintes fois reproduit. (M. Zammit / France Télévisions)

Le voile est aussi un accessoire textile qui sert la scénographie : on suggère encore davantage ce que l'on cherche, en apparence, à dissimuler. La peinture orientaliste joue sur ce fantasme de la mise à nu de la femme voilée du Maghreb. Au XXe siècle, toute une industrie de photographies érotiques et pornographiques s’exporte sous le manteau en Europe. Dans ce contexte, le voile n’est plus qu’un accessoire érotique.

Exposition Voilé.e.s / Dévoilé.e.s au monastère royal de Brou.
Exposition Voilé.e.s / Dévoilé.e.s au monastère royal de Brou. (M. Zammit / France Télévisions)

Dévoilements

L'épilogue de l'exposition aborde le fait de se dévoiler, acte volontaire ou subi, rituel ou de séduction. En Occident, le XXe siècle marque l’émancipation des femmes et la libération de leurs choix capillaires (mais il faudra tout de même attendre les années 60 pour qu'elles sortent têtes et jambes nues).

Dans les pays à majorité musulmane, la situation est plus complexe. Après un grand mouvement de dévoilement de la femme au début du XXe siècle dans des pays comme l'Egypte, la Turquie, le Maroc, le port du voile se diffuse à nouveau. Il devient soit le marqueur d’une identité revendiquée soit le symbole d'une loi islamique qui s'impose dans l'espace public.

Lida GHODSI (Téhéran, Iran, 1970), Intérieur, Extérieur Téhéran, Photographies sur dibond, Lyon, Musée des Confluences
Lida GHODSI (Téhéran, Iran, 1970), Intérieur, Extérieur Téhéran, Photographies sur dibond, Lyon, Musée des Confluences (M. Zammit / France Télévisions)

Exposition "Voilé.e.s  Dévoilé.e.s"

Jusqu'au 29 septembre

Monastère royal de Brou

63 boulevard de Brou - 01000 Bourg-en-Bresse

Tous les jours de 9h à 18h

Plein tarif: 9 € - Tarif réduit: 7 €